Edme Bourdois de la Motte

EDME BOURDOIS DE LA MOTTE : MEDECIN DE NAPOLEON, PRECURSEUR ET ARRIVISTE 

André J. Fabre                 2013

Les travaux menés conjointement en 1826 par Joseph-Bienaimé Caventou et Edme Bourdois de Lamotte constituent un exemple intéressant de la coopération entre pharmaciens et médecins au XIXème siècle

Edme Bourdois de la Motte (1754-1835)

Edme Bourdois de la Motte est, sans conteste, une des personnalités les plus attachantes du monde médical du Premier Empire .

Edme-Joachim Bourdois de Lamotte était né à Joigny, dans lYonne, d'une famille de la haute aristocratie. Son père, médecin, était membre de la Société royale de médecine où il avait présenté plusieurs communications très remarquées .

Edme avait été envoyé au Collège d’Auxerre où il fit de bonnes études er, une fois obtenue sa Maîtrise des arts , arrive à Paris en 1772 pour y entreprendre, comme avait fait son père, ses études de médecin.

A Paris, Bourdois partage avec un autre étudiant en médecine, Jean-Nicolas Corvisart, futur médecin de Napoléon, l’étroite mansarde où il était logé.

A l’âge de 24 ans, il obtient sa licence d’exercice en soutenant une Thèse, comme il était d'usage, en deux volets distincts : en premier lieu, viennent les questions d’hygiène si fort à la mode à l'époque, avec la conclusion, à laquelle on ne peut que souscrire qu'il est "dangereux de se tenir longtemps exposé à l’ardeur d’un foyer, pendant l’hiver". L'autre partie était consacrée à la variole, sujet pour lequel Bourdois va s'intéresser tout au long de sa carrière.

Edme commence ensuite, malgré des accès répétés d’hémoptysie, une carrière de médecin à l’hôpital de la Charité en même temps que de "Médecin des pauvres" à la paroisse de Saint-Sulpice.

Tout va changer lorsqu’il obtient le titre de Docteur régent: il devient alors médecin du Comte de Provence, le futur Louis XVIII, au palais du Luxembourg en même temps qu’il est nommé Intendant du Cabinet de physique et d’histoire naturelle.

Survient la Terreur, Edme, déclaré suspect du fait de ses origines aristocratiques, est aussitôt arrêté mais il parvient à retrouver la liberté grâce à l’intervention du futur accoucheur de l'Impératrice Marie-Louise, Antoine Dubois.

Après la chute de Robespierre, Bourdois va monter en grade : avec l'aide du Pr. Dubois, il va devenir médecin en chef de l’armée.

D'emblée, Bourdois doit faire face à une épidémie de typhus mais il prend avec énergie les mesures d’urgence qui s'imposent : transporter les malades dans des tentes dressées en plein air, nettoyer, laver, ventiler les locaux des casernes, et former une équipe d’ambulanciers. Malheureusement, à son retour à Paris, Bourdois se voit menacé d’arrestation, cette fois par le Directoire et ne sera sauvé que de justesse par Talleyrand.

A ce moment arrive la rencontre décisive avec le général Bonaparte. Les deux hommes se prennent d’amitié et l’anecdote rapporte que, lors d’une promenade, Bonaparte, qui songeait sans doute à son futur coup d'Etat, aurait fait, en arrivant près d’un torrent: "C’est ici que César a franchi le Rubicon !"

Les relations entre les deux amis vont cependant se dégrader après que Bourdois ait décline la proposition faite par Bonaparte de l’accompagner dans son expédition d’Italie. Bonaparte avait simplement dit à Bourdois : "Vous serez des nôtres, j’espère ! et, voyant son ami hésiter, Bonaparte qui n’aimait guère qu’on tergiverse, déclara simplement "N’en parlons plus !... mais la brouille était là, désormais, entre les deux hommes.

Bourdois est cependant nommé en 1805 médecin en chef du département de la Seine "chargé de l’importante et […] délicate fonction de l’examen des conscrits, de l’inspection du service de santé des prisons et épidémies"

En 1811, grâce à l’appui de Corvisart devenu, entre temps, médecin personnel de l’Empereur, Bourdois est nommé Conseiller de l’Université. Il va se voir tout aussitôt après, confier la charge de médecin du roi de Rome : "Sire, avait dit Corvisart à l’Empereur, sacrifiez vos répugnances à l’intérêt de votre fils c’est à Bourdois qu’il faut confier une tête si précieuse !"

Napoléon, recevant en audience Bourdois au palais des Tuileries, lui déclare : "Vous êtes le médecin de mon fils ! Je ne puis vous donner une plus grande marque de confiance oubliez le passé comme je l’oublie moi-même !". Devenu médecin consultant de l’Empereur, Bourdois recevra ensuite le titre de Baron de lEmpire.

Lorsque l’Empire prend fin, Bourdois accompagne dans leur fuite l’impératrice Marie-Louise et son fils sur la route de l’Autriche sans toutefois se résoudre à quitter la France

En 1816, Bourdois, qui avait, depuis toujours, gardé un vif intérêt pour les essais de vaccination contre la variole, est admis à la Société pour l’extinction de la petite vérole. Lorsqu'il est devient président du Comité central de vaccine Bourdois va obtenir de Talleyrand, devenu ambassadeur à Londres, quelques échantillons du vaccin dont la France manquait cruellement.

Talleyrand s’était pris d’amitié pour lui : il avait coutume de brocarder ses allures compassées : "Il vient chez moi deux hommes sur le compte desquels on se trompe toujours, Cobenzl, le diplomate autrichien, qu’on prend pour mon médecin, et Bourdois pour un ambassadeur !"

A la chute de l'Empire, Bourdois devient médecin du département des Affaires étrangères, puis médecin du nouveau roi Louis XVIII, et, ensuite, de Charles X. Il sera membre de toutes les grandes Sociétés scientifiques de son temps : Membre résidant de la Société de Médecine de Paris puis président d’honneur de la Société de médecine, il adresse à ce titre au Premier Consul "les vœux et le respect des médecins de Paris dans un discours qu’il a daigné écouter avec indulgence et bonté". Il avait été un des premiers admis à l'Académie royale de médecine qui venait d se créer. Il en fut président trois fois de suite, en 1822, 1823 et 1829 et mourut, sans laisser de postérité, mais après une vie bien remplie, dans sa 82e année.

Tout au long de sa carrière, Bourdois avait conduit une importante somme de travaux relatifs à la santé publique, parmi lesquels son "Rapport sur l'"ophtalmie épidémique des habitants de la commune d’Asnières" en 1805 et la même années, "Enquête sur le saturnisme au Poitou" puis, en 1808, une étude sur les propriétés antihémorragiques du ratanhia.

Nous voudrions plus particulièrement rapporter ici le travail fait en coopération avec Caventou sur l'utilisation de procédés chimiques pour identifier la cause des expectorations. Il s'agit du Mémoire sur le Développement des couleurs dans les matières animale présenté le 14 février 1826 à l’Académie Royale des sciences 

Joseph-Bienaimé Caventou (179(-1877)

Caventou est une des figures les plus prestigieuses de l'Histoire des sciences du XIXème siècle : fils du pharmacien de l'hôpital militaire de St Omer, il avait d'abord été apprenti de son père avant de partir à Paris pour y suivre en même temps les cours de l'École de pharmacie et de la Faculté des sciences.

Nommé Interne en pharmacie en 1816, il est affecté à l'hôpital Saint-Antoine. Il ouvre ensuite une pharmacie près du Plais-Royal, dans la rue Gaillon

En 1817, il fait la connaissance de Pelletier déjà professeur à l'Ecole de Pharmacie de Paris, et de cette collaboration vont naître des travaux remarquables sur les alcaloïdes végétaux, dont, en 1820, l'isolement de la quinine.

En 1821, Caventou est élu dans la section de pharmacie de la future Académie de médecine ( l'Académie Royale de médecine) dont il finit par devenir président en 1845 pour rester, dans l'Histoire des sciences, comme une des figures les plus prestigieuses de la pharmacie du XIXème siècle

 Le travail conjoint de Caventou et de Bourdois

Le Mémoire déposé sous pli cacheté à l'Académie des sciences propose de recourir à la chimie pour identifier les produits d'expectoration bronchique : "...La particularité de développer une couleur dans les matières anomales n' est pas particulière à l'albumine...Nous avons essayé l'action de l'acide chlorhydrique sur la gélatine, l'ichtyocolle, la matière caséeuse, l'albumine glaireuse et coagulée, la fibrine, les matières tendineuses, e mucus, etc..Tous ces corps à l'exception de la gélatine, de l'ichtyocolle et des tendons, sont dissous dans l'acide hydro chlorhydrique à froid et que la dissolution, abandonnée à elle même, prend une belle couleur bleue, mais nous n'avons observé aucun changement de couleur pour la gélatine...Nous travaillons sur les moyens de constater par des caractères chimiques les altérations de certains organes intérieurs, par la nature et les propriétés de leurs secrétions morbides"

Le but de ce travail tout à fait original, était de mettre à la disposition des médecins un procédé d'investigation chimique sur les expectorations permettant de différencier la maladie tuberculeuse des simples "catarrhes bronchiques"

En fait, les idées de Bourdois s’accordaient mal avec les théories médicales de son époque et ne reçurent que peu d'attention...

 Conclusions

Ce bref retour sur l'Histoire de la pharmacie n'a d'autre but que rappeler un chapitre déjà ancien de la coopération entre pharmaciens et médecins qui devait par la suite amener tant de progrès décisifs dans l'Histoire des sciences

a.fabre.fl@gmail.com

 

Bibliographie

Coquillard I., La longévité médicale du docteur Edme Joachim Bourdois de la Mothe (Site Internet Napoleonica)

Fabiani P., Joseph-Bienaimé Caventou (1795-1877), premier titulaire du cours de toxicologie, Revue d'histoire de la pharmacie, 1984,  72, 262, pp. 327-329.

Fabre A.J. De grands médecins méconnus (Paris Ed. L'Harmattan, 2010)

Riaud X. Edme Joachim Bourdois de La Motte (1754-1835), premier médecin du roi de Rome et ami de Bonaparte (Site Internet Napoleonica)

 

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Date de dernière mise à jour : 30/07/2013

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