Frederich Schiller et Venise

FREDERIC SCHILLER ET VENISE

 André J. Fabre           Juin 2013

Fréderic Schiller est l'incarnation même du "Héro romantique" de l'Allemagne du XIXème siècle.

Il était né à Marbach près de Stuttgart, d'un père médecin militaire et il n'y eut d'autre choix pour le jeune Schiller que l'Académie militaire de Stuttgart. Il en sortit pour devenir médecin de régiment. En fait, Schiller n'appréciait guère la vie aux armées et quitta très tôt la caserne pour aller à Iéna puis à Weimar où il fit la connaissance de Wolfgang von Goethe : il comprit alors que sa véritable vocation n'était pas la médecine mais le théâtre et la poésie.

Venise ne fut qu'un rêve dans sa courte vie : il ne put jamais y aller mais voulut placer la ville magique au centre de son œuvre la plus romantique : "Le prince de Venise[i]" appelé parfois "l'Esprit de Venise", mélange échevelé de nécromancie, de magie et de passion.

C'est l'histoire du Prince d'une petite principauté comme il y en avait tant en Allemagne à cette époque Il arrive à Venise au moment du Carnaval et un soir où il se promène place Saint-Marc, il est abordé par un mystérieux Arménien, qui lui adresse la parole en ces termes étranges : "Voulez-vous le bonheur, mon prince ?" avant de disparaître dans la foule. Toutes les recherches pour le retrouver restent vaines.

Quelques jours plus tard, le prince revenu place Saint Marc, entre au café Florian : il s'approche d'une table de joueurs de cartes lorsque tout à coup réapparaît le mystérieux Arménien qui, cette fois, est venu chercher querelle. Le prince l'invite courtoisement à passer son chemin mais l'inconnu réplique avec arrogance. Une querelle s'engage, ils en viennent aux mains et le prince jette son adversaire sur le sol. L'homme se relève en proférant des menaces de mort.

Tous conseillent alors au prince de quitter la ville mais il est déjà trop tard. Arrivent les émissaires de la redoutable Inquisition de Venise: le prince est arrêté puis est jeté, yeux bandés, dans une gondole qui gagne par un dédale de canaux un lieu mystérieux. Lorsque le bandeau se dénoue, le prince se trouve devant un tribunal d'Inquisiteurs masqués revêtus de robes noires. Un homme est poussé devant eux : les Inquisiteurs demandent au prince de confirmer s'il s'agit bien de celui qui l'avait insulté la veille. L'homme avoue : un bourreau masqué s'avance, fait mettre à genoux le coupable et, sous les yeux horrifiés du prince, lui tranche la tête...

Dans es jours qui vont suivre, arrive d'Allemagne une lettre informant le prince de ce qu'une révolte se prépare dans son royaume. Il lui faut quitter Venise en toute hâte, mais le sort en a décidé autrement : après bien des épisodes étranges, le Prince rencontre dans la barque qui lui fait traverser la lagune, une femme à la beauté ténébreuse dont il tombe aussitôt follement amoureux.

La belle inconnue se perd dans la foule et commence alors une quête éperdue où toutes les recherches restent vaines. Le Prince ne retrouvera son aimée que sur le bateau du retour, entre Venise et Chioggia.

Tout, dans ce récit fiévreux évoque l'exaltation qui accompagna la vie de Fréderic Schiller. Il avait toujours rêvé de Venise mais sa chance fut de ne jamais avoir l'occasion de faire ce voyage : la réalité n'est jamais, nous le savons bien, à la hauteur du rêve...

 



[i] Johann Christoph Friedrich von Schiller (1759-1805), "Der Geisterseher: Aus den Papieren des Grafen von O", feuilleton publié entre 1787 et 1789 dans le journal "Thalia". En France, le livre fut publié sous le titre "Le Nécromancien ou le Prince à Venise" (Traduction de Mme de Montolieu)(Ed. Blanchard, Paris, 1811)

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