Daphné, le laurier et la pe'rvenche


A.J. Fabre                                        Juin 2016

DAPHNE, LE LAURIER ET LA PERVENCHE

 

Daphné était fille du dieu d'une des rivières d'Arcadie, le Ladon. D'autres versions font son père d'un roi de Thessalie C'était une chasseresse farouche qui ne voulait rencontrer aucun homme et passait son temps à parcourir bois et forets avec ses compagnes. Que Daphné n'eut pas un caractère très complaisant est bien établi dans les légendes : l'histoire de Leucippus le montre bien : il était fils d'un roi du Péloponnèse et voulut pour rencontrer Daphné se déguiser en femme. Bien mal lui en prit : il fut découvert au moment ou Daphné et ses suivantes eurent l'idée après la chasse, de se baigner nues dans une rivière et, aussitôt, mis à mort.

A la fin Daphné devint victime de son refus farouche de l'amour : courtisée par Apollon elle obtint de son père de se changer en un arbre qui, porte depuis son nom.

Daphné est le nom grec du laurier : cet arbre typique des régions méditerranéennes. Sa parure est éternelle faite de feuilles ovales et pointues de couleur vert brillant, sa stature est parfois imposante sa hauteur peut aller jusqu' à six ou sept mètres. L’arbre tout entier répand une odeur fortement aromatique.

Dans la pharmacopée Antique, baies et feuilles servaient à conjurer la propagation des épidémies et à prévenir les morsures des animaux venimeux. Le laurier servait aussi d'antiseptique et de digestif. Il tient d'ailleurs une place importante dans les recettes de cuisine d'Apicius.

Le souvenir d'Apollon a fait du laurier la marque symbolique de la victoire et des succès sous toutes ses formes honorant les généraux victorieux, les poètes tels Orphée toujours couronné de feuilles de laurier et les bacheliers : le baccalauréat est il autre chose qu'une louange, ce que dit bien le mot latin de "laurus"…

C’est avec Jules César que la donne changea. Après sa conquête des Gaules, le Sénat lui décerna le droit de porter le titre d’imperator à vie et à titre héréditaire. Par la suite, ce titre se rattacha naturellement à la fonction d’Empereur et ne fut plus décerné qu’à eux. Ces derniers pouvaient d’ailleurs le recevoir plusieurs fois, après une campagne victorieuse, et ce titre suivi d’un numéro venait s’ajouter à leur nom : IMP VII par exemple. Le record revient à l’Empereur Claude qui le reçut pas moins de 27 fois, sans même avoir combattu !

Par la suite, d’autres Empereurs de par le monde se représentèrent couronnés de laurier, dans la pure tradition impériale romaine, des Kaisers allemands aux Tsars russes en passant, bien-sûr, par les français Napoléon Ier et Napoléon III.

À noter également qu’au Moyen-Âge, on remettait des couronnes de laurier aux savants distingués dans les universités ainsi qu’aux diplômés en médecine, qui recevaient des lauriers portant encore leurs baies. Le mot lauréat vient du latin laureatus, " couronné de lauriers ". Aussi, le mot baccalauréat vient de bacca laurea, " baie de lauriers ".

Gardant ses feuilles vertes même en hiver, le laurier est vite devenu un symbole d’immortalité. Mythifié par les Grecs et sacralisés par les Romains, il incarne la victoire triomphante – l’allégorie de la Victoire est représentée remettant une couronne de laurier – et ceint depuis les siècles et les siècles la tête des héros, des sages et des génies.

Plus prosaïquement notre époque n’a pas oublie les vertus aromatiques du laurier qui garde encore, à notre époque le nom de laurier sauce...

Pour les Anciens, le nom du laurier était celui de Daphné. Bien des choses ont change à travers les siècles et dans la plupart des langues européennes, le "Laurus nobilis" est le laurier d'Apollon…mais le daphné n'est que le bois gentil... le bois joli, le sainbois médiéval. C’est un buisson ou un arbuste à tige tortueuse, vêtue de gris avec de petites fleurs roses ou rouges disposées en grappe qu'on trouve dans les garrigues provençales.

On aurait tort de sous estimer la place du laurier dans la vie moderne : Sigmund Freud en a fait un "mythe créateur", en associant l'image du laurier à celle de la mère, dans une interprétation inattendue du célèbre complexe d'Œdipe

 

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La pervenche est une autre plante de Daphné : ainsi, les Anciens luidonnaient le nom de "petite Daphné".

Plante modeste bien que vivace, la pervenche a des tiges rampantes et pour ainsi dire prostrées arborant des fleurs somptueuses au beau bleu violacé.

La pharmacopée Antique donne à la pervenche des indications fort diverses mais Dioscoride (De materia medica.IV.7.) et Pline l'Ancien (Histoire Naturelle.XXI.172) y voient une plante qui "dessèche les tumeurs et les hydropisies"

Ceci étant, reste une réputation assez trouble donnée longtemps à la pervenche dans nos campagnes. Les noms qu'on lui donnait en témoignent : "violette des morts", "violette des sorciers", "violette de serpent".

Comment ne pas évoquer ici une pervenche que ne pouvaient connaître les Anciens et pour cause, mais qui a bouleversé la pharmacopée moderne, la pervenche de Madagascar. C'est une herbe vivace et à feuilles persistantes qui est, à l'heure actuelle, largement répandue dans toutes les contrées tropicales ou sous-tropicales. Sa taille peut atteindre 60 cm, avec des feuilles brillantes et vert foncé. Les fleurs sont rose pâle avec un " oeil" pourpre à leurs centres, mais les horticulteurs ont développé des variétés dans une gamme très large de couleurs avec des couleurs s'étendant du blanc au rose jusqu'au pourpre.

Cette variété de pervenche à longtemps été comme plante médicinale: dans la pharmacopée indienne traditionnelle pour le traitement des piqûres de guêpe et, peut être du diabète, utiliée à Hawaï, comme hémostatique, en Chine, comme diurétique, en Amérique centrale comme traitement de la toux, et, dans lers Caraïbes, comme remède ophtalmologique.

Des le milieu du siècle dernier la pervenche à été l’objet d'investigations scientifiques pour étudier l'activité anti-diabétique de la pervenche. On à ainsi découvert que la plante contient plus de 70 alcaloïdes dotés d'activité thérapeutique. Certains agissent sur le diabète, deux autres, vincristine et vinblastine se sont révèles posséder une activité particulièrement efficace dans le traitement des tumeurs malignes.

 

Choix d'ouvrages à consulter

                         Sur le destin de Daphné :      Ovide : "Métamorphoses" (I. 452)

 

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