Jacob Spon (1647- 1685)

JACOB SPON (1647-1685)

GRAND VOYAGEUR, MEDECIN ET MARTYR DE LA CAUSE PROTESTANTE

Jacob Spon, médecin et littérateur français, est un pionnier méconnu du tourisme en Grèce et en Orient.

Il était issu d'une famille d'huguenots allemands venus d'Ulm à Lyon où le père Charles Spon, était médecin.

En 1662, Jacob Spon entre au Collège à Genève mais son père l’envoie bientôt poursuivre ses études à Strasbourg. C'est là qu'il va rencontrer le fils d'un grand ami de son père, Charles Patin[1], étonnante figure de la vie médicale de l'époque et  Jacob va séjourner plusieurs mois à Paris dans la famille Patin.

 

Médecin à Lyon

Au XVIIème siècle, pour un protestant, entreprendre des études de médecine posait bien des problèmes : certes, l'édit de Nantes n'avait pas encore été abrogé mais la Faculté de médecine de Paris était fermée aux huguenots. Il n'y avait donc d'autre ressource que se rendre à Montpellier, Faculté réputée tolérante sur le plan de la religion, ce que fit Jacob en 1665.

En 1668, Jacob devient ainsi docteur en médecine. Il va alors s'installer dans à Lyon, où son père était médecin. Une brillante carrière l'y attendait : sa clientèle est florissante et  dès 1668, Jacob Spon est élu au Collège des médecins de Lyon

A l'exemple de son père et de ses amis Patin, Jacob avait un très vif intérêt pour les sciences de l'Antiquité. Il va ainsi entrer en correspondance avec Bossuet, Pierre Bayle et Jean Mabillon, bénédictin philosophe qui, lors de son passage à Lyon, eut un long entretien avec lui. Parmi les correspondants attitrés de Jacob Spon figurait aussi le célèbre Père de La Chaise, confesseur du Roi (pourtant bien peu suspect de sympathies hérétiques…), c'est à lui que sera plus tard dédicacé le "Récit de voyage en Orient".

 

Un promoteur  de utilisation du quinquina dans le paludisme

En 1684, Spon va connaitre le succès avec la publication de ses "Observations sur les fièvres et les fébrifuges" où il donne  une place importante au "Quinquina du Pérou"

En fait, ce quinquina avait déjà une longue histoire puisque ses premières utilisations remontes au tout début du XVIIe siècle. Selon les chroniqueurs de l'époque, c'est un remède indien qui aurait guéri de ses  fièvres palustres la comtesse de Chinchon, épouse du vice-roi du Pérou. La véracité de la légende reste à démontrer mais dès  1653 le médecin de l'Archiduc d'Autriche faisait déjà mention du "chinchina"[2]. Arrive ensuite Robert Talbor[3] ancien aide apothicaire, devenu, à la suite d'une "cure miraculeuse,  médecin personnel du   roi d'Angleterre qui, en 1679 l'envoya en France au chevet du  Dauphin qui se mourait  de "fièvre maligne" : son "médicament secret" eut un effet décisif au point que   Louis XIV lui acheta (fort cher…) la       recette du médicament miraculeux :  une macération d’écorce de quinquina en suspension dans du vin. Le secret sera définitivement levé en 1689 avec la publication de l'ouvrage de Talbot intitulé  "guérisons miraculeuses des fièvres" [4],

 

Le précurseur du tourisme en Orient

Le voyage que va faire Jacob Spon en Grèce et en Orient revêt à notre époque une importance toute particulière : c'est le premier des "voyages culturels" en Orient, dont la  tradition s'était perdue depuis l'Antiquité.

De 1675 à 1676, Spon a parcouru tout le bassin méditerranéen :  Venise, la Dalmatie, la Grèce, Smyrne, Troie et Constantinople en compagnie de  son ami George Wheeler[5],

Il en a ramène un livre en deux tomes publiés en 1678 [6] qui va longtemps rester ouvrage de référence pour tous les voyageurs d'Orient : ainsi, Chateaubriand, dans son célèbre "Itinéraire de Paris à Jérusalem", raconte que le livre de Jacob Spon l'accompagna durant tout son voyage.

 

Jacob Spon, auteur prolifique

Le  "Récit de voyage en Orient" fut suivi de nombreux ouvrages : "Histoire de  Genève"[7] et un ensemble de travaux archéologiques, en particulier, une étude sur les inscriptions romaines[8] où est  propose pour la première fois le terme  d'"Archaeologie " pour designer l'étude des vestiges eu passé.

Spon était aussi, tout comme son ami Patin, numismate averti et a laissé un ouvrage sur ce sujet[9]

Après sa mort, fut  publiée une très curieuse étude sur… les étrennes de fin d'année  "De l'origine des étrennes"[10], livre offert à un ami genevois, Georges-Fréderic Stoffel[11] à l'occasion du 1er janvier 1674 : on t voit, non sans quelque surprise, que la mode des cadeaux de Nouvel An était déjà là en plein XVIIème siècle.

 

Le drame de la Révocation de l'édit de Nantes

Le grand drame dans la vie de Jacob Spon fut, en 1685, la révocation de l'Edit de Nantes qui avait été promulgué par Henri IV pour accorder aux protestants le droit de pratiquer leur culte[12].

Dès 1680, Jacob Spon va devoir rompre avec ses amis catholiques, et en premier, avec le Père de la Chaise ,qui le pressait instamment d'abjurer la foi protestante

 

Exil et fin à Genève

Plutôt que se convertir à la religion d'état, Spon a préféré prendre la fuite  en Suisse.

Tout s'est très mal termine : argent et bagages lui furent volés et Jacob Spon mourut bientôt de tuberculose à l'hôpital de Vevey ,le jour du Nouvel An 1685.

 

Conclusions

Jacob Spon est une des grandes figures du XVIIe siècle. Sa personnalité est fascinante : à la fois médecin, ardent défenseur de la cause protestante mais aussi homme de haute culture, passionné par l’art, l'architecture et l'Antiquité. Précurseur dans ce domaine comme dans beaucoup d'autres, , il a fait de l’archéologie, avec quelques siècles d'avance,  une "science du terrain".

Il en a amplement témoigné  au cours du long voyage ou plutôt du pèlerinage aux sources de l'Antiquité qu'il a effectué  à l'époque où le   Roi Soleil installait sa Cour à Versailles.

Jacob Spon avait voué son existence à la  religion reformée. Aussi la révocation de l'édit de Nantes fut elle le grand drame de sa vie.

Il choisit alors, plutôt que révoquer sa foi, de s'exiler à Genève où il mourut abandonné de tous à l'âge de 38 ans.

 

Envoyez vos commentaires à

a.fabre.fl@gmail.com



[1]Charles Patin fit, par la suite, une brillante carrière médicale à Paris avant d'être contraint, dans les suites d'une enquête menée sur les sympathies littéraires de son père, a fuir de Paris. Après avoir voyagé dans toute l''Europe, il se fixa à Padoue où l'Université lui offrit un poste de Professeur de clinique médicale (voir le site http://andrefabre.e-monsite.com/pages/histoire-de-la-medecine/charles-patin-un-medecin-rebelle-a-la-cour-de-louis-xiv.html.

[2] Jacques Chifflet, "Pulvis febrifugus Orbis Americani ventilatus" publié à Bruxelles en 1653.

[3]  Robert Talbor (1642-1681) ou Tabor connut la célébrité en Angleterre pour avoir découvert chez l'apothicaire qui l'employait  Cambridge les propriétés de l'écorce de quinquina.Il put ainsi guérir   la malaria du roi Charles II et, pour cela,  anobli et devint médecin de la cour malgré l'opposition du  Collège royal des médecins qui le tenait pour un simple charlatan…

[4] Robert Talbot, "Les Admirables qualitez du kinkina : confirmées par plusieurs experiences, et la maniere de s'en servir dans toutes les fiévres pour toute sorte d'âge, de sexe, & de complexions" (Martin Jouvenel, marchand libraire, 1689

[5] George Wheeler (ou Wheler)( 1650–1723)  était un pasteur anglais antiquisant renommé. Il a laissé de son voyage un récit dont la confrintaton avec celui de Spon ne manque pas de saveur. Le récit est en grande partie publié, avec une fort intéressante iconographie sur Internet  (http://books.google.fr/books?id=xt1OAAAAcAAJ&printsec=frontcover&hl=fr#v=onepage&q&f=false)))

[6] Voyage d'Italie, de Dalmatie, de Grèce et du Levant fait ès années 1675 et 1676, par Jacob Spon , Docteur médecin et George Wheler, gent homme anglais (Ed. Ed. Henry et Theodore , Amsterdam, 1679) Une édition électronique est disponible sur " https://archive.org/details/voyageditalieded02spon". Voir aussi l'édition Gallica : " http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k853239.r=bpt6k85322z+OR+bpt6k853239+OR+bpt6k85324n.langFR":

[7] "Histoire de Genève", publiée en 4 volumes chez les éditeurs  Fabri et Barillot, à Genève, 1730

[8] "Miscellanea eruditae Antiquitatis" (Ed. Lyon, 1679) et "Recherches curieuses d' Antiquité (Ed. Thomas Amaulry, 1683)

[9] "Discours sur une pièce antique et curieuse du cabinet de Jacob Spon" (Ed. Faëton, Lyon, 1674).

[10] Jacob Spon : " De l'origine des étrennes" (Ed. Francois Ambroise Didot, dit Didot  l'aîné, rue Pavée, et Guil. De Bure, quai des Augustins, 1781)

[11] Georges-Frederic Stoffel (1628-1681) était médecin et conseillier du duc de Wurtemberg

[12] Moreau Yves, " Jacob Spon et les arts : un savant protestant dans la République des Lettres, Métaphores du beau et signes visuels dans la pensée de Calvin" "Chrétiens et socéié", Numéro spécial I | 2011 : Le calvinisme et les arts

Ajouter un commentaire

Vous utilisez un logiciel de type AdBlock, qui bloque le service de captchas publicitaires utilisé sur ce site. Pour pouvoir envoyer votre message, désactivez Adblock.

Date de dernière mise à jour : 30/12/2014

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site