Aphrodite et la myrte

 

A.J. Fabre                                          Juin  2016
APHRODITE ET LA MYRTE

 

Aphrodite (Venus) est la fille qu'eut Zeus d'une de ses compagnes, Dione, doublement divine puisque son nom fait référence à Dios, le maître suprême de l'Olympe…

En fait, Aphrodite jouit de deux lignes généalogiques distinctes :

Pour Hésiode, très ancien poète de la Grèce Antique (VIIIème siècle avant J.C.), elle est née d'Ouranos ("le Ciel") dans des circonstances assez étranges : Ouranos fut castré de la main de son propre fils Chronos (le Temps) et Aphrodite naquit du flot d'écume qui se forma autour de la plaie. Il n'est pas indifférent de savoir qu'"aphros" est le mot grec pour "écume"…

D'autres versions font d'Aphrodite une orientale venue de Chypre ou de Cythère, île de la mer Egée proche de la Crête. Certains y ont vu la résurgence d’anciens cultes "aphrodisiaques" qu'on pourrait qualifier de licencieux, Pour être clair Aphrodite est déesse de la féminité et, en toute logique, de la jeunesse et de l'amour..

La plante d’Aphrodite est d'abord le myrte, arbuste à l'écorce gris rougeâtre qui pousse volontiers près des plages. Les feuilles sont fortement aromatiques et montrent à leur face inférieure de très fins pertuis interprétés par la tradition. Un voyageur du IIème siècle, Pausanias, y voyait la marque des piqûres faites avec une épingle à cheveux sur une feuille de myrte par Phèdre, la célèbre fille de Minos et de Pasiphaé, dans un accès de désespoir amoureux. C'est avec un rameau de myrte qu'Aphrodite avait caché sa nudité lorsqu'elle sortit à Paphos des flots de la mer. C’est la myrte qui servait à faire dans la Grèce antique, la couronne des jeunes mariées : Hymen n’était il pas fils d'Aphrodite

En fait, la myrte était surtout utilisées dans l’Antiquité pour ses propriétés médicinales, en particulier dans le traitement des diarrhées de l'enfant mais la destinée véritable du myrte était de parfaire la beauté du corps féminin avec des indications très "ciblées" de méditation astringente et … stimulante,

Bien d'autres déesses se voyaient vouées au myrte : ainsi les Trois Graves, filles de Zeus.

Pour en revenir à ce sujet fascinant, le charme d'Aphrodite opérait volontiers par l'entremise de plantes médicinales :

La "couronnée d'Aphrodite" était la menthe aux feuilles d’un vert plus foncé sur leur face supérieure largement utilisée, nous le verrons, dans la pharmacopée d'hier et d'aujourd'hui.

La "flamme de Venus" (ou son …oriflamme), était le léontice où Pline l'Ancien voyait, sur les folioles, l'empreinte d'une patte de lion

le "miroir de Venus" est cette campanule violette où les Anciens voyaient lorsque la corolle est aplatie l'image d'un miroir.

Le "cheveu de Venus" est le capillaire de Montpellier, fougère aux longs filaments noirs partant de sa racine.

Le "nombril de Venus" ("Umbilicus rupestris") petite plante grasse à feuilles charnues et pendantes dont les feuilles sont marquées d'une dépression suggestive était le " gobelet de Venus " mais aussi son " jardin ". L’utilisation médicinales en était fort prosaïque : les applications de broyat des feuilles étaient données pour mûrir les furoncles ou apaiser les crises hémorroïdaires.

La "lèvre de Venus, dictame de Crète, la cardère poilue que nous appelons familièrement "cabaret des oiseaux", dont les feuilles lancéolées ont la forme coupe avait pour nom "lèvres de Venus" mais il faut ouvrir ici son dictionnaire : " labrum " peut se référer à un hanap lorsque le mot dérivé de lambo ("laper, lécher") mais peut aussi être dérive de " lavo " (baigner) : la coupe devient ici baignoire. Utilisée autrefois comme diurétique ou stomachique, plus souvent pour carder la laine

Le "lait d'oiseau", l'ornithogale, l'asperge à la hampe garnie de fleurs blanches (d'où le nom…) était également vouée au souvenir d'Aphrodite : la déesse avait protége Perigune, fille du brigand'Sinis, poursuivie par Thésée après le meurtre de son père, en la cachant derrière un buisson de cette plante. La destinée médicinales de cette plante mérite d’être rappelée puisqu’un enzyme tiré des asperges, le L-asparaginase tient, à présent, une place considérable dans le traitement des leucémies.

La myrte, enfin, a immortalisé l'art culinaire des Romains : ses baies fortement aromatiques entraient dans la recette d'un saucisson célèbre jusqu'au Brésil avec le nom de …."Mortadelle

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Le souvenir d'Aphrodite reste attaché à des fleurs, à des plantes mais aussi à des fruits : il suffit de se remémorer le jugement de Paris, petit fils du roi de Troie, Priam. La déesse de la Discorde, Eris, avait, au mariage de Peleus et de Thétis (rappelons nous, les parents d'Achille…) jeté une pomme en or (une grenade ?) sur laquelle portant étaient gravée la dédicace fatale : "à la plus belle". Trois déesses allaient ainsi s'affronter Junon, Athéna et Aphrodite. Le petit fils de Priam, Paris, dont la beauté était célèbre, fut désigne comme arbitre : Héra était la majesté, Athéna, la sagesse mais Aphrodite lui avait promis l'amour d'Hélène.

 Fort de cette promesse Paris enleva Hélène. Les conséquences en furent doubles : un nouveau nom botanique puisque Paris enleva Hélène d'un champ d'aunées à qui la postérité allait donner le nom d'Inula helenium et la survenue d'un evenement trafique car ainsi commença la guerre de Troie.

Choix d'ouvrages à consulter

                         Homère : "Iliade", 5.363)

                         Ovide: " Métamorphoses" (XII.598)

                    Pausanias : "Description de la Grèce" (I.XXII.1 et 11.XXXII.1)

 

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