Bernardino Ramazzini (1633-1714)

A.J. Fabre             Juin 2015

Bernardino Ramazzini (1633 1714) le fondateur de la médecine du travail

 

Bernardino Ramazzini est né à Carpi, près de Modène. Il fit ses études à l'Université de Parme où il obtient brillamment, en 1659, le double diplôme de Docteur en médecine et en philosophie.

Il alla ensuite s'installer dans le Latium, à Canino, en plein marais Pontin mais là, va survenir l'épisode qui va marquer sa vie : il y contracte une forme sévère de paludisme, la "malaria" et resta entre vie et mort pendant plusieurs semaines. Bernardino devint ainsi, bien malgré lui, grand spécialiste du paludisme. Ses contemporains, fidèles aux dogmes galéniques, limitaient le traitement du paludisme à la prescription de purgatifs mais Ramazzini prit position avec force en faveur de l'usage de l'écorce de quinquina[1] source de la quinine et cela, près de deux siècles avant les travaux de Pelletier et Caventou[2],.

Après une longue convalescence, Ramazzini revient en 1681 dans sa ville natale pour s'y installer Peu après son retour, le duc François II lui confie la tache de créer une chaire de Médecine théorique à l'Université de Modène : Ramazzini va rester dix-huit ans à ce poste avant d'être appelé à poursuivre sa carrière universitaire à Padoue et c'est là qu'il va terminer sa vie à l'âge de 81 ans,

Le nom de Ramazzini reste attaché à ses travaux dans le domaine de la médecine du travail. Dès 1700, il avait publié un ouvrage qui connut un grand succès :"Des maladies des travailleurs"[3]. Bernardino y faisait connaître l'existence et la gravité de maladies professionnelles qui guettent les mineurs, les potiers, les maçons, les métallurgistes et tous ceux qui manipulent des produits chimiques ou sont exposés à des inhalations dangereuses, telles les poussières de bois, de métaux ou d'agents abrasifs.

Dans le domaine du travail dans la mine, Ramazzini prit également des positions très explicites : "J'ai vu, écrit-il, des travailleurs chez qui certaines affections morbides ont progressivement surgi de quelque posture particulière des membres ou de mouvements contre nature requis par leur travail. Ainsi, chez ceux qui toute la journée se tiennent debout ou assis, se pencher ou sont courbés en deux, ou qui utilisent leur corps avec toutes sortes d'excès. ". De même, Ramazzini d'intéressa aux problèmes respiratoires de tous ceux qui manipulent les céréales et les grains.

Cependant, l'apport principal de Ramazzini fut dans le domaine du travail sur le mercure : il s'intéressa particulièrement au cas des travailleurs des miroiteries de Murano, à Venise : "Ces malheureux, écrit Ramazzini avec force, se voient à regret dans leurs miroirs où se peint leur malheur, et ils détestent leur métier"[4]. De là, Ramazzini en vint à dénoncer le risque des médications mercurielles prescrites sans modération depuis le XVIème siècle, par voie digestive ou en onguents

Le grand mérite de Ramazzini aura donc été d'attirer l'attention sur les risques auxquels s'exposaient ceux auxquels ne s'interessaient guère les médecins de l'époque, les travailleurs et de réclamer pour eux une veritable protection.

Pour tout cela, Ramazzini fut, de son vivant, l'un des médecins les plus célèbres d'Europe, élu en 1706 comme membre de l'Académie royale des sciences de Prusse.

Son nom n'a pas été oublié de nos contemporains : en 1982 a été créé à New York un Collège international portant son nom, destiné à faire connaître à la communauté scientifique internationale toutes les nouvelles acquisitions en matière de santé professionnelle et environnementale.

 

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[1] Bernardino Ramazzini, "Sur l'abus du quinquina " (1714) (Réédition Ed. Maloine, Paris, 1905)

[2] Pellerier et Caventou " Examen chimique d'une écorce désignée sous le nom de Quina bicolore. Extrait d'un mémoire lu à la section de pharmacie, par MM. Pelletier et Pétroz, et de notes remises sur le même objet par M. Vauquelin, avec H. Pétroz" (Ed. Fain, Paris, 1825)

[3] Bernardino Ramazzini, "De morbis artificum diatriba" ("Traité des maladies des artisans, et de celles qui résultent des diverses professions." (Ed J.P. Baillère, Paris, 1822).

[4] Extrait de l"'Encyclopédie des sciences médicale " (M. Bayle, Bureau de l'Encyclopédie, Paris 1841)

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