Barry Marshall (1951)

 BARRY MARSHALL (1951) LE MEDECIN AUSTRALIEN  

QUI AFFIRMAIT, ENVERS ET CONTRE TOUS,  L’ORIGINE INFECTIEUSE DES ULCERES GASTRIQUES 

 André J. Fabre                     Octobre 2012       

 Barry Marshall était en charge du Laboratoire de Microbiologie au Royal Hospital de Perth en Australie lorsqu’il eut l’idée, conjointement avec son collègue anatomo-pathologiste Robin Warren de ce que les ulcérations gastrques pouvaient être liées à la prolifération d'une bactérie. 

Un carrousel d’hypothèses étiologiques[1] 

Depuis deux siècles, une floraison d’hypothèses avaient tenté d’expliquer la genèse des ulcères gastroduodénaux

En 1771, François Marie Xavier Bichat crut avoir trouvé la cause du mal lorsqu’il observa l’apparition de zones inflammatoires au niveau de la muqueuse pylorique des ulcéreux. Vers la même époque, Johann Frederik Meckel voyait l’explication des perforations gastriques spontanées dans un phénomène d’attaque de la muqueuse par le suc gastrique.

Un médecin anglais, James Crampton souligna alors la ressemblance des lésions gastriques observées lors des empoisonnements criminels avec les ulcérations de la maladie ulcéreuse.

Par la suite, on en vint à incriminer principalement le régime alimentaire puis l'idée d'une réponse organique à des perturbations psychologiques. Tout était résumé dans un simple mot du vocabulaire anglo-saxon: le "stress". Certains n’hésitèrent pas, en toute logique, à traiter les ulcéreux par un médicament neuroleptiques tel le sulpitride.

Dans les années cinquante, apparut l'hypothèse d’une sécrétion excessive d’acide gastrique justifiant ainsi un arsenal thérapeutique où se trouvaient en bonne place les injections intraveineuses de Laristine associées à des médications atropiniques et divers pansements gastriques.

Puis vint l’ère des anti H2, substances destinés à se fixer sur les récepteurs d’histamine, un peu comme ferait une fausse clef bloquant le trou d’une serrure pour empêcher son mécanisme : la première de ces médications, fut la cimetiine et ses effets furent jugés miraculeux jusqu'à ce qu'apparaissent en 1974 les prostaglandines, tels l’emprostil, qu’on pourrait qualifier d’"anti sécrétoires de synthèse".

Enfin, les années 1980 furet marquées par l’utilisation d’inhibiteurs de la "pompe à protons", dont le type est l’Omeprazole, médicament destiné à bloquer la sécrétion d’acide chlorhydrique dans la muqueuse gastrique.

En dernier recours, dans les cas les plus sévères, restait la possibilité de recourir à la chirurgie par gastrectomie partielle ou même totale. 

Un microbe dans l’estomac ? 

C'est en 1982 que vint, d'Australie, une orientation inattendue aux spéculations étiologiques : un bactériologiste, Barry Marshall, Professeur de microbiologie clinique à l’hôpital de Perth avait identifié, en collaboration avec un anatomopathologiste de son hôpital, Robin Warren, une bactérie à structure hélicoïdale siègeant dans l’épithélium gastrique des malades ulcéreux[2], bactérie qui reçut le nom d'Helicobacter pylori

Ainsi s’expliquait l’efficacité reconnue dans le traitement des ulvères gastriques, des "pansements digestifs", tels le sous nitrate de bismuth : il ne s’agissait nullement comme on le disait alors, d’un effet protecteur sur la muqueuse gastrique, mais d’une action antiseptique directe sur le germe en cause.

La communauté médicale du monde entier, persuadée de ce qu’aucune bactérie ne pouvait survivre dans un environnement aussi acide que celui de l’estomac, faisait "front commun" pour barrer la route aux nouvelles idées.

Alors, Barry Marshall en vint à décider de pratiquer sur lui-même, et c’est sans doute une première dans l’Histoire des sciences, une auto-expérimentation audacieuse, avalant tout un bouillon de culture d’Helicobacter pylori. Le résultat fut décisif: en moins d’une semaine était apparu un ulcère gastrique qu’il fallut traiter par antibiothérapie massive.  

Le Prix Nobel pour ceux qui surent voir ce que ne voyaient pas les autres 

Juste récompense, Marshall et Warren reçurent en 2005 le prix Nobel de physiologie et de médecine. On ne peut que citer l’hommage prononcé à l’occasion de ce prix: " À l’encontre des dogmes existants, vous avez découvert que l’une des maladies les plus répandues et les plus importantes de l’humanité, l’ulcère gastroduodénal, est causée par une infection bactérienne de l’estomac. Grâce à votre découverte, ce trouble souvent chronique et invalidant peut à présent être guéri définitivement par des antibiotiques au bénéfice de millions de patients. Votre travail novateur a également encouragé les chercheurs du monde entier à mieux comprendre le lien entre les infections chroniques et des maladies comme le cancer".  

La verité des verités 

Une fois encore, l’Histoire des grandes découvertes en médecine s’était montrée prodigue en enseignements d’une grande richesse mais une question demeure : à quand la prochaine "vérité" des ulcères gastriques?

Faut-il croire en Pablo Neruda qui avait annoncé dans un de ses livres : "La vérité, c’est qu’il n’y a pas de vérité"[3]... 

 

a.fabre.fl@gmail.com

 


 

[1] Cet épisode fascinant de l'Histoire de la médecine est fort bien exposé dans le livre de Roger Teyssou, Histoire de l'ulcère gastroduodénal - Le pourquoi et le comment, Paris, Editions L'Harmattan, 2009

[2]Marshall BJ, Warren JR. Unidentified curved bacillus on gastric epithelium in active chronic gastritis. Lancet 1(8336):1273-1275, 1983.

[3] Et pourquoi ne pas voir le symbole de la science dans les célèbres boucles d'oreille repetant à l'infini la même imge, jamais, pourtant, tout à fait la même

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Date de dernière mise à jour : 29/07/2013

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