Girolamo Fracastoro (1478-1553) premier syphiligraphe de l'Histoire

A.J. Fabre                                         Juin 2015

Girolamo Fracastoro (Jérôme Fracastor ou Hieronymus Fracastorius) (1478-1553),

le premier syphiligraphe de l'Histoire

 

Girolamo était issu d'une famille de la noblesse de Vérone et n'eut aucun mal, une fois obtenu son diplôme, à gravir rapidement tous les échelons de la carrière médicale : à peine âgé de 31 ans, il était déjà médecin à la cour du pape Paul III.

Homme universel, à la fois humaniste, philosophe, botaniste, mais aussi, poète, musicien, astronome, mathématicien et géographe. En fait, il fut surtout un grand médecin connu dans toute l'Europe : le médecin de Catherine de Médicis, Jean Fernel[1], vint lui demander conseil au sujet de la stérilité de la reine et, en 1535, Charles Quint, arrivant en Italie, se déplaça en personne pour le rencontrer. Les amis de Fracastoro avaient des noms célèbres : Pietro Bembo, le cardinal écrivain ou encore, Nicolas Copernic, lors de ses deux années passées à Padoue.

Le mérite de Fracastoro est de s'être intéressé, dès le début du XVIème siècle, au concept de maladies infectieuses et de contagion.

Dans un ouvrage publié en 1546,[2] Fracastoro écrivait: "l'infection passe d’une sujet à l’autre", par le biais de "véritables semences de contagion... particules si petites qu'elles ne tombent pas sous les sens..."[3] et il concluait : "Sachez que dans les maladies, ce sujet de l'existence des germes ne doit jamais être négligé.

En ce qui concerne la contagion, là encore, les idées de Fracastoro sont très en avance sur son temps, Pour lui, la contagion se fait par contact direct ou par l'intermédiaire des vêtements (il donne en exemple la gale et la "phtisie") ou par transmission à distance en cas de "pestilence", d'ophtalmie ou fièvre éruptive

Adversaire résolu des doctrines Galénistes reçues alors comme un dogme, Fracastoro garde une position très ferme: "il faut toujours se souvenir que le plus important est de combattre le germe et de s'opposer à la contagion".

Sur le plan clinique, l'œuvre de Fracastoro est remarquable : il utilise des mots précis pour rapporter les symptômes qu'il s'agisse de la "grande vérole" ou de maintes autres maladies telles la peste, la variole ou la lèpre. Un chapitre particulier du Traité est même consacré à la "maladie émaciante" à qui Fracastoro donne le nom de "phtisie".

Cinq siècles après la publication de ses livres, Fracastoro apparaît clairement comme un des fondateurs de la médecine moderne.

C'est cependant, la syphilis qui va faire sa célébrité. La maladie venait d'arriver en Europe, ramenée d'Amérique par les colons espagnols. Fracastoro composa sur ce sujet un poème en quatre chants intitulé "La Syphilis[4] ou le mal Français" [5] et dédié au cardinal Bembo, spécialiste avéré de tous les domaines de l'amour. Le thème en est simple : pour avoir outragé Apollon, un berger séduisant nommé... "Syphilis" est frappé par les puissances divines d'une hideuse maladie. Il sera guéri grâce à un nouveau médicament arrivé (comme la vérole !), tout droit du Nouveau Monde : c'est le bois de gaïac, prescrit, il est vrai, en association au mercure.

Le gaïac était alors le médicament en vogue : nous l'avons vu, Tommaso Rangone sur le porche de San Zulian, tient à la main un rameau de gaïac. Autre figure légendaire de Venise, le Chevalier Ulrich de Hul[6] fut, lui aussi, adepte du gaïac mais il n'en périt pas moins de syphilis…

A la fin de sa vie, Girolamo Fracastoro s'était retiré près de sa ville natale, à Affi. Un matin, son domestique, entrant dans sa chambre le trouve agité, cherchant désespérément à articuler une parole et il meurt brutalement, victime selon toute vraisemblance d'un accident vasculaire.

La ville de Vérone, décida, après sa mort, de lui rendre un hommage solennel en élevant, au dessus de la grande arche de la belle Piazza dei Signori, une statue de marbre. Girolamo Fracastoro y est représenté vêtu de la toge professorale, tenant à la main un globe terrestre que les Veronais ne tardèrent pas à appeler "la boule de Fracastoro" et, selon une légende tenace, le globe est destiné à tomber sur la première personne honorable qui viendra passer sous l'arche. La boule est toujours là...

 

 

Contact a.fabre.fl@gmail.com

 

[1] Jean Fernel 1497 1558), mathématicien, astronome et médecin.

[2] Girolamo Fracastoro, De Contagione et Contagiosis Morbis (Ed. Guglieme Gazée, Lyon, 1546).

[3] Id.

[4] Quatre siècles plus tard, nous ne savons toujours rien de l'origine du mot "syphilis" : s'agit il d'un des quatorze enfants de Niobé que Leto tua à coups de flèche pour punir leur mère sur le mont Sypile en Phrygie ou d'une allusion au "cochon ami (sus, et philos en grec) qui sommeille en nous" [4]?

[5] Girolamo Fracastoro, "Syphilis Sive Morbus Gallicus" (Ed. Antonio Blado, Rome, 1531).

[6] Ulrich von Hutten (1488- 1523) chevalier d'Empire, humaniste et propagandiste ardent de la Réforme dans le Saint Empire a laissé un livre fort célèbre en son temps "De guaiaci medicina et morbo gallico" (Ed. Hieronymus de Benedictis, Bologne, 1521).

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