Jacopo Pilarino (Jacobos Pylarinos) (1659 1718),

André J. Fabre               Juin 2015

Jacopo Pilarino (Jacobos Pylarinos) (1659 1718), le variolisateur de Smyrne

 

Jacopo était un Vénitien Grec, né en Céphalonique, alors possession vénitienne mais il quitta rapidement la Grèce pour venir faire à Venise puis à Padoue où il obtient ses diplômes de médecine et de droit.

Il s'installe d'abord à Venise mais décide en 1680, de retourner en Grèce. Il va séjourner pendant quatre ans en Crète comme médecin de l'Aga de Candie et part ensuite à Constantinople, pour devenir, cette fois, médecin du prince de Valachie, Serban Cantacuzène[1]

En 1688 Jacopo, de retour à Venise, entre au service du doge Francesco Morosini, héro de la guerre contre les Turcs mais le doge meurt au combat en Grèce lors de la bataille de Nauplie en 1694.

Jacopo entreprend alors un long périple en Europe, d'abord en Allemagne puis en Pologne et en Russie. En 1700, arrivé à Saint Petersburg, il se fait présenter au Tsar Pierre le Grand qui ne va pas tarder à en faire son médecin personnel.

En 1704, Jacopo repart en voyage, à nouveau vers l'Orient. A la fois médecin et diplomate, il se rend d'abord en Serbie puis en Grèce et de là, en territoire Turc, à Smyrne[2]. Il y devient Consul de Venise puis va en poste à Constantinople où un quartier entier était réservé aux Vénitiens.

En 1710, Jacopo revient à Venise pour prendre sa retraite à Venise et, cinq ans plus tard, terminera son existence à Padoue.

Le grand mérite de Pilarino avait été de ramener d'Orient l'idée d'une vaccination contre le terrible fléau que constituait alors la variole. Lady Montagu, épouse de l'ambassadeur anglais en Turquie, en témoignait ainsi au début du XVIIIème siècle : "De vieilles femmes font commerce de pratiquer cette opération chaque automne, au mois de septembre, quand les grandes chaleurs sont tombées. Les gens se demandent les uns aux autres s’il y a quelqu’un dans leur famille qui a envie d’attraper la petite vérole. À la suite de quoi ils organisent une réunion et quand ils sont tous là (en général quinze ou seize), une vieille femme se présente avec une coquille de noix pleine de petite vérole du meilleur cru, et elle demande quelle veine il vous plairait de faire ouvrir. Elle perce aussitôt avec une grosse aiguille celle que vous lui offrez (ce qui ne vous fait pas plus de mal qu’une égratignure) et elle introduit dans la veine la quantité de venin qui tient sur la pointe d’une aiguille. Après quoi elle ouvre de la sorte quatre ou cinq veines. Les enfants inoculés jouent ensemble tout le reste de la journée et restent en parfaite santé jusqu’au huitième jour, à ce moment, ils sont saisis de fièvre et gardent le lit pendant deux jours, très rarement trois. Il leur pousse parfois de vingt à trente boutons sur la face, mais qui ne laissent aucune marque et au bout de huit jours, ils se portent aussi bien qu’avant. "

En 1715, à son retour à Venise, Jacopo avait publié, peu de temps avant sa mort, un ouvrage, rédigé en latin sur la "variolisation"[3] et la Société royale d'Angleterre consacra une séance entière à cet ouvrage [4].

Il faut rendre justice à Jacopo Pilarino : ce grand précurseur avait entrevu le principe du vaccin contre la variole trois quarts de siècle avant Jenner[5] et sa vaccine

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[1] Șerban Ier Cantacuzino (1634-1688) fut prince de Valachie, au sud de la Roumanie, de 1678 à 1688.

[2] Smyrne, grand port de la mer Egée, est devenue de nos jours Izmir.

[3] "Nova, et tuta variolas excitandi per transplantationem methodus, nuper inventa et in usum tracta: qua rite peracta, immunia in posterum preservantur ab hujusmodi contagio corpora" (Ed. Gabriel Hertz, Venise, 1715)

[4] "A New and safe Method of communicating the Small-pox by Inoculation, lately invented and brought into use. By Jacob Pylarini, M.D. formerly Venetian Consul at Smyra. (The Philosophical Transactions of the Royal Society of London, No347, 1715)

[5] Jenner ne pratiqua sa première vaccination antivariolique par "cow pox" qu'en 1796.

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