Alfred Döblin (1878-1957), révolutionnaire allermand et médecin français

ALFRED DÖBLIN (1878-1957) REVOLUTIONNAIRE ALLEMAND ET MEDECIN FRANÇAIS

André J. Fabre                     Octobre 2012             

Alfred Döblin[1] qui était médecin en même temps qu'écrivain, apporta à la littérature un procédé tout à fait novateur d’écriture du roman.

 Le Psychiatre du Kurfürstendam

 Döblin venait d’une famille de Stettin venue à Berlin à la suite d’un drame : le père avait quitté les siens pour s'en aller vivre aux Etats Unis. Alfred entreprend en 1896 ses études de médecine Il obtient son diplome, quelques années plus tard, en soutenant une thèse sur la démence des maladies de Korsakov et, à parir de 1904, va se spécialiser en psychiatrie,

Son mariage, en 1912, avec la fille d'un négociant de Berlin, Erna Reiss, met fin à une longue liaison avec une jeune infirmière, Frieda Kunke, dont Alfred avait eu un fils.

Tout en exerçant sa spécialité il va participer aux mouvements d’avant-garde qui émergent un peu partout en Allemagne à cette époque, et surtout à Berlin. Döblin va ainsi collaborer au célèbre journal expressionniste Der Sturm (La tempête)

 Révolutionnaire dans le Berlin des années folles

 Avec pour modèles Heinrich von Kleist, Friedrich Hölderlin et Friedrich Nietzsche, Döblin entend consacrer sa vie, désormais, à l'"enagement politique" : ce sera par la voie de la littérature..

La Grande Guerre arrive et Döblin va passer quatre ans en Alsace comme médecin d’un lazaret militaire

Ilrevient à Berlin avec des idées plus que jamais acquises aux isdéaux révolutionnaires mais ne prend part que de loin aux émeutes de l'après guerre.

Cependant, en 1933, lorsqu’Adolf Hitler arrive au pouvoir au lendemain de l’incendie du Reichstag, les Döblin conscients de la marche inéluctable del'Histoire quittent l’Allemagne pour se refugier en Suisse.

 Emigrant en France

Alfred était depuis longtemps attiré par la France : il part pour Paris en emmenant tous les siens avec lui : il obtient en 1939 la nationalité française Lorsque la guerre éclate, Döblin travaille en compagnie d’autres émigrants allemands, au Ministère de la Guerre, à combattre la propagande nazier.

A la débacle de juin 1940, il lui faut quitter en toute hâte Paris pour gagner le sud de la France. Il ne retrouve les siens qu’après plusieurs semaines de recherche angoissante, à Toulouse.

Après avoir obtenu à Marseille, l’autorisation de sortie du territoire français ainsi qu’un visa provisoire du consulat américain, les Döblin réussissentt, en juillet 1940, à passer en Espagne, puis, de là au Portugal où ils parviennent enfin à trouver place sur un bateau qui va aux Etats Unis.

 Un Allemand à Hollywood

 Enfin saufs ! Les Döblin vont rester quelque temps à New-York puis Alfred décide d’aller tenter sa chance comme scénariste à Hollywood. Il va retrouver en Californie bien d’autres réfugiés allemands, parmi lesquels un certain Berthold Brecht[2].

Les Döblin ont trouvé à se loger dans un hôtel meublé de Cherokee Avenue, à deux pas du légendaire Sunset boulevard et Alfred obtient de la Compagnie Metro-Goldwyn-Mayer un contrat d’un an... à100 dollars par semaine.

Survient alors un nouveau drame dans la vie des Döblin : ils apprennent que leur fils, Wolfgang, mathématicien de haut niveau qui était resté en France, s’est suicidé pour ne pas tomber entre les mains des nazis

 Retour en France

 Döblin décide de rentrer en France : il arrive le 15 octobre 1945 à Paris, un des premiers émigrés à revenir. Il habite à présent Paris et tente de revenir en Allemagne mais ce sera dans les fourgons de l’armée française.

Des FFA jusqu'à Berlin-Est...

 En 1945, Döblin obtient le poste d’inspecteur littéraire de l’administration militairedans des Forces Françaises d'occupâtion en Allemagne,d'abord à Baden-Baden, puis à Mayence.

La tentative de faire revivre l'Allemagne de Weimar dans un roman intitulé 1918 est un échec : le passé n'intéresse plus personne.

Döblin se tourne alors vers l’Allemagne communiste.. Il émigre à Berlin-Est et devien, membre de l’Académie de l’Art nouveau de la République démocratique allemande mais, déçu par l’atmosphère bureaucratique du régime de Pankow, il ne tarde pas à regagner la France puis, à nouveau l'Allemagne, mais c'est l'Allemagne Fédérale, cette fois.

 En Forêt Noire pour la fin du parcours

 A présent, Döblin se sait gravement malade, atteint parla maladie de Parkinson et il va faire de nombreux séjours dans les hôpitaux de Forêt-Noire. Il moueea à., à Emmendingen, près de Fribourg-en-Brisgau le 26 juin 1957. Sa femme, ne voulant pas lui survivre, va se suicider trois mois après.

 Berlin Alexanderplatz[3], oeuvre majeure de Döblin : l'expressionisme arrive dans les faubourgs

 L’œuvre majeure d’Alfred Döblin reste Berlin Alexanderplatz, qui fait revivre le Berlin trouble et lancinant des années 1925.

L’écriture révolutionnaire (dans tous les sens du terme...) de Döblin méle enemble, dans un effet de "collage" très surréaliste, les références à la Bible et à la mythologie, les "coupures"de journal et les effets de tragédie pour raconter la vie de Franz Biberkopf, criminel repenti et antihéros rattrapé par son destin.

De temps à autre, c’est l'auteur qui prend la parole pour commenter la destinée de ses personnages, parmi lesquels, Berlin, étendant partout comme une pieuvremonstrueuse, son réseau d’avenues, de métros et de voies ferrées.

Livre emblématique des techniques littéraires qui allaient bouleverser la littérature de l’après guerre, Berlin Alexanderplatz fait écho au Manhattan Transfer de John Dos Passos, au Voyage au bout de la nuit de Céline ou à l’Ulysse de James Joyce

Berlin Alexanderplatz a donné naissance, en 1931, à un des premiers films parlants d’Allemagne, réalisé par Phil Jutzi, militant communiste converti plus tard au nazisme et, bien plus tard, symbole des temps modernes, à une série télévisée signée de Rainer Werner Fassbinder.

 Alfred Döblin, l’homme de tous les défis

 Libre-penseur dans le Hollywood bien-pensant, juif converti au catholicisme et citoyen allemand revenant dans son pays, après la dernière guerre sous l’uniforme des vainqueurs, Alfred Döblin est resté toute sa vie l’homme de tous les défis et en a payé le prix.

 

 
Notes
[1] Pierre Mac Orlan a rédigé un  fort intéressants commentaires sur Alfred Döblin dans la préface de l'édition 1981 de Berlin Alexanderplatz (Paris, Edition Gallimard)

[2] Pamier : les émigrés allemands Berthold Brecht, Kurt Weil, Thomas Mann[3] Alfred Döblin, BerlinAlexander Platz, Paris, Ed. Gallimard, 1981

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Date de dernière mise à jour : 29/07/2013

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