André Breton (1896-1966)

André J. Fabre                                          Juin 2015

André Breton (1896-1966) : un médecin Français à New York

A.J. Fabre                  Décembre 2016

ANDRĖ  BRETON   A NEW YORK

André Breton (1896-1966) était médecin, peu de gens le savent. Il  avait été mobilisé en Septembre 1939 et envoyé dans le corps de santé de l'Armée de l'Air  de Poitiers. Après l'armistice, menacé de toutes parts du fait de son passé qualifié alors d'anarchiste, et part à Marseille pour tenter de trouver un bateau qui lui permette de quitter  la France. Il arrive dans la ville au moment où le Maréchal Pétain est en visite officielle : les suspercts "politiques" sont traqués et Breton sera emprisonné quelques jours "à titre préventif".

En mars 1941, Il parvient cependant à trouver place avec son épouse[1]  à bord du "Capitaine-Paul-Lemerle" un vieux cargo à une cheminée où se trouvent entassés plus de 300 passagers, dont  l'ethnologue Claude Levi-Strauss[2] et le peintre cubain Wildredo Lam[3] avec qui Breton va tout de suite sympathiser.

Bien des péripéties vont marquer ce voyage : le bateau fait un long détour le long des cotes d'Afrique pour échapper à la surveillance de la Kriegsmarine et va faire une escale forcée en Martinique. André Breton et sa femme vont y séjourner pluseurs semaines, durant lesquelles ils font la connaissancedu grand poète Aimé Césaire[4] puis visitent  ensuite la  Guadeloupe puis Saint Domingue.

Claude Lévi-Strauss, de son coté, était passé par Porto-Rico et parvint à gagner New York dès le mois de mai 1941 alors que les Breton n'arrivent qu'un mois plus tard, au début de juillet 1941, en pleine vague de chaleur. Breton va alors retrouver son vieil ami Wifredo Lam et va collaborer à la revue "Tropiques" destinée à valoriser le surréalisme et la culture et la littérature noire-africaine et caribéenne.,

Dès l'arrivée, les difficultés commencent :  Breton s'habituait mal à la vie américaine, ne parlait anglais qu'avec beaucoup de difficultés et se refusait à toute  concession. Il  va traverser plusieurs épisodes   de dépression.

Les ressources financières s'étaient vite épuisées et Breton fut heureux de trouver, grâce à Peggy Guggenheim, un emploi à la radio de "La Voix de l'Amérique" où il avait la charge de l'émission en français de l'"Office of War Information".

Là-dessus arrive à New York un autre exilé célèbre, Marcel Duchamp[5], qui parvient à convaincre Breton de s'associer à lui pour créer une revue surréaliste intitulée "VVV", en référence aux mots "Victory", "View", et "Veil" que Breton avait utilisés dans un article intitulé "Le mythe dans le processus de formation sous le voile de ce qui se passe."[6].

Breton est chargé d'assurer avec l'aide  de Max Ernst[7], la rédaction de la revue mais seuls paraîtront quatre numéros : dans le premier (juin 1942) est publie un article de Breton  intitulé " Prolégomènes à un troisième manifeste ou non ". C'est Max Ernst qui a dessiné la couverture où trône un "V" majuscule. En mars 1943 parait un numéro double  consacré à la conférence donnée par Breton à Yale en décembre 1942, avec le titre  "Situation du surréalisme entre les deux guerres". Dans le dernier numéro (février 1944), est publié un article de Benjamin Péret[8] : "La Pensée est une et indivisible"

La législation des Etats-Unis exigeait la présence d'un citoyen américain à la direction d'une revue  et c'est ainsi que le peintre et sculpteur, David Hare[9] devient codirecteur de la revue avec Jacqueline Lamba comme interprète.

Les conséquences en furent funestes pour Breton : Jacqueline, éprise  du jeune directeur américain, abandonna le domicile conjugal pour vivré avec son nouveau compagnon.

Après de nouveaux accès de dépression, Breton va refaire sa vie avec une artiste chilienne Elisa Bindorff[10] . A ce qui est  note dans le carnet de l'écrivain[11], leur première rencontre se situe le 9 décembre 1943 au Larre's, un restaurant français de la 56eme rue où Breton prenait habituellement ses repas. A ce que dit un des biographes de Breton, Mark Polizzotti [12] "Breton remarqua une jeune femme assise à une table voisine, qui le regardait avec insistance. Il se lève de table pour se présenter et ainsi commence une longue histoire d'amour"

Tout cela finira par une union officialisée à Reno, la  célèbre ville des  mariages, le 10 août 1945. C'est le troisième mariage de Breton.

Breton, toujours passionné d'Art "sauvage"  entreprend alors avec sa nouvelle épouse, de visiter les réserves indiennes des tribus Hopis et Zunis

En fait, pendant les quatre années de son séjour aux Etats Unis Breton multipliera les voyages : d'abord au Canada, en 1943, en compagnie d'Eilza qui multiplie les photos, dont un magnifique portrait de Breton. Ils vont pousser jusqu'à l'extrême cap de Québec, la Gaspaisie.

En Décembre 1945, à l'invitation d'un vieil ami, Pierre Mabille[13] nommé attaché culturel à Pointe-à-Pitre, Breton part en Haïti, alors en pleine effervescence révolutionnaire   pour donner une série de conférences. Il va y faire la connaissance du "peintre naïf" des Caraïbes" Hector Hyppolite[14] , prêtre "vaudoo"  à qui il  achète plusieurs toiles.

Bien des années plus tard, Breton reviendra sur cette rencontre, conférant à Hippolyte un véritable brevet de surréalisme, bien pour les spécialistes, Hippolyte serait plutôt à classer parmi les peintres réalistes sans aucune référence à cette "imagerie du rêve" chère à Breton.

Ainsi s'achevent  les pérégrinations de Breton à travers le continent américin et les Caraïbes

Dès la fin de la guerre, André Breton n'a plus qu'une idée :quitter les Etats Unis et retrouver cette France qu'il a tant dénigrée mais dont il ne peut se passer…Il est de retour à Paris le 25 mai 1946

 

[1] Jacqueline Lamba (1910-1993), peintre et "danseuse aquatique" membre du groupe surréaliste.

[2] Claude Lévi-Strauss (1908-2009), célèbre anthropologue et ethnologue auteur de "Tristes tropiques" (Ed. Plon, Paris, 1955)

[3] Wifredo Óscar de la Concepción Lam y Castilla, dit Wifredo Lam (1902-1982),  Peintre cubain, promoteur d’une peinture métissée alliant modernisme occidental et symboles africains et caribéens

[4] Aimé Césaire (1913-2008), célèbre poète et homme politique martiniquais

[5] Marcel Duchamp (1887-1968) ,peintre et home de letters don’t l'influence fut determinante dans les années cinquante, l'inspirateur de plusieurs courants artistiques dont le Pop art, le neodadaisme et l'Op Art.Il prit la nationalité americaine en 1955. Une épitaphe est gravée sur sa tombe : " D’ailleurs, c'est toujours les autres qui meurent. "

[6]  "Victory over the forces of regression, View around us, View inside us [...] the myth in process of formation beneath the Veil of happenings "

[7] Max Ersnst (1891-1976), sculpteur et dessinateur allemand de l'école surréaliste, très lié à Peggy Guggenheim

[8] Benjamin Péret (1899-1959) poète surréaliste connu pour ses essais d'"écriture automatique"

[9] David Hare (1917-1992) , sculpteur, peintre et photographe du mouvement surrealiste de New Yoork

[10] Elisa Bindorff  (1906-200), pianiste, plasiticienne et écrivain chilien

[11] André Breton, "Carnet ,  fin décembre 1923 - 22 juin 1924" (, Alentours II, bibliothèque de la Pléiade, Tome I, Paris, Gallimard, 1988, p. 455-472)

[12] Polizzotti Mark "André Breton" (Ed. Gallimard, Paris, 1999)

[13]Pierre Mabille  (1904-1952) était un médecin ami des surréalistes que Breton avait connu à Paris

[14] Hector Hyppolite (1894-1948), peintre haïtien, ancien cordonnier et peintre en bâtiments. Sin œuvre a été prolifique ; plus de 600 tableaux, pour la plupart montrent des scènes du culte "vaudoo". Son œuvre la plus célèbre est le "Magicien aux trois yeux" (1045) .

 

 

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Date de dernière mise à jour : 29/12/2016

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