Francesco Aglietti (1757-1836)

André J. Fabre                                              a.fabre.fl@gmail.com

Francesco Aglietti (1757-1836) poète et médecin de Lord Byron

 

Francesco Aglietti est né d'une mère allemande et d'un père toscan mais fit toutes ses études à Padoue où s'était installée sa famille.

Une fois obtenu son diplôme de médecin, il partit compléter ses études à Bologne puis Florence, avant de s'installer, en 1780, à Venise.

Dès lors, commence une grande carrière : en 1798, Francesco est nommé à la chaire d'Anatomie et prononce à cette occasion un discours mémorable sur l'utilisation à donner à l'anatomie dans les sciences médicales. Ayant obtenu la chaire de Clinique médicale, il se spécialise dans les maladies vasculaires et en 1800, publie un ouvrage qui va faire date sur les anévrismes artériels.

Passionné d'Histoire, Francesco va fonder en 1783, le "Journal pour servir à l'histoire raisonnée de la Médecine de ce siècle"[1], et en restera directeur de publication jusqu'en 1800.

L'année suivante, il est nommé Médecin-chef de l'Hôpital civil de Venise puis, trois ans plus tard, Directeur de la santé maritime de Venise. En 1816, il accède aux hautes fonctions de "Surintendant de la médecine de Venise"[2].

Au faite des honneurs, il reste avant tout médecin mais dans la tradition du "Siècle des lumières".

La postérité associe son nom à celui du grand poète anglais, Lord Byron, qui vécut plus de deux ans à Venise.

Voici l'histoire : Georges Gordon, sixième baron Byron, était arrivé en 1816 à Venise accompagné d'un fidele ami, le baron Broughton[3]. Tous deux logent sur le Grand Canal à l’Hôtel Gritti dont la façade, décorée par des fresques de Véronèse plaisait tant à Lord Byron qu'il voulait avoir là sa demeure. Il finit par louer tout un étage du palais Mocenigo, situé près de l'église de Santa Stae : il y resta trois ans, en compagnie de ses quatorze serviteurs, d' un pittoresque gondolier barbu et de ses nombreux chevaux pour qui une vaste écurie avait été aménagée..

Toujours très sportif, Byron ne passa pas une journée sans une séance de natation dans le Grand canal mais il reste un grand mondain, reçu à bras ouvert dans la haute aristocratie vénitienne.

Plus tard, Chateaubriand livrera quelques confidences de la comtesse Albrizzi[4] qui tenait salon littéraire à Venise, sur Byron : "Mme Albrizzi m'a conté tout Lord Byron, elle en est d'autant plus engouée que Lord Byron venait à ses soirées. Sa Seigneurie ne parlait ni aux Anglais, ni aux Français, mais il échangeait quelques mots avec les Vénitiens et surtout avec les Vénitiennes. Jamais on n'a vu Mylord se promener sur la place Saint-Marc, tant il était malheureux de sa jambe. Mme Albrizzi prétend que quand il entrait dans son salon il se donnait en marchant un certain tour, au moyen duquel il dissimulait sa claudication. Décidément il était grand nageur. Il a octroyé son portrait à Mme Albrizzi. Childe Harold dans cette miniature, est charmant, tout jeune, ou tout rajeuni, il a un caractère de naïveté et d'enfance. La nature l'avait peut-être fait ainsi, puis un système, né de quelque disgrâce, en s'emparant de son esprit, aura produit le Byron de sa renommée. Mme Albrizzi affirme que dans l'intimité, on retrouvait en lui l'homme de ses ouvrages. Il se croyait dédaigné de sa patrie et par cette raison, il la détestait : dans le public de Venise, il était sans considération, à cause de ses désordres[5].

Grand séducteur, Byron multipliait les aventures féminines mais, dans une lettre à un ami, il écrit ces lignes prophétiques "Je ne vivrai pas longtemps, c'est pourquoi je dois en profiter tant que j'en suis capable".

Quant au Dr. Aglietti, c'est en 1819 que se situe sa première rencontre avec Lord Byron : il devient son médecin et bientôt son ami dans des circonstances hautement romanesques

Byron avait fait la conquête d'une toute jeune fille de Ravenne qui, pour fuir le couvent, avait pris un mari âgé de 57 ans, le comte Alessandro Guiccioli : "Teresa est belle comme l'aurore et ardente comme le midi" faisait confidence Byron dans une lettre à un ami. La belle Teresa fut sommée de revenir au palais conjugal de Ravenne : Byron quitta aussitôt Venise pour s'installer chez les Guiccioli, respectant, comme il l'écrit avec quelque cynisme, "le plus strict adultère". Hélas, le comte va bientôt surprendre les amants "quasi sur le vif", écrit Byron dans une lettre. Teresa s'enfuit chez son père qui finira par obtenir du pape Pie VII, le 6 juillet 1820, la dissolution du mariage de sa fille.

Byron n'habitait déjà plus Venise : il avait trouvé une demeure à sa mesure sur les bords romantiques de la Brenta, à Mira et les deux amants coulaient des jours heureux lorsque Teresa tomba malade, atteinte d'une affection qu'aucun médecin ne parvenait à guérir. C'est là que réapparaît le Dr Aglietti : Byron, fou d'inquiétude arrive à Venise pour supplier son médecin de sauver Teresa. Aglietti n'hésite pas : il part aussitôt au chevet de la précieuse malade. Médecin habile, il guérit la Comtesse et Byron lui en restera profondément reconnaissant.

C'est au Dr Aglietti qu'il va dédicacer, en termes flatteurs, sa grande œuvre, le "Childe Harold's Pilgrimage"[6] "L'Italie a beaucoup de grands noms, Canova, Monti, Ugo Foscolo, Visconti,... Aglietti qui mettent leur pays à la première place les arts et les sciences"

On a retrouvé récemment une lettre de Byron, signée de sa main et adressée à un officier de marine anglaise de passage à Venise, Basil Hall[7], lui recommandant vivement le Dr. Aglietti : "... le meilleur médecin à Venise et d'Italie. Il habite sur le Grand Canal et sa demeure est facile à trouver... Il n'y a réellement aucune comparaison possible entre lui et l'un des autres médecins de Venise..."

 

envoyer vos commentaire à a.fabre.fl@gmail.com

 

 

 

[1] "Giornale Per Servire Alla Storia Ragionata Della Medicina Di Questo Secolo(1783-1800)

[2]"Protomedico di Venezia".

[3] John Cam Hobhouse, Baron Broughton (1786-1869), se fit plus tard connaître en Angleterre comme homme politique et mémorialiste.

[4] Isabella Marin Teotochi Albrizzi, née Elisabetta Teotochi (1760-1836), écrivain italien originaire de Corfou qui tenait un salon littéraire à Venise.

[5] François René de Chateaubriand, "Mémoires d'Outre-tombe" (10-17 septembre 1833).

[6] Lord Byron, "Childe Harold's Pilgrimage (Ed. de la British Library, Historical Print, 2011).

[7] Basil Hall (1788-1844) a laissé de nombreux récits de voyage. Il est un des premiers Européens à avoir donné une description de la Corée.

Ajouter un commentaire

Vous utilisez un logiciel de type AdBlock, qui bloque le service de captchas publicitaires utilisé sur ce site. Pour pouvoir envoyer votre message, désactivez Adblock.

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site