Curzio Malaparte en visite à a la Villa Materita d'Axel Munthe à Capri

UNE VISITE DE CURZIO MALAPARTE A LA VILLA MATERITA D'AXEL MUNTHE A CAPRI

A. Fabre                                     Aout 2013

 Curzio Malaparte, écrivain, journaliste et correspondant de guerre vivait, lui aussi, à Capri mais assez loin de San Michele, au cap Masullo.

Il y avait fait construire une maison étrange, de couleur rouge, curieusement dressée en haut de la mer : "Un homard séché au soleil", commenta Roger Peyrefitte, dans l'Exilé de Capri, "Un Fer à repasser", disaient les habitants de l'île. La Villa Malaparte fut d'ailleurs vedette d'un film célèbre de Jean- Luc Godard : "Le mépris[1].

A l'automne 1942, Malaparte rend visite à son voisin Munthe avant de partir en Finlande comme correspondant de guerre. La scène nous est rapportée dans Kaputt : " A Capri, cinq ou six mois plus tôt, à la veille de mon départ pour la Finlande, j’étais monté à la tour Materita saluer Axel Munthe.Axel Munthe m’attendait sous ses pins et ses cyprès de Materita : debout, droit, ligneux, rébarbatif, le dos couvert de son vieux manteau vert C’est un triste automne qu’il venait de passer, en proie à ses noirs caprices, à ses furieuses mélancolies, enfermé pendant des jours et des jours dans sa tour décharnée, grignotée comme un vieil os par les dents pointues du vent du sud-ouest, qui souffle d’Ischia, et par la tramontane, qui porte jusqu’à Capri l’âcre odeur de soufre du Vésuve – enfermé à clef dans sa prison humide de salpêtre, au milieu de ses faux tableaux anciens, de ses faux marbres hellénistiques, et de ses Madones du 15° siècle sculptées dans le bois de quelque meuble Louis XV. Ce jour là, Munthe paraissait serein. A un certain moment, il se mit à parler des oiseaux de Capri. Tous les soirs, au moment du coucher du soleil, il sort de sa tour, s’avance lentement et précautionneusement au milieu des arbres du parc, son vieux manteau vert sur le dos, son méchant chapeau posé de travers sur ses cheveux embroussaillés, les yeux cachés par ses lunettes noires – jusqu’à ce qu’il arrive à un lieu où les arbres, clairsemés, laissent dans l’herbe comme un miroir du ciel. Il s’arrête là droit, maigre, ligneux, semblable à un vieux tronc décharné, séché par le soleil, le gel et les tempêtes, avec un rire heureux niché dans sa barbiche de vieux faune – et il attend. Les oiseaux volent à lui par bandes, avec d’affectueux pépiements : ils se posent sur ses épaules, sur ses bras, sur son chapeau, lui becquètent le nez, les lèvres et les oreilles. Munthe reste ainsi droit, immobile, à s’entretenir avec ses petits amis dans le doux dialecte de Capri, jusqu’à ce que le soleil se couche, plonge dans la mer bleue et verte, et que les oiseaux s’envolent vers leur nid, tous à la fois, avec une belle roulade pour dire adieu. "[2]

On notera que la même scène est racontée par Malaparte avec un contexte quelque peu différent dans un autre de ses livres, "La Peau". " C’était au printemps de 1942, peu de temps avant la bataille d’El Alamein. Ma permission expirait, le lendemain je devais partir pour la Finlande. Axel Munthe, qui avait décidé de rentrer en Suède, m’avait prié de l’accompagner jusqu’à Stockholm. - Je suis vieux. Malaparte, je suis aveugle, m’avait-il dit pour m’attendrir, je vous prie de m’accompagner, nous voyagerons dans le même avion. Bien que sachant qu’Axel Munthe, malgré ses lunettes noires, n’était pas aveugle (sa cécité n’étant qu’une ingénieuse invention pour émouvoir les lecteurs romantiques du " Livre de San Michele " : quand il ne pouvait pas faire autrement, il voyait très clair) je ne pouvais refuser de l’accompagner : j’avais promis de partir avec lui le lendemain".[3]

Ce récit pittoresque appelle, cependant, quelques réserves : Axel Munthe, nous le verrons, n'a quitté Capri qu'en juin 1943 et ne peut avoir pris l'avion de Stockholm en compagnie de Malaparte qui vint en Suède rencontrer le prince Eugène à l'automne 1942.

Nous le savons bien, la vérité, pour l'auteur de "Kaputt", n'était qu'une des innombrables facettes de la réalité.

 

Une nouvelle destinée pour la Forteresse d’Axel Munthe

Après a mort de l'écrivain, son fils Malcolm dut vendre le domaine. Après être passé par plusieurs mains, la Torre Materita est devenue siège de la Fondation Axel Munthe.

Divers travaux de restauration étaient nécessaires, une pergola et deux terrasses ont été ajoutés à la Forteresse.

 

Le fleuron du "Muntherland' était Torre Materita mais son cœur est à la Villa San Michele.



[1] Le film Le mépris,fut tourné en 1963, d’après le livre de Moravia avec, dans la distribution : Brigitte Bardot et Michel Piccoli, Jack Palance et ...Fritz Lang .

[2] Curzio Malaparte : Kaputt, Ed. Denoel, 1946, pages 63-67. Traduction personnelle.

[3] Curzio Malaparte : La pelle, Ed. Ali d'Italia, 1949. Traduction personnelle.

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Date de dernière mise à jour : 14/07/2013

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