Bernard Mandeville (1670-1733)

A.J. Fabre                                                                              Janvier 2015

Bernard MANDEVILLE (ou de MANDEVILLE) (1670-1733)

 Bernard Mandeville fut, en plein XVIIème siècle, tout à la fois médecin, économiste politique et écrivain satirique.

Il état né en 1670, aux Pays-Bas, à Rotterdam où son père était médecin. Il fit ses études à l'Ecole Grammaticale de a ville où il montra très tôt une intelligence des plus vives : dès l'âge de 15 ans, il prononçait un "Discours sur les études médicales" [1]

L'année suivante, Mandeville commençait à Leyde. la plus ancienne des universités de son pays. ses études de médecine. Il va y suivre l'enseignement de Burchard de Volder, un grand esprit, encyclopédiste avant la lettre, à la fois médecin, philosophe, mathématicien et physicien. Sous la direction de son maître, Mandeville va présenter un travail consacré aux animaux [2] reprenant les théories cartésiennes de l'"animal-machine".

En 1691, Mandeville soutiendra, à l'âge de 21 ans, sa thèse consacrée à la digestion : "Viciations du chyle"[3]

Mandeville commence alors une pratique de médecin avec un grand succès en se spécialisant comme avait fait son père dans les "maladies des nerfs et de l'estomac". Tout va basculer lorsqu'éclatent les émeutes de Rotterdam provoquées par l'exécution d'un membre de la milice bourgeoise. coupable du meurtre d'un collecteur d'impôts. En signe de protestation, le jeune Mandeville et son père avaient composé un poème satirique où le maire de Rotterdam était présenté comme un "athée déguisé en moraliste"...Du coup, la famille Mandeville doit quitter Rotterdam pour aller vivre à Amsterdam où le père mourra quelques années plus tard

Bernard décide alors de partir pour l'Angleterre où il propose un traitement de l'"hypochondrie" et de l'"hystérie" par la parole ce qui fera l'objet d'un livre publié avec succès en 1730[4].

On sait peu de choses sur la vie de Mandeville en Angleterre si ce n'est qu'il eut à répondre devant la justice d'une l'accusation de pratique médicale sans autorisation préalable mais il bénéficia du soutien de personnages influents tels le comte de Macclesfield et du plus célèbre des écrivains de l'époque, Joseph Addison, époux de la comtesse de Warwick,

La célébrité allait venir avec la publication en 1705 d'un ouvrage intitulé "La Fable des abeilles ou les Fripons devenus honnêtes gens"[5] un poème qui remporta tout de suite un vif succès. Il s'agit d'une communauté d'abeilles qui, par vertu, renonce à tout intérêt personnel. Le résultat ne se fait pas attendre : l'économie de la ruche s'effondre et les abeilles condamnées à un destin médiocre, termineront leur vie cachées au sein d'un arbre creux. Il y avait là contradiction complète avec les idées philosophiques de l'époque : Rousseau considérait l’homme comme naturellement bon et Mandeville le voit comme un simple fripon, Montesquieu faisait d'un excès d'opulence la cause de chute de l’Empire romain et pour Mandeville la frugalité ne profite à personne, les encyclopédistes, tels Diderot prêtaient au luxe un "caractère inhumain" : Mandeville y voit un puissant moteur de l'économie. En bref, les idées libérales de Mandeville firent scandale : un article du " London Journal' en dénonça les dangers et en 1723 un tribunal du Middlesex les jugea "potentiellement nuisibles. En fait, le sujet véritable de cette fable animalière était de révéler en termes voilés la vérité sur "l'ordre naturel' et la "tyrannie des passions" sous-jacents dans une société hiérarchisée et codifiée.

 Dès la page de garde de son livre, Mandeville énonçait clairement ses idées : "les vices privés tendent à l’avantage du bien public" qui ne dépend. : on ne s'étonnera pas de ce que le livre ait pu paraitre proprement scandaleux à nombre de contemporains

Deux siècles plus tard, les idées de Mandeville furent reprises par Paul Valery dans un texte de "Tel quel': "La vanité, peut engendrer tous les effets de l'amour du prochain."[6]

 

 

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[1] Le " Discours sur les études médicales" a pour nom latin : "Oratio scholastica" de medicina"

[2] Mandeville , "Disputatio philosophica de brutorum operationibus" (Ed. Abrahamum Elzevier, Academiae Typograph, Leyde, 1689

[3] De Mandeville, " Disputatio Medica Inauguralis de Chylosi Vitiata" (Ed. Abrahamum Elzevier, Academiae Typograph, Leyde, 1691."

[4] Mandeville,"A Treatise of the Hypochondriack and Hysterick Passions, Vulgarly call’d the Hypo in Men and Vapours in Women" (Ed. D. Leach, W. Taylor & J. Woodward, Mondres, 1711)

[5] Mandeville Bernard de, " Fable of the Bees or Private Vices, Publick Benefits', ("La Fable des abeilles " (Ed. Tonson, Londres, 1724),

[6] Paul Valery, "Tel quel': "La vanité, peut engendrer tous les effets de l'amour du prochain."

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