A la recherche de Robert Proust

À LA RECHERCHE DE ROBERT PROUST (1873-1935)

 

A.J. Fabre                                      Mars 2017

 

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Robert et Marcel en 1877

Robert Proust en 1881

Marcel, Robert et Jeanne Weil

Le 1er étage du

45 rue de Courcelles

 

Robert et son père au balcon de la rue de Courcelles

               

Enfance

Robert Émile Sigismond Léon Proust etait le fils cadet du Pr. Adrien Proust  et de Jeanne Weil.

Il fit, comme son grand frère Marcel. ses premières etudes au lycée Condorcet.

A l'époque, la famille  habitait au 96 de la  rue Jean de la Fontaine, proche de l' avenue Mozart, dans la maison du  grand-oncle Louis Weil. Robert y passe souvent ses printemps et ses étés jusqu’à la mort de Louis en 1896. La maison est alors démolie en 1897.

En octobre 1900 la famille emménage dans un immeuble cossu, construit en 1881 par un grand architecte, Alfred Fasquelle, au 45  de la rue de Courcelles, à l'angle de la rue de Monceau.

L'appartement, situé au premier étage, etait pourvu d'un large balcon de pierre et d'une cour intérieur. Le Pr. Proust et son épouse y avaient leur chambre, de même que chacun des deux enfants. Il existait aussi un vaste salon, de même qu'un bureau réservé au Pr. Proust. De plus,  une petite pièce appelée "fumoir"par Mme Proust état réservée  aux fumigations prescrites pour l'asthme de Marcel. Le père avait un valet, Jean Blanc[4], la mère disposait d'une femme de chambre et d'une cuisinière[5]

Le Pr. Proust mourra dans cet appartement le 26 novembre 1903, puis Jeanne Weil le 26 septembre 1905[6].

En 1891, Robert obtiendra son baccalauréat ès lettres et ès sciences grâce aux leçons données chez lui  par un ami de la famille, le philosophe Léon Brunschvicg

Carrière médicale

Désireux de suvre l'exemple de son père, Robert s'inscrit après son baccalaureatà l'université de Médecine et des Lettres.

Nommé externe des hôpitaux en 1893 puis interne des hôpitaux en 1894, il commence sa carrière chirurgicale à l'Hôpital Necker dans le service d'un célèbre urologiste, le Pr. Félix Guyon.

En 1900, Robert Proust obtient son diplôme de médecin avec une  une thèse intitulée "De la protatectomie périnéale totale"[7] et reçoit la médaille d'argent de l'Internat.

En 1901, il procède à la première ablation de la prostate par voie périnéale en France

En 1904 Robert Proust  est nommé à l' agrégation de chirurgie  et, pendant les dix années suivantes, sera l'assistant du Pr. Samuel Pozzi[8] à l'hôpital Broca, (ancien hopital Lourcine) où il effectue en 1910  la première opération à cœur ouvert faite en France.

En 1914 il avait demandé à reprendre du service et, en 1917 va proposer un nouveau modèle d'ambulance mobile pour prendre en charge les blessés de première ligne. Il deviendra en 1918, chirurgien chef de l'armée du général  Mangin

A Paris il va prendre la direction de l'Hôpital militaire provisoire de la rue Lhomond édifié dans une partie des locaux abandonnés par les jésuites de l’école Sainte Geneviève

Après la guerre, Robert Proust reprend le service de chirurgie de l'Hôpital Broca et devient le grand spécialiste français de l'urologie

De 1930 à 1935, il a été Secrétaire général de la Société nationale de chirurgie, ancêtre de l'actuelle Académie de chirurgie

Souvenirs d'un externe dans le service de chirurgie de l'Hôpital Broca[9]

"J'ai été externe à l'Hôpital Broca dans le service du Pr. Proust de 1932 à 1933. C'était un chirurgien d'exceprion mais très rigoureux.

Je me souviens particulièrement de ses interventions sur le rachis : le malade était étendu en decubitus ventral et nous devions rester accroupis sous la table opératoire, en chargé de maintenir sur l'opéré, grâce à un orifice de la table opératoire, un masque d'Ombredanne rempli d'éther.

Non, le Pr. Proust ne parlait jamais de littérature et encore moins de son frère, pourtant déjà célèbre à l'époque.

Il incarnait l'autorité dont était investi à l'époque un grand chef de service….

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Le Pr. Robert Proust en 1921

Le Pr Robert Proust avec les les membres de son service

à l'hopital Broca (1932)

Carricature d'A.Chanteau publiée dans le journal satitique  Chanteclair en 1922

     
         

Mariage

Robert Proust avait  épousé en 1902 l'héritière d'une grande famille, Marthe Dubois-Amiot (1878-1953).

De cette union, naitra une fille, Adrienne (dite "Suzy") qui epousera  un grand industriel, Gérard Mante (1891-1947), fils de Louis Mante et de Juliette Rostand, la sœur d'Edmond Rostand..

Le couple eut trois enfants : Patrice, père de l'écrivain Patricia Mante-Proust[10], Dominique et Marie-Claude qui a épousé l'écrivain Claude Mauriac.

Robert Proust legataire  de Marcel

Après la mort de son frere en 1922, Robert Proust prendra en charge la publication des œuvres de son frère, en particulier "La Recherche du temps perdu" dont il établira le texte à partir des dactylographies et des cahiers légués, par Marcel[11]

En 1923, il édite "La Prisonnière", puis, en 1925, "Albertine disparue" et en 1927, "Le Temps retrouvé".

Entre 1930 et 1935, il avait publié, en collaboration avec Paul Brach,  les cinq premiers volumes de la "Correspondance générale" de Marcel Proust[.

La fin de Robert Proust

Robert Proust est mort le 29 mai 1935. Il a été inhumé au cimetière du Père-Lachaise dans la tombe où reposaient son père, sa mère et son célèbre  frère.

Son masque mortuaire "à la patine magnifique, masque d’une face un peu bouffie, mais apaisée[12]" a été légué au musée Marcel Proust d'Illiers-Combray, dans la maison de "Tante Léonie".

Robert,  grand absent de "La recherche"

Bien des commentateurs ont souligné la disparition dans "La Recherche" du lien fraternel qui unissait si fortement Robert et Marcel. En témoigne le fait que  Marcel se décrit, dans  plusieurs chapitres, comme" fils unique"…

Certes, Marcel Proust se plaisait  à transfigurer ses modèles et l’occultation de son frere pourrait être interpretée comme un simple caprice de  créativité littéraire. Ainsi,  plusieurs commentateurs ont vu dans dans un des  personnages les plus importants de "La recherche", le marquis de Saint-Loup[13], un portrait de Robert.

Cependant, cette "occultation" du frère cadet a doné lieu à de nombreuses analyses : comme le souligne la grade spécialiste "Proustienne" Diane de Margerie dans son très bel essai "A la recherche de Robert Proust"[14] :"Sans aller jusqu’à accuser Proust d’avoir défiguré son enfance en effaçant son frère de ses livres, on peut le soupçonner de n’avoir pas eu l’honnêteté d’analyser son propre rapport au monde"[15].

On peut donc parler ici de "malhonneteté" intellectuelle mais, après tout, pourquoi chercher la vérité dans les romans ? La mère de Marcel n'est elle pas devenue sa grand-mère dans la Recherche ?

Dans un interview récent , Diane de Margerie le rappelle " Marcel confesse combien il a été jaloux jadis de son propre frère qu'il aimait tendrement mais qui faisait de si bonnes études, le veinard (sic…), pendant que moi, avec ma santé intermittente, je pietinais. Oui, jaloux de mon prore frère, de ce bon Robert qui depuis s'est elancé dans la médecine selon le vœu de mes parents"[16] ,

Pour notre part nous voyons dans ce "silence" de Marcel Proust sur son frère, confirmation de ce que disait Stendhal,  "'on ne parle pas de ceux que nous avons trop aimés"

Certes, Robert, voué tout entier à son métier de chirurgien, a vécu une toute autre vie que son frère mais mais, il faut le souligner, est resté toute sa vie très proche de Marcel, malgré la reprobation de son épouse, Marthe Dubois-Amiot [17]

En témoigne ce long article publié par Robert un an après la mort de son frere,  dans le "Journal de la NRF"[18]: "Si haut que je puisse remonter le cours de mes souvenirs d'enfance vers cette période imprecise où se font les premières cristallisations de la memoire je retrouve constamment l'imagede mon frère veillant sur moi avec une douceur infinie,  enveloppante  et pour ainsi dire, maternelle. Chose  curieuse cette attendrissante image de la première partie de notre vie je la retrouve presque toujours associée à celle de la campagne ensoleillée.

C'est au moment où nous pouvions bien  avoir,  lui 5 ans et moi 3ans, il n'avait pas encore été frappé durement dans sa santé comme il le fut quelques années plus tard, ce qui le condamna à fuir tout ce qui était  grand air et printemps

Cette infinie douceur et cette grand bonté de Marcel, caractérisée par un veritable besoin de se donner aux autres, de se dissocier en eux, en ont fait en dehors de ses merveilleuses qualités d'intelligence, un être moral exceptionnel.

Il eut toujours pour moi l'âme fraternelle et  bienveillante d'un ainé mais en plus je sentais en lui, comme la survivance de nos chers disparus et jusqu'à son dernier jour il est resté plus que le gardien de cette survivanemorale.

Il etai tout mon passé, toute ma jeunesse était enfermée dans son individualité.

La survivance de tout ce qui avait été était totale en lui, que nous tous qui l'aimions, nous savions que nous pouvions l'y retrouver comme en un sanctuaire"[19]

Bibliographie

Publications de Robert Proust

"Curiethérapie et radiothérapie chirurgicales"(Conférences de Robert Proust)

"De la prostatectomie périnéale totale" (Thèse de Médecine, tome 41, n ° 213, Paris, 1899-1900)

"De l'intérêt de l'examen radiologique après injection de lipiodol dans le diagnostic des métrorragies," (en collaboration  avec Claude Béclère)(Ed. Masson, Paris, 1927)

 "Le signe du Douglas dans les ruptures de grossesse tubaire" (In "Paris médical: la semaine du clinicien" 1920, n° 37, p. 113-115).

"Manuel de  prostatectomie périnéale pour hypertrophie" (Ed. Naud, Paris, 1903)[20] 

"Technique de la prostatectomie périnéale" (Communication faite à la 5ème session de l'Association française d'urologie, 1901)[21]

"Conditions rationnelles d'irradiations curiethérapiques de l'utérus et des ligaments larges "(en collaboration  avec Lucien Mallet) (Ed. Masson, Paris, 1926)

Chirurgie de l'appareil génital de la femme" (Ed. Masson, Paris, 1904) (Plusieurs rééditions entre 1913 et 1936)."

Références

AIbaret Céleste: " Monsieur Proust, souvenirs recueillis par Georges Belmont" (Ed. Robert Laffont, Paris, 2001) [22]

Béhar Serge : "L’univers médical de Proust" (Cahiers Marcel Proust n0 1, Gallimard, 1970).

Bizub Edward : "Proust et le moi divisé : la Recherche, creuset de la psychologie expérimentale, 1874-1914" (Ed.  Droz, Paris, 2006).

"Colloque Proust et la médecine"  (La Gazette du CHU, Vol. 4, n°8, 1992 )

Daudet Lucien, "Autour de soixante lettres de Marcel Proust, (Ed. NRF, Les Cahiers Marcel Proust. 1929). Lucien Daudet qui fut un des amis les plus proches de Marcel avait  apporté son témoignage en publiant soixante des 450 lettres qu'il avait reçues de lui.

Fosdiini Lorenza : ". Le Manteau de Proust'  (Ed.  Quai Voltaire, 2012.

Grimaldi Nicolas : "L’enfer Proustien : essai sur la jalousie" (Ed.  PUF, Paris,  2010)

"Hommage â Marcel Proust" (NRF, Numéro spécial, 1923 )

Lenormant Charles : "Nécrologie de Robert Proust (1873-1835)" (Ed. "La Presse médicale",22 juin 1935, N°50, p. 1011-1012)

Margerie Diane de : "A la recherche de Robert Proust" (Ed. Flammarion, Paris, 2016) et "Relation fraternelle :- relation ambigüe ? (Marcel et Robert Proust)"[23]

Pécheriard Christian, "Proust et son père" (Ed., Quai Voltaire. 1993) et "Proust et Céleste" (Ed.  La Table Ronde, Paris, 1996)

Peter René : "Une saison avec Marcel Proust" (Coll.  " Souvenirs", Ed.. Gallimard,, 2005). René Peter avait été ami, dès son enfance, de Marcel Proust (l'un et l'autre étaient issus de l'élite du corps médical). Ils se perdirent de vue pendant une douzaine d'années jusqu'au jour  où, après le succès d'une pièce de René  Peter, "Chiffon", Proust reprit contact par l'intermédiaire de Reynaldo Hahn. Après la mort de sa mère, Marcel Proust décida de s'installer à l'Hôtel des Réservoirs à Versailles, tout près du domicile de René et, pendant plus de cinq mois, au cours de conversations quotidiennes, les deux amis se plaisaient à évoquer leurs souvenirs. Ce livre  ressuscite l'atmosphère charmante et frivole du "Paris 1900" que va bientôt bouleverser la Grande guerre

Plantevignes Marcel : " Avec Marcel Proust. Causeries, souvenirs sur Cabourg et le boulevard Haussmann " (Ed.  A.G. Nizet. 1966).

Tadié Jean-Yves, "Le Lac inconnu" (Ed.  Gallimard, Paris, 2012).

Vanclerpooten Claude : "Samuel Pozzi. Chirurrgien et ami des femme" (Ed.  In Fine V & 0, 1992).

 

[1] Ces informations sont données sans responsabilité personnelle sur leur contenu,  ni sur le lieu ou la date des réunions

[2] Voir interview dans  https://fr.rbth.com/ps/2015/05/07/entretien_avec_jean_feigelson_ancien_resistant_33587

[3]) Voir le Site internet de l’Association Française de Lutte contre la Mucoviscidose (AFLM) : " :  www.vaincrelamuco.org/download/1967

[4] Jean Blanc restera au service de Marcel proust  jusqu'en 1908.

[5] Cf Henri Raczymow : "Le Paris retrouvé de Marcel Proust" (Ed. ,  Parigramme, 2005, p. 65)

[6] Marcel Proust avait quitté la rue de Courcelles pour s'installer en août 1906, au 102 boulevard Haussmann, dans un appartement tapissé de liège et hermétiquement clos.

[7] La thèse est reproduite en totalité sur le site internet de la BNF : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5781236h

[8] Voir le site internet "andrefabre.e-monsite.com/pages/histoire.../samuel-pozzi-chirurgien-flamboyant.html"

[9] Communication personnelle du Dr Paul L.

[10] Patricia Mante-Proust est auteur de "Marcel Proust : l'Arche et la Colombe" (Ed. Michel Lafon, Paris 2012).

[11] Publication effectuée  avec l'aide de Jacques Rivière et de Jean Paulhan.

[12] Cf le site Internet " http://www.les-lettres-francaises.fr/2016/09/a-la-recherche-de-robert-proust/"

[13] On notera  que "Saint Loup" est l'anagramme d'Albertine+Proust,

[14] Margerie, Diane de : "A la recherche de Robert Proust" (Ed. Flammarion, Paris, 2016)

[15] Voir "Les Lettres françaises" du 8 septembre 2016

[16] Voir le site Internet : "http://salon-litteraire.linternaute.com/fr/interviews/content/1943527-interview-diane-de-margerie-j-ai-voulu-rendre-justice-a-robert-ce-frere-absent

[17] Rappelons que Mme Proust, après la mort de son mari, a vendu tous les biens légués par Marcel à son frere

[18] Proust Robert : "Hommage à Marcel Proust ", (Ed.  Nuvelle Revue Francaise, n0 112, janvier1923.

[19] Proust Robert :  "Marcel Proust intime" (NRF, 1923)

[20] L'article est publié en totalité sur Gallica (http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k57899261.r=&rk=364808;4

[21] L'article est publié in extenso sur Gallica (gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k57899261.r=&rk=364808;4)

[22] Voir le site "http://www.lepoint.fr/video/la-mort-de-marcel-proust-racontee-par-sa-gouvernante-celeste-15-07-2015-1947108_738.php"

[23] Voir les sitese Internet : "http  lml-info.pagesperso-orange.fr/Le%2031/texte%20Diane.htm" et ""http  lml-info.pagesperso-orange.fr/Le%2031/texte%20Diane.htm")

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Date de dernière mise à jour : 27/03/2017

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