Hans Sloane et la France

 HANS SLOANE (1660-1753), MEDECIN, ENCYCLOPEDISTE ET AMI DE LA FRANCE

 Octobre 2012                    André J. Fabre            

 Hans Sloane[1], médecin, homme de sciences et grand collectionneur reste un des personnages les plus insolites de son époque, qui en avait pourtant vu tant d’autres....

 Un étudiant de Montpellier

 

HansSloane avait toujours eu une forte inclination pour la France : à peine âgé de 23 ans, et simple étudiant en quatrième année de médecine, il décide de traverser la Manche pour venir étudier en France.

En tant que protestant, Sloane n’aurait pu obtenir de diplôme à Paris, il dut se rendre, dans l’enclave calviniste dOrange, au sud de la France pour continuer ses études et, gagna r Montpellier, la plus célèbre Ecole de médecine de ce temps. Les étudiants y venaient de toute l’Europe : c’est là que François Rabelais, Guillaume Rondelet, Charles de l’Ecluse et bien d'autres avaient fait leurs études.

L’école de médecine de Montpellier avait de très illustres enseignants, parmi lesquels Pierre Chirac, professeur d’anatomie et de médecine et Pierre Magnol professeur de botanique et directeur du Jardin des plantes de Montpellier, donné partout en exemple.

Sloane va s’y faire de grands amis : Joseph Pitton de Tournefort, botaniste et médecin célèbre de Montpellier et Joseph Guichard du Verney médecin anatomiste d’Avignon avec lesquels il restera en relation toute sa vie.

En bref, c’est à Montpellier que Sloane découvrit sa passion pour la médecine, les sciences naturelles et la botanique, passions qui allaient durer toute sa vie.

Lorsque il retourne en Angleterre en 1684, il rapporte avec les nombreux cadeaux offerts par ses amis de Montpellier, un ensemble d’espèces botaniques rares et c'est ainsi que va se fonder ce qui deviendra plus tard la célèbre collection Sloane de "Curiosités naturelles".....

 

Notre homme à la Jamaïque

 

A son retour à Londres, Hans n’avait nullement perdu le goût des voyages : en 1687, il n’est que trop heureux de saisir l’occasion qui lui est offerte d'aller dans la suite un grand seigneur, le duc dAlbemarle, de visiter les Caraïbes. Pendant les quinze mois de son séjour, Sloane va accumuler les observations zoologiques et botaniques, rapportant plus de 800 espèces nouvelles. Il en publiera plus tard le le récit de son éxpédition dans son ouvrage "Voyage à la Jamaïque"[2]

Toujours aussi épris de Sciences naturelles, Sloane entendait ramener à Londres quelques specimens d'animaux exotiques mais il joua de malchance, le lézard géant tomba à l’eau, le crocodile mourut d'ennui durant le voyage et un des serpents échappé du navire, dut être abattu après une chasse épique. Seule put résister au voyage de retourune collection complète d’animaux empaillés.

 

Une belle carrière de médecin dans la haute Société de Londres

 

Dans les années qui suivirent son retour à Londres, Sloane effectue une ascension sociale spectaculaire. Il ne tarde pas à accèder à l’entourage d’une des gloires de la médecine de l'époque, Thomas Sydenham, le nouvel Hippocrate, comme on disait alors et Hans devient le médecin attitré des grandes familles aristocratiques

Il devient membre de toutes les grandes sociétés scientifiques. Elu à la Royal Society en 1685, il en deviendra le Secrétaire en 1693, il restera pendant vingt ans l'éditeur de la revue éditée par la Société, Philosophical Transactions. En &&&&&&&, il prend la présidence du Royal College of medicine

En 1716, Sloane se voit anobli au rang de Baronnet, devenant le premier médecin d’Angleterre à recevoir cette distinction à titre héréditaire. Il est nommé Médecin-général de l’armée britannique et, en 1727 accède aux fonctions de médecin personnel du roi George II.

Enfin, suprême honneur, Sloane, en 1727, va succéder à Isaac Newton comme Président de la Royal Society.

 

Les amis Français d'Hans Sloane [3]

 

Hans Sloane a gardé tout au long de sa vie des liens solides avec la communauté scientifique française. En voici quelques exemples :

 Joseph Pitton de Tournefort, l'ami fidèle de Montpellier

 Un des botanistes dont il avait fait connaissance r à Montpellie, Pitton de Tournefort, était devenu célèbre pour avoir, le premier, fait la distinction entre genres et espèces. Lorsque Sloane revint de la Jamaïque, Tournefort lui avait fait parvenir une lettre chargée d’enthousiasme méridional: "Si j’ai eu l’occasion, je voudrais vous envoyer quelques bagatelles ramassées en Espagne et Portugal, mais cela est peu de chose par rapport à la trésors que vous avez ramené d’Amérique et j’ai honte de parler de mes œuvres". Tournefort admirait Sloane et ne manquait jamais de lui faisait parvenir ses œuvres après chacune de ses publication. On possède encore l’envoi fait par Tournefort à Sloane, en 1698, de la traduction anglaise de l’"Utilisation médicale des plantes qui poussent autour de Paris" et, dans une de ses dernières lettres, écrite peu de temps avant sa mort, Tournefort assure à nouveau Hans Sloane de "ses pensées amicales".

 Pierre Chirac le médecin du Roi &&&&&

 Un autre ami du temps de Montpellier a été Pierre Chirac, dont la carrière fut glorieuse puisqu’il termina médecin personnel du Roi. Destiné dès la petite enfance à la prêtrise, il avait été orienté vers la médecine par le chancelier de l’Université de Montpellier, Michel Chicoyneau. Devenu en 1682 Professeur de médecine il restait très apprécié de ses étudiants. Chirac avait quitté Montpellier en 1692 lorsqu'il devint médecin chef de l’Armée du Roussillon. Il fut nommé en 1715, "médecin en premier" du Régent puis &&&& plus tard médecin personnel de Louis XV. On possède encore toute la correspondance entretetenue tout au long de sa vie avec son ancien condisciple, Hans Sloane.

 Les botanistes amis d'Hans Sloane

 Sloane avait de nombreux amis botanistes en France : Pierre Magnol, directeur du Jardin botanique royal de Montpellier, Charles Plumier, prêtre de l’Ordre des Minimes. botaniste célèbre pour la relation de son voyage aux Antilles, où l’avait envoyé en mission Louis XIV et Claude-Joseph Geoffroy le Jeune, apothicaire, chimiste et botaniste qui fut admis en 1715, avec l’appui d’Hans Sloane membre de la Royal Society.

 Relations de Sloane avec les physiciens Français

 Enfin, Sloane s’était lié avec plusieurs physiciens français tels Étienne-François Geoffroy, le frère de Claude, qui présenta plusieurs communications à la Royal Society, François de Bremond, traducteur des comptes-rendus de sociétés scientifiques anglaises, Charles François de Cisternay du Fay qui fut un des premiers à discerner l'existence de charges électriques positives ou négatives.

 Hans Sloane à l'Académie des Sciences

 Hans Sloane, en témoignage de tout l'intérêt qu'il portait travaux scientifiques françaisl demanda en 1709, à être élu à l’Académie des sciences, alors même que son pays était en guerre avec la France. Il lui fallut, à cette fin, demander une permission spéciale à la reine-régente Anne d’Angleterre et il l’obtint.

 Le fondateur du British Museum

 Grand Témoin de l’Age des Lumières, durant lequel s'est constitué, dans toute l’Europe, un immense réseau d’informations scientifiques, Sloane amassa toute sa vie, comme l'avaient fait avant lui, les grands seigneurs florentins, d’immenses et hétéroclites collections d’objets scientifiques.

Son imposante demeure de Chelsea renfermait tout un monde de végétaux mais aussi d’insectes, de coquillages, de coraux et de divers trésors minéraux.

S’y ajoutait une étonnante collection de spécimens naturalisés où figutaient côte à côte, des poissons, des oiseaux, des serpents et des animaux d'espèces les plus diverses

La numismatique et la sigillographie n’étaient pas oubliées : Sloane collectionnait même les instruments astronomiques ainsi que nombre d’objets et "choses de tout genre non décrits précédemment, à la fois naturels et artificiels "

Quant aux livres, Hans Sloane, grand lecteur devant l'Eternel, en avait amassé par milliers, plus de cinquante mille ouvrages épars dans les pièces du château.

 A sa mort, en 1753, Hans Sloane a légué tous ses biens à la nation anglaise.et c’est sur ses collections que se constitua, à partir de 1759, ce qui allait devenir le British Muséum.

 

a.fabre.fl@gmail.com


 


 

[1] Biographie Sloane : Silke Ackermann et Jane Wess (2003). Between antiquarianism and experiment: Hans Sloane, George III and collecting science, Enlightenment. Discovering the World in the Eighteenth Century (Kim Sloan dir.), The British Museum Press (Londres) : 150-157

[2] Voyage à la Jamaïca  Voyage aux îles de Madère, La Barbade, Nieves, St. Christopher et la Jamaïque, publié en 1725

[3] Sur ce sujet, une documentation très complète a été apportée par Jean Jacquot dans son ouvrage : Sir Hans Sloane and French Men of Science publié dans Notes and Records of the Royal Society of London, Vol. 10, No. 2 Apr., 1953, pp. 85-98

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Date de dernière mise à jour : 29/07/2013

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