Georges MARESCHAL (1658–1736)

GEORGES MARESCHAL (1650-1738) CHIRURGIEN DE LOUIS XIV 

A.J. Fabre                novembre 2014 

Georges Mareschal est sans conteste, une des figures les plus étonnantes de la médecine du Grand siècle. 

Une famille venue d'Irlande

La magnifique carrière de Georges Mareschal commence avec les états glorieux de son père, le capitaine John Marshall venu d'Irlande, qui prit une part décisive à la bataille de Rocroi.

Le capitaine perdit un bras dans le combat mais fut anobli sous le nom francisé de "Mareschal"[1].

La carrière du capitaine s'arrêta là : il finit sa vie à Gravelines près de Calais où il devint  aubergiste. 

De Calais à  Paris…à pied

A la mort du père, Georges avait tout juste dix-neuf ans. Son rêve était de devenir médecin : Il décida de partir pour Paris … à pied sur un  trajet de 300 kms …

Arrivé dans la capitale, il trouve par chance à s'employer comme "aide barbier" (comprendre "aide-chirurgien") à l'hôpital de la Charité[2].

Remarqué pour le sérieux de son travail, il fut bientôt engagé par Simon Le Breton, maître en chirurgie de la Confrérie de Saint-Côme et Saint-Damien, qui tenait boutique de chirurgien-barbier dans la rue des Lombards.

Là, Mareschal va faire une rencontre décisive avec Rémy Roger, attaché à la maison du prince de Conti qui lui donne accès au soin des malades de l'hôpital. Mareschal obtient ainsi, en 1684, le titre envié de "gagnant-maîtrise"[3]

En 1688, il fut reçu "Maître en chirurgie' dans la Confrérie de Saint-Côme et Saint-Damien[4] et le maître chirurgien Claude Morel conscient des talent d'opérateur de son confrère, décida d'en faire son  successeur. C'est ainsi que Mareschal accéda au titre de "chirurgien en chef" de l'hôpital de la Charité : dès lors commençait une carrière fulgurante. 

Mareschal, chirurgien à la mode

Georges Mareschal était considéré, de son temps, comme le grand spécialiste de la "taille"[5], "intervention, disent les Traités de l'époque, qui consiste à ouvrir la vessie avec des instruments tranchants pour en retirer les calculs vésicaux ou  pierres  qui y sont contenus…L'adresse de l'opérateur était telle qu'il parvenait, à ce qu'assurent les chroniqueurs, à "tailler" avec succès huit patients en un peu plus d'une demi-heure.

Devenu "médecin à la mode" , Mareschal fut amené à donner ses soins à tous les grands personnages de l'époque :

. En 1703,  la princesse de Soubise, souffrant d'une " "tumeur de la gorge" ne laisse à personne d'autre que Mareschal le soin de l'opérer.

. Peu de temps après, Mareschal  eut la tache délicate entre toutes de soigner de traiter la fistule anale de la Marquise de Châtillon celle dont Bussy Rabutin disait ; "on ne peut lui refuser ny sa bourse ny son cœur, mais ne fait guère cas de la bagatelle"…

. le Duc de Berry, petit-fils du souverain s'était démis l'épaule au cours d'une chute de cheval. Mareschal la lui remit "avec une adresse sans égale", disent les chroniqueurs de l'époque. Peu après, lors d'une séance de tir, le duc se blessa profondément la joue ; il s'y forma un abcès que Mareschal eut la charge d'inciser.

. les rois et les reines venaient de partout en consultation : le roi de Sardaigne, Victor-Amédée II, ainsi que la reine d'Angleterre, Marie d'Esté de Modène, épouse de Jacques II, exilée  en France.

. Jacques-Benigne Bossuet, le célèbre "aigle de Meaux",  "atteint de la terrible maladie de la pierre" demanda avec insistance à être opéré par Mareschal, Il n'en mourut pas moins, après plusieurs jours  d'une lente et douloureuse agonie. L'autopsie eut lieu le lendemain même de sa mort et, écrit un contemporain[6] "on trouva dans sa vessie qui était toute gâtée, une pierre grosse comme un œuf ".

. Le marechal de Villars, blessé au genou à la bataille de Malplaquet,  parvint,  grâce à Mareschal, à éviter  l'amputation…t

. "Ultima sed non minima" : Jean Racine qui, comme beaucoup de ses contemporains avait quelques ennuis lithiasiques.

Couronnement de sa carrière, en 1696, Mareschal est appelé en consultation auprès du roi qui souffrait d'un volumineux anthrax de la nuque malgré tous les soins de ses médecins : FagonFélix, du Tertre, ou Bessière. "Praticien de "la dernière chance",  Mareschal, osa pratiquer une large  incision cruciforme d'où sortit un flot de pus. Le roi se sentit tout de suite mieux et fut rapidement guéri.  

Au faîte des honneurs

Mareschal est nommé en 1703, sous les applaudissements de la Cour, "Premier chirurgien du Royaume". Pour célébrer l'événement, il eut, dit-on, un geste spectaculaire : jeter au feu toutes les notes d'honoraires impayés...

Parvenu au faite des honneurs, Mareschal, fut anobli par Louis XIV qui le fit "Seigneur de Bièvre[7], nom d'un domaine situé près de Versailles

Le chirurgien royal ne perdit pas pour autant ses habitudes  de visiter chaque jour  ses malades sans marquer de différence entre les riches et les pauvres.

"Il put désormais, écrivait un contemporain, partager son temps entre son devoir à la Cour, les affaires que la chirurgie lui donnait à la ville, et quelques moments de repos à la campagne".

Un des plus célèbres patients de Mareschal fut le grand chroniqueur Saint-Simon qui a laissé de son chirurgien un portrait incisif :  "[C'est] le premier de tous en réputation et en habileté (...) fort peu d'esprit, très bonsens… il connaissait bien ses gens, était plein d'honneur, d'équité, de probité et d'aversion pour le contraire ; droit, franc et vrai, et fort libre à le montrer, bon homme et rondement homme de bien et fort capable de servir, par équité ou par amitié, de se commettre très librement à rompre des glaces auprès du roi, quand il se fut bien initié et on l'était bientôt dans ces sortes d'emploi familiers auprès de lui."[8] 

Georges  Mareschal, conseiller politique du roi

Mareschal avait désormais trouvé place parmi les  familiers de Louis XIV qui ne manquait jamais de prendre l'avis de son médecin  dans les cas "difficiles" de son royaume. En fait, Georges Mareschal, le fils du cabaretier de Gravelines était devenu le conseiller politique du roi.

Lors des derniers jours  de Louis XIV Mareschal fit preuve du lus grand dévouement envers son malade : il resta nuit et jour à son chevet pendant plusieurs semaines. Lorsque arriva la "gangrène" terminale, Mareschal recourut  stoïquement à l'intervention de la dernière chance. C'est encore lui qui, le 1er septembre 1715, vint  prononcer l'avis de  décès du souverain et, dans les jours suivants,  pratiqua seul l'autopsie et l'embaumement du royal défunt.  

Mareschal Seigneur de Bièvre

Le domaine d Bièvres  avait été offert au Moyen Age,  par le roi Charles V à Pierre de Chevreuse, riche bourgeois anobli,  avec "droit de haute et basse justice".

A la Renaissance, Nicolas Lecoq, Conseiller au Parlement y fait construire un château seigneurial encadré de deux tours.

A l'origine, la châtellenie de Bièvres regroupait 140 hectares. Georges Mareschal agrandit son domaine sur plus de 500 hectares avec  tout un  ensemble de fermes, bergeries champs et prairies.

Le domaine resta dans la famille Maréchal de Bièvres jusqu’en 1789 où le château fut entièrement dévasté puis, au siècle suivant, démoli par la tristement célèbre  " bande noire"[9]. Désormais il allait servir  de carrière pour la construction à Bièvres de nouvelles habitations. 

Chirurgien de Louis XV

La mort de Louis XIV, le 1er septembre 1715, ne modifia en rien le statut de Mareschal qui resta jusqu’à sa mort Premier chirurgien du roi.

Le nouveau roi Louis XV lui accorda la croix de l'Ordre de Saint-Michel et décréta le maintien  de son titre de noblesse.

Dès 1720, Mareschal avait fait la connaissance de François Gigot de La Peyronie, ancien Professeur de l'école de médecine de Montpellier[10] venu s'installer à Paris. Il prend en amitié son jeune collègue et va envisager  avec lui le projet d'une Académie Royale de Chirurgie . 

L'Académie Royale de Chirurgie

Depuis longtemps, Mareschal et La Peyronie tenaient prêt   leur projet d'une Académie associant "les chirurgiens du Royaume et des pays étrangers se distinguant le plus dans l’art de la chirurgie"

et avec l'appui de Pierre Chirac, Premier médecin du Roi, fut créée en 1731 la Société académique des chirurgiens de Paris, composée de dix membres libres et soixante membres ordinaires - sans omettre les associés étrangers

Le 18 décembre 1731 a lieu la séance inaugurale de l'Académie royale de chirurgie placée sous la présidence de Georges Mareschal avec Sauveur-François  Morand[11] comme Secrétaire. Mareschal resta pendant cinq ans président et, sous son impulsion, l'Académie acquit une grande notoriété dans les milieux scientifiques de toute  Europe.

Les réunions se tenaient dans l'Amphithéâtre de Saint Côme, situé à côté du couvent des Cordeliers. Les jetons académiques portaient effigie royale avec, à leur revers, l'image d'une main ouverte entre deux serpents surmontés de la couronne de France et la devise   "Consilioque manuque"[12] restée depuis devise de l'Académie.

L'Académie Royale disparut lorsque s'installa  la Révolution,  la Convention ayant officiellement prononcé en 1793, sa dissolution. 

La fin d'une vie bien remplie

En 1724, Georges Mareschal fit part au roi de son souhait de se retirer en faisant de La Peyronie son successeur. Il voulait  désormais se consacrer entièrement à son domaine de Bièvres où il put fêter, le 27 octobre 1734, ses noces d'or avec son épouse Marie Roger.

C'est là qu'il mourut le 13 décembre 1736 âgé de 78 ans. Il fut inhumé dans le chœur de l’église Saint-Martin de Bièvres. 

 

Adresser toutes questions ou commentaires à  a.fabre.fl@gmail.com

 

Bibliographie 

Eloge de M. Georges Mareschal (Mémoires de l'Académie Royale de Chirurgie, Tome 2 - 1753 - pp 31-42.)

Jean-Jacques Peumery, "Georges Mareschal (1658-1736), fondateur de l'Académie de chirurgie', (Bulletin de la Société Française d’Histoire de la Médecine ,1996,30(3),p.323-332).

Lévy-Valensi J.,  La médecine et les médecins français au XVIIe siècle (Ed. Baillière (Paris), 1933 -, pp. 643-649)

C. Châtelain, Histoire de l’Académie nationale de chirurgie ou Quelques considérations sur la naissance et la vie de l’Académie de chirurgie ou Naissance et avatars d’une Académie (E-mémoires de l'Académie Nationale de Chirurgie, 2006, 5 (2) : 18-23)



[1] Les armoiries de John Marshal étaient  "Blason à fond de sinople à  fasce ondée d’argent, accompagnée de trois grains de sel de même, deux en chef et un en pointe". "

[2] L'hôpital de la Charité, d'abord installé sur l'emplacement de la rue Bonaparte, siégeait sur le terrain qui deviendra plus tard la Faculté de la rue des Saints Peres

[3] Le "gagnant-maîtrise"  était  choisi par le bureau d'un hôpital, sur présentation (ou non)  de la part des apothicaires, après passage d'un examen ou d'un concours. Le candidat devait alors effectuer un service de plusieurs années, à l'issue desquelles, il serait nommé " maître apothicaire", soit directement, soit après d'examens simplifiés

[4] La confrérie de Saint-Côme et de Saint-Damien avait été mise en place par saint Louis au XIIIe siècle. Ce fut en France  la première association professionnelle de chirurgiens. Jusqu'au XIIIe siècle, la profession de chirurgien n'était pas clairement différenciée de celle de barbier. Ces deux professions étaient considérées comme des métiers manuels nécessitant peu d'instruction, dont l'apprentissage se faisait au contact d'un proche. Les médecins, au contraire, considérés comme instruits, se devaient d'acquérir  la culture livresque apportée par les études de médecine.

[5] Par "taille", il faut comprendre "lithotomie". La lithotrypsie (broyage du calcul) n'arrive qu'au XVIIIème siècle avec le chirurgien  Jean Civiale (1792–1867)

[6] L'Abbé Ledieu fut historien de Bossuet, cf. "Notes Critiques sur le texte de ses "Mémoires" et de son "Journal" par Ch. Urbain publié dans " Revue d'Histoire littéraire de la France" ( 5e Année, No. 3 (1898), pp. 408-442)

[7] Le château  était situé sur l'emplacement de l’actuel " Domaine Ratel", du nom d'un ancien maire de Bièvres.

[8]St-Simon, Mémoires, tome 4, XIII, p. 254

[9] "La bande noire" désignait une association de spéculateurs qui, lors de la mise sous séquestre des biens du Clergé (décrets des 13 mai et 16 juillet 1790) et des émigrés (décrets du 2 septembre 1792 et 3 juin 1793), organisait l'achat  à bas prix de châteaux, abbayes, et tous monuments d'art précieux, dans le but de les occuper puis les revendre avec profit (parcellisation des anciens domaines) …ou les démolir et d'en vendre les débris.

[10]François Gigot de La Peyronie (1678-1747) a également laissé son nom au  syndrome d' induration plastique des corps caverneux

[11] Sauveur-François Morand (1697-1773) fut  chirurgien-major pendant près de trente ans  à l’hôtel des Invalides  

[12] "Consilioque manuque" : comprendre  "par l'habileté et la main "

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Date de dernière mise à jour : 18/11/2014

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