Croissance des dépenses de santé à l'hôpital en1972

CROISSSANCE DES DEPENSES DE SANTE A L'HOPITAL EN 1974

André J. Fabre CHI Créteil 

Médecine et collectivités n° 1-2 Janvier – février 1974 

L'importance économique de l'hôpital dans la nation est considérable : 898 hôpitaux, 220 000 lits d'hospitalisation, 64 millions de journées d'hospitalisation dans le secteur public, 1 931 établissements, 85000 lits, 26 millions de journées d'hospitalisation dans le secteur privé.

Le chiffre d'affaires de l'hospitalisation la situe, en regard des plus grandes entreprises françaises, mais le volume des dépenses de santé à l'hôpital atteint maintenant 2 % du produit national brut et l'accroissement ultérieur de ces dépenses, selon les estimations officielles est de nature à créer de graves problèmes économiques et politiques.

Le médecin est-il vraiment responsable de ces problèmes ?

Pour tenter, en l'absence d'un appareil suffisant de données statistiques qui fait défaut en France comme ailleurs, de répondre à cette question, il faut analyser successivement le coût de la santé à l'hôpital, le rôle du médecin dans l'accroissement de ces dépenses et les possibilités laissées au médecin d'en freiner la progression.

 ANALYSE DES DEPENSES DE SANTE DU SYSTEME HOSPITALIER EN FRANCE

 

Les données les plus récentes (1969) font état d'une dépense globale de 15,3 milliards (9,8 pour le secteur public et 5,3 en secteur privé) soit 42 % de la consommation médicale française (36,5 milliards - estimation à 50 milliards en 1972) qui représente elle-même 9,3 Ufo de la consommation d'ensemble du pays et 6,2 % du produit national brut (P.N.B.).

Il est intéressant de rapprocher ces chiffres des dépenses faites en secteur extrahospitalier : 11,2 milliards (soit 30 %) consacrés aux soins (dont 5,3 milliards d'honoraires versés aux médecins praticiens) et 9,9 milliards (27 % de la consommation médicale) consacrés aux biens médicaux (en presque totalité produits pharmaceutiques) et à en rapprocher également les chiffres des dépenses concernant la recherche médicale (289 millions en 1970) et l'enseignement médical (8 millions).

En ce qui concerne les dépenses d'hospitalisation, l'élément le plus caractéristique de leur inflation est le relevé des prix de journée. En 1973, à l'Assistance publique de Paris, le prix de journée se situe à 214 F pour les services de médecine non spécialisés, 295 F pour les services de maternité et de chirurgie, 622 F pour les services de traitement spécialisés 693 F pour un hôpital " de jour " spécialisé en hématologie.

Ces chiffres dépassent de loin le taux de 10 % des salaires de base proposé par les économistes ! Encore plus remarquable est le gradient d'accroissement de ces dépenses : le taux moyen de progression des dépenses de l'hospitalisation depuis 1960 (4,93 milliards en francs constants) est de 8,9 % par an, plus élevé que le taux moyen de progression des dépenses du secteur extrahospitalier (4,6 milliards en 1960 d'honoraires versés aux médecins praticiens soit 6,5 % par an), moins élevé cependant que la progression des dépenses en biens de santé (3,6 milliards en francs constants en 1960, soit un taux de 14,6 % par an et que le taux des dépenses globales de santé (13,2 milliards en 1960, soit un taux de 9,9 % par an) le gradient d'accroissement a été particulièrement net dans l'évolution des prix de journée: 17,2 % en moyenne (il faut toutefois noter un freinage relatif à 9,7 % cette année à l'A.P.), en contraste avec les taux comparatifs de progression annuelle pour le nombre de lits (1,5 %) de journées d'hospitalisation (2%), de malades hospitalisés (3 %), durée de séjour (en diminution progressive avec un taux moyen de - 2 % par an) et les taux d'accroissement annuels du produit national brut (5,1 %) de la consommation globale des ménages (7,6 %) et de l'indice I.N.S.E.E. du coût de la vie (4,7 %).

Avant d'envisager la finalité de ces dépenses et les moyens d'en contrôler la progression, il convient de rappeler les principes du financement de l'hôpital. Le budget y comporte deux sections principales : investissements et exploitation 04 figurent cinq types de " recettes" : domaine privé de l'hôpital (dotation non affectée) honoraires versés par les malades destinés à la rémunération des médecins, recettes des consultations externes de l'hôpital (en règle déficitaires), subventions par l'Etat ou les organismes publics (enseignement et recherche) et encaissement des prix de journée qui constitue à lui seul 85 % des ressources de l'hôpital. C'est dire l'importance de son calcul.

Définissant le rapport entre le prix de revient pré-visionnel établi par grandes catégories de service et le nombre de journées d'hospitalisation, le prix de journée constitue une base simple de comptabilité budgétaire mais n'exprimant que de manière très. imparfaite le coût réel de l'hospitalisation.

Cependant, proposé par le directeur de l'hôpital, approuvé par le Conseil d'administration, fixé par les autorités locales (Préfet) après avis du représentant du ministère (Direction de l'action sanitaire et sociale), le prix de journée sera la base du remboursement des frais d'hospitalisation du malade par les systèmes d'assurance maladie qui ont ainsi versé 11,8 milliards en 1969 (dont 40,7 % pour l'hospitalisation privée) ce qui constitue 40 % de l'ensemble des prestations en nature de l'assurance maladie du régime général qui lui est l'élément majeur du système français de Sécurité sociale dont la structure complexe est centrée sur les trois "caisses" d'assurance maladie, vieillesse et allocations familiales, alimentées par des cotisations calculées sur les salaires dans la limite d'un " plafond ".

La couverture des frais d'hospitalisation n'est cepen-dant pas totale, le malade prenant à sa charge 20 % des frais (prix de journée et honoraires médicaux) sauf dans les cas où l'hospitalisation a été l'objet de soins particulièrement coûteux (intervention cotées à plus de K 50) ou prolongée plus de trente jours, et dans les cas où les ressources du malade sont reconnues insuffisantes, ressortissant ainsi d'une prise en charge totale par l'assurance maladie.

Dans l'ensemble, la participation individuelle des malades a été de 1,14 milliards en 1969, soit 7 % des dépenses.

Cette structure de financement des frais de l'hospitalisation n'a pu éviter la survenue d'un déficit progressivement croissant dans l'équilibre budgétaire de l'assurance maladie : - 410 millions en 1970, - 470 en 1971, - 2200 en 1972 et prévisions pour un déficit de : - 3300 en 1973 (où l'hôpital interviendrait pour environ la moitié). Les prévisions officielles sont particulièrement pessimistes, faisant état d'un accroissement dans les cinq ans à venir de 65 % des prestations maladies, 42,8 % des prestations sociales, et 34,5 % seulement des cotisations. Il existe cependant une controverse sur la réalité de ces estimation et la. nécessité de les comparer à l'élévation du coût de la vie, du nombre des bénéficiaires, à la rentabilité à long terme des dépenses de santé.

Le budget de la Sécurité sociale se trouve lui-même l'objet d'interprétations discordantes en fonction de la répartition des charges sur les différents régimes. Les dernières données (1972) paraissent d'ailleurs révéler un équilibre relatif entre les prestations (37,17 milliards) et les cotisations (38 milliards) mais le risque d'un accroissement " intolérable " des dépenses de santé n'en demeure pas moins pour l'avenir.

 LE ROLE DU MEDECIN DANS LES DEPENSES DE L'HOSPITALISATION

 Il faut envisager successivement la répartition de ces dépenses et l'analyse des motivations qui en sont responsables :

 1) REPARTITION DES DEPENSES.

- Dépenses de " Fonctionnement" proprement dit : - Investissements : 3,6 à 5,3 % du prix de revient (provisions pour travaux et annuités d'amortissement) .

- Personnel non médical: c'est l'élément le plus important des dépenses atteignant un volume de 58 à 65 %.

La progression de ces dépenses a été de 50 % en moyenne entre 1967 et 1969 !

Plusieurs éléments interviennent pour expliquer ces faits : revalorisation des salaires, spécialisation accrue du personnel infirmier, législation en matière des horaires de travail et frais de promotion (à titre de référence, l'entretien d'une école d'infirmières intervient pour 1,13 à 3,5 % du prix de revient).

Il est intéressant de noter la répartition du personnel hospitalier pour une moyenne de 100 lits : 55 agents " techniques ,., 12 agents des services généraux et 5 employés administratifs.

- Hôtellerie: 14 à 17 % du prix de revient, en fait ce taux est des plus variable allant de 20 % dans les C.H.U. à 64 % dans les hospices. La répartition des frais se fait entre alimentation (8 à 10 %) où la progression des dépenses a été la plus forte : 19 % entre 1967 et 1969, lingerie-buanderie : 0,9 à 1,5 % et services de sécurité, hygiène : 0,3 à 2,5 % du prix de revient.

La progression des dépenses dans ces différents secteurs est soulignée par l'extension en surface de leurs locaux qui est passée de 20 % il y a 50 ans à 60-75 %.

- Administration : la part des frais d'administration est très variable dans le prix de revient de l'hospita-lisation : elle atteint 5 à 14 % dans les services de médecine. Un poste important dans les dépenses de ce secteur est le personnel (48 à 91 %) en progression nette ces dernières années.

- Dépenses inhérentes aux soins : constituent 9 à 15 % du prix de revient et montrent un taux d'ac-croissement de 7 % par journée d'hospitalisation. Il faut y différencier les dépenses de :

- Laboratoire: 2,9 à 6,5 % du prix de revient. Dans de nombreux hôpitaux l'accroissement de ces dépen¬ses a doublé en cinq ans. L'augmentation moyenne peut être estimée à 18,5 % (15,4 % par malade) de 1967 à 1969, mais il existe un rapport évident entre le volume des examens demandés et le degré de spécialisation " technique ,. des services hospitaliers.

- Radiologie : 1,5 à 5,2 % du prix de revient. L'accroissement moyen y a été de 11,8 % de 1967 à 1969 (8,6 % par malade) mais dans de nombreux services universitaires, le volume a doublé en sept ans.

- Pharmacie : le volume de dépense est très variable d'un service à l'autre mais on peut avancer une estimation de 11 à 15 % du prix de revient en médecine (ce qui est intéressant de rapprocher du volume de 27 % dans le secteur extrahospitalier) avec un accroissement très marqué, de l'ordre de 37,5 % de 1967 à 1969.

- Dépenses concernant la rémunération des médecins.

En 1969, le montant des honoraires médicaux dans les hôpitaux publics s'est élevé à 800 millions (1,17 milliards dans le secteur privé) ce qui ne représente, en fait, que 8 % des dépenses globales du fonctionnement des hôpitaux.

Il est intéressant de noter le taux encore faible, sus-ceptible de progression importante dans un avenir proche, du nombre de médecins pour une moyenne de cent lits d'hospitalisation : .cinq en C.H.U. et trois dans les C.H. (centres hospitaliers) et du pourcentage des médecins " plein temps ,. : 4000 sur 10 000 chefs de service, adjoints et assistants.

On peut donc retenir de cette analyse des modalités de dépense du fonctionnement hospitalier que la responsabilité directe du médecin dans ces dépenses n'est concernée que dans un quart environ de leur montant.

 2)     ANALYSE DES MOTIVATIONS INHERENTES AUX DEPENSES DE SANTE A L'HOPITAL.

 - Rôle des médecins: la responsabilité des médecins dans ce domaine est motivée par de nombreux facteurs où 'l'on peut surtout retenir :

Amélioration de la qualité des soins donnés aux malades.

Selon un mot célèbre, la médecine de 1873 n'aurait à notre époque qu'un coût insignifiant. C'est insister sur l'importance des caractéristiques de la médecine actuelle :

- Progrès scientifiques et techniques incessants ; - Spécialisation accrue des médecins et des services hospitaliers ;

- Recours sans cesse accru aux investigations " para-clinique ,. du fait de la conduite " probabiliste ,. du diagnostic et des facilités de leur obtention ;

- Développement des recherches thérapeutiques: 70 % des médications " actives ,. ont moins de quinze ans d'âge, développement allant aussi de pair avec celui des affections " iatrogéniques ,. qui alourdissent de plus en plus les frais d'hospitalisation ;

- Mise en place d' " équipes ,. de soins dont l'efficacité n'est plus à démontrer, mais où risque de se " diluer ,. la responsabilité du médecin en matière de décision d'examens ou de soins coûteux.

Il est également à souligner, en ce qui concerne le progrès scientifique que la diffusion de l'information se fait par des voies irrationnelles ou empiriques (expliquant la grande disparité des frais de diagnostic et de soins selon les régions géographiques et plus particulièrement la proximité des C.H.U.) ceci allant de pair avec l'ignorance ou la négligence des problèmes d'économie médicale.

- Importance prépondérante de l'hôpital dans le

système sanitaire.

A l'heure actuelle, seul l'hôpital permet de mettre en application les progrès de la recherche médicale.

Cependant, des inconvénients graves peuvent résulter d'une sélection défectueuse des malades à hospitaliser.

- Hospitalisations abusives. Selon une enquête récente, elles pourraient concerner 26 % des hospitalisations en médecine ;

- Durée d'hospitalisation excessive ;

- Orientation défectueuse des malades dans les services " actifs • ou de " soins intensifs • (10 % des malades hospitalisés centralisent 50 % des dépenses).

- Notion de la responsabilité légale du médecin

vis-à-vis du malade.

Les tendances revendicatrices de nombreux malades suscitent en retour une prescription "médico-légale. du médecin 1

A côté des motivations purement médicales, de nombreux autres facteurs concourent à la progression des dépenses hospitalières.

 ADMINISTRATION HOSPITALIERE

 L'analyse à ce niveau permet de constater plusieurs éléments péjoratifs en ce qui concerne les dépenses de santé :

- Gestion traditionnellement plus " budgétaire • que " rationnelle • : sous-emploi du matériel, " économies • discutables à long terme, sélection parfois arbitraire des marchés, hermétisme dans la comptabilité analytique ;

- Utilisation du prix de journée comme base de calcul budgétaire, ce qui incite à la pratique archaïque de l'allongement des durées de séjour (une baisse de 10 % de la durée de séjour aurait pour effet d'accroître de 6 à 7 % le prix de journée) et finance l'hôpital en fonction inverse de sa productivité ;

A la limite, ce système pourrait amener à considérer comme le plus rentable l'hôpital où aucun malade ne serait guéri ;

- Fonction parfois inhibitrice de la double tutelle de l'Etat sur l'hôpital au niveau de l'autorité préfectorale qui fixe le prix de journée et du pouvoir central qui nomme les médecins plein temps, fixe les effectifs médicaux et les statuts du personnel, tutelle à laquelle s'ajoute celle plus indirecte des organismes d'assurance maladie ;

- Emulation plus que complémentarité des autorités administratives des hôpitaux.

 MALADIES ET MALADES

 maladies et malades ont beaucoup changé au cours des dernières années et ce changement intervient pour beaucoup dans la progression des dépenses :

 - La pathologie observée dans les services hospitaliers est maintenant dominée, non plus par les maladies infectieuses, mais par les traumatismes, les urgences, les maladies" métaboliques • nécessitant une surveillance particulièrement coûteuse, la gérontologie et la néonatologie dont les incidences financières sont bien connues.

Il faut également insister sur l'importance que prennent les états pathologiques" frontière ., à la charnière de la maladie psychosomatique et des affections organiques inapparentes, incitant l'hôpital à développer (en accord avec la loi de 1970 sur la réforme hospitalière) son rôle (onéreux) en matière de prévention.

- Le " profil • socio-économique du malade a beaucoup changé, surtout dans les services de spécialité, mais l'hôpital, tout en perdant son image d'institution charitable, en a néanmoins gardé les charges : admission à l'hôpital des " cas sociaux • et des " absentéismes ., soins à donner aux vieillards (30 % des malades ont plus de 70 ans) et aux travailleurs Immigrés (13 % des malades n'ont pas la nationalité française).

 FACTEURS SOCIOLOGIQUES DE L'ACCROISSEMENT DES DEPENSES A L'HOPITAL

 - Accroissement général de la consommation et du " pouvoir d'achat. au niveau de l'hôpital lui-même où l' " offre • des Industries techniques et médicamenteuses peut dans une certaine mesure susciter une " demande • accrue des médecins, mais aussi au niveau de la population tout entière qui a fait une part grandissante dans les dépenses individuelles aux frais de santé (9 % actuellement) mais les prévisions font état d'un taux de 12 % en 1975, qui rejoindra peut-être les dépenses consacrées à l'automobile (10 %) voire même à l'alimentation (30 % en 1965 qui devraient se réduire à 19 % en 1985 !) Il est intéressant de souligner que l'accroissement de la consommation se fait en corrélation étroite du niveau de vie socioculturelle qui explique les disparités dans le coût de fonctionnement par malade des hôpitaux urbains ou ruraux ou dans des régions économiques différentes (282 F par an et par assuré bénéficiaire dans l'Ain, contre 80 F dans les Deux-Sèvres).

- Apparition de la notion de " droit à la santé • suscitant chez le malade hospitalisé des exigences grandissantes dans le domaine du confort, comme dans celui du diagnostic (demande accrue parfois par une vulgarisation mal conduite des problèmes médicaux dans la presse, pour la prévention et le recours systématique aux" bilans de santé .) et des soins.

Ce dernier élément paraît jouer un rôle déterminant, l'exigence du malade à obtenir une sécurité absolue dans les soins qu'il reçoit (alors qu'il admet tacitement d'autres risques comme la mortalité automobile) Incite le médecin à alourdir considérablement le coût des traitements. La sécurité coûte cher ... 

3)     ROLE DU MEDECIN DANS LE CONTROLE DES DEPENSES DE SANTE A L'HOPITAL.

Trois niveaux d'action peuvent être envisagés : relation du médecin avec le malade, participation du médecin à la gestion de l'hôpital et influence du médecin sur l'orientation de la politique sanitaire en France :

- Relation du médecin avec le malade : Quelques impératifs sont la conséquence logique de l'analyse qui a été faite de la responsabilité financière du médecin à l'hôpital:

- Sélection des malades nécessitant d'être admis à l'hôpital, orientation dans le service approprié et contrôle de la durée de séjour ;

- Etablissement d'un programme précis d'investigations diagnostiques fondé sur les données cliniques ;

- Elaboration d'un •• plan de travail • prévisionnel à l'admission du malade de façon à intégrer les différentes étapes du diagnostic et des soins. - Regroupement aux niveaux de rentabilité optimum des différents services de diagnostic ;

- Communication plus efficace des dossiers médicaux pouvant aller jusqu'à la superposition de la notion de " département • à celle de " service • ;

- Décisions thérapeutiques en fonction de données objectives et comparées d'efficacité et de coût. De toute évidence la recherche médicale a, dans ce domaine, un rôle considérable à jouer dans l'avenir ;

- Organisation de programmes de " post-hospitalisation • faisant intervenir une meilleure utilisation des consultations externes (qui viennent d'être l'objet d'une revalorisation de 57 % en cinq ans) le recours aux " hôpitaux de jour • (neurologie, pédiatrie, hématologie) et l'amélioration des relations des médecins hospitaliers avec les praticiens amenés à suivre les malades après leur départ des services.

Ce dernier point revêt une Importance particulière et pourrait être facilité par un meilleur accès des praticiens à l'hôpital, l'établissement de relations plus régulières par l'intermédiaire d'un travail de secrétariat accru ou du téléphone (Insuffisamment utilisé à cette fin à l'hôpital) et par le moyen de l'enseignement postuniversitaire.

C'est en fait une réorganisation de son activité qui est demandée au médecin qui va s'efforcer de contrôler les dépenses dont il est responsable dans sa relation avec les malades et on peut regretter que cet effort ne trouve pas toujours d'écho auprès des gestionnaires de l'hôpital.

 ROLE DU MEDECIN DANS LA GESTION DE L'HOPITAL

 Bien que tenu par les pouvoirs publics et l'administration comme principaux responsables de l'accroissement des dépenses de santé, les médecins sont encore loin d'avoir une responsabilité déterminante dans la gestion de l'hôpital.

La direction en est assurée de façon " collégiale • par un Conseil d'administration (où les médecins sont minoritaires en regard des représentants des collectivités locales, des organismes d'assurance-maladie et du personnel hospitalier) et le directeur de l'hôpital (en règle non-médecin, sauf dans le cas des hôpitaux spécialisés du secteur privé : centres anticancéreux et antituberculeux).

Les médecins de l'hôpital sont représentés par une Commission consultative, chargée du contrôle des prix de revient et des frais de fonctionnement des différents services, sans être dotée de pouvoirs réels (toutefois le président de la commission et, dans les C.H.U., le directeur de l'U.E.R. sont membres de droit du Conseil d'administration.

Il serait souhaitable de voir le médecin partager davantage les responsabilités économiques de l'hôpital et, comme l'exprime l'exposé des motifs de la loi hospitalière de 1970, participer à sa gestion, mais la prise de conscience par le médecin des problèmes de rentabilité de l'hôpital ne devrait jamais menacer le principe fondamental du meilleur soin à donner au malade.

 LE MEDECIN ET LA POLITIQUE SANITAIRE DE L'ETAT

 L'Influence du médecin peut se faire sur trois points principaux:

- Réorganisation des structures budgétaires de l'hôpital, en particulier au niveau des problèmes de réforme du prix de journée (un calcul du prix de revient réel devrait différencier les frais administratifs identiques pour tous les malades, les prestations individuelles en soins médicaux et les dépenses de consommation hôtelière), mais aussi des possibilités d'autofinancement de l'hôpital et d'un assouplissement administratif des tutelles de l'Etat.

- Choix des investissements hospitaliers : le principe d'équipement paraît actuellement plus important encore que celui de gestion ; c'est dire l'importance d'une planification hospitalière rationnelle tenant compte des besoins réels en matière d'implantation (base de la " carte hospitalière • en cours d'élaboration par les services ministériels) et surtout en matière de volume.

La relation nombre de lits d'un hôpital et sa rentabilité est un problème complexe, mais une erreur d'estimation dans ce domaine peut avoir de sérieuses conséquences économiques (le manque apparent de lits dans un hôpital peut avoir pour cause réelle une carence de soins en " amont • ou en " aval • de cet hôpital).

Le médecin devrait également avoir une influence prépondérante dans le domaine des conceptions architecturales de l'hôpital pour orienter de la façon la plus rentable l'emploi du personnel et du matériel technique, de même que dans le domaine des regrou-pements et de la " sectorisation • des services spécialisés, en particulier services de traumatologie et de soins intensifs.

 Ces décisions doivent cependant tenir compte de la coexistence en France des deux secteurs hospita¬liers public et privé, un •• protectionnisme" excessif de l'Etat pouvant exposer au risque de déséquilibre         du système sanitaire actuel. .

- Définition de la place et du rôle de l'hôpital dans la société : L'importance qu'a pris l'hôpital dans l'activité économique d'un pays est devenue à présent considérable et la gestion hospitalière ne peut pas s'isoler de l'ensemble des problèmes •• sociologiques " actuels : marché du travail, niveau des salaires, enseignement, " fléaux sociaux " (alcoolisme, accidents de la route, pollution) ni même des orientations politiques ...

A cet égard, l'ensemble du système hospitalier peut apparaître, sur le plan national, comme une grande entreprise employant 300 000 salariés et possédant un chiffre d'affaires à peine inférieur à celui des plus grandes marques de construction automobiles françaises, et le recours, dans la gestion des hôpitaux, à des méthodes largement employées dans le secteur non-médical des activités économiques pourrait paraître logique: méthodologie de gestion (choix de critères de rentabilité plus efficace que la notion de " lit d'hôpital ", très accessoire dans la fonction de soins - études de " rationalisation des choix budgétaires "), recours aux supports modernes de comptabilité et de programmation, industrialisation des constructions, standardisation du matériel technique, ouverture du financement aux capitaux privés malgré le caractère traditionnellement étroit du marché financier français, en recourant éventuellement à des •• fondations" basées sur la " motivation fiscale ".

Sous cette optique le dégagement de profit financier apparaît justifié non pas en tant que finalité mais en tant que critère de gestion et d'expansion économique, si l'on admet que l'hôpital soit compétitif et non plus" protégé ". 

En fait, il faut souligner qu'une telle orientation, poussée à son extrême comporte le risque de voir la fonction médicale assimilée à une simple activité économique et perdre le caractère spécifique qu'a toujours eu la relation malade-médecin.

CONCLUSIONS

En conclusion à cette analyse, deux conceptions différentes de la médecine s'affrontent ayant pour finalité ultime la relation du malade avec le médecin ou la relation du malade avec la société.

Sont-elles incompatibles ? Plus qu'un choix, c'est la recherche d'un équilibre qui paraît nécessaire entre les devoirs du médecin mais aussi de la collectivité et du malade, équilibre fragile menacé par d'innombrables dilemmes: thérapeutique et prévention, rentabilité à court et à long terme, spécialisation ou " promiscuité " médicale, hospitalisation publique ou privée, étatisme ou sous-dirigisme ...

L'importance économique que prend chaque option est considérable et l'incidence sur la progression des dépenses de santé à l'hôpital est encore aggravée par l'incertitude actuelle en matière de méthodologie.

Le choix n'est trop souvent fait que de façon irrationnelle, subjective, se référant à des normes tacites et mal définies. Un progrès réel dans ce domaine ne peut venir que d'une meilleure formation des médecins, voire d'une recherche précise sur ces problèmes de façon à fournir à ceux qui ont la responsabilité des dépenses à l'hôpital, les critères sur lesquels fonder leur décision.

Le contrôle de ces dépenses ne peut se faire sans les médecins, et, moins encore, contre eux. L'efficacité dans ce domaine ne sera pas obtenue par une réglementation légale mais par l'aptitude du médecin à décider, devant chaque malade, de l' " investissement " nécessaire, c'est-à-dire définir avec précision les moyens et le coût de ce qui reste la finalité même de ses fonctions: le meilleur bien du malade.

 

a.fabre.fl@gmail.com

 

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Date de dernière mise à jour : 30/07/2013

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