Jean Paul Marat

A..J. Fabre                                                            Janvier 2015

Jean- Paul - MARAT (1843-1793)  le "bien mal pensant" 

 

Jean Paul Marat reste à jamais,  pour les amateurs de paradoxes "le bien mal pensant"…

Il était suisse, bien peu de Français le savent, né à Boudry canton de Neuchâtel, d'une famille de neuf enfants : le père était dessinateur originaire de Cagliari, en Sardaigne, converti calviniste à Genève et la mère, Louise Cabrol, venait d'une famille de huguenot français de Castres.

A l'âge de seize ans, Marat a quitté sa famille, pour aller chercher dans le monde gloire et fortune.. Son premier poste fut comme précepteur dans la famille de riches bourgeois de Bordeaux : au bout de deux ans, il décide d'aller entre prendre des études de médecine à Paris mais il n'ira pas, à Paris, jusqu'au doctorat.

En 1765, "redoutant d'être aspiré dans dissipation de Paris ", comme il le  dit lui-même, il va vivre à à Londres où il se lie avec Angelica Kauffman[1], une fort jolie (et célèbre)  femme peintre, suisse comme lui. Toujours assoiffé de réussite, Marat se lance dans la philosophie et publiera deux ouvrages en Angleterre : " Essai philosophique sur l'homme " (1773) et "Les chaînes de l'esclavage "[2] (1774).

Vers 1770, Marat avait déménagé à Newcastle, pour y obtenir un emploi en tant que vétérinaire mais il s'intéresse toujours à la médecine : en 1775 il reçoit  de l'université de Saint-André d'Ecosse le titre de docteur en médecine

.A son retour à Londres, il publie encore un ouvrage,  cette fois, sur la nature et y adjoint un livre sur les maladies des yeux [3].

En 1776, après un bref séjour à Genève pour rendre visite à sa famille, Marat revient à Paris. Avec le patronage du marquis de l'Aubespine, mari de l'une de ses patients, il devient en 1777 médecin du comte d'Artois, le futur roi Charles X. Peu après il publie une vaste étude sur le feu la chaleur, l'électricité et la lumière[4] et présente ses recherches à l'Académie des Sciences… qui refuse leur publication Cependant, Benjamin Franklin avait apparemment été intéressé : il rencontra Marat plusieurs fois pour lui exprimer son encouragement et Goethe, faisant part, dans une de ses lettres  de l'hostilité dont l'Académie avait fait preuve envers Marat, y voit un bel exemple de "despotisme scientifique". En 1780, Marat avait fait un nouvel essai d'obtenir la notoriété en publiant un projet de législation, inspiré des idées de Jean-Jacques Rousseau. Marat fait ensuite parâtre, toujours sans obtenir le moindre écho, , une traduction du "Traité d''Optique de Newton"[5] (.

La vraie nature de Marat se révèle en 1786 avec la publication d'un pamphlet intitulé  "Chaines de l'esclavage" [6] : à chaque page, une sourde révolte se fait entendre  : "Ainsi pour retenir les peuples dans les fers, les Princes ont jugé plus sûr de les conduire peu à peu à l'esclavage, en les endormant, en les corrompant; en leur faisant perdre jusqu'à l'amour, jusqu'à au souvenir, jusqu'à l'idée de liberté…".

La suite est bien connue : après 1790 Marat participera de près à l'aventure   révolutionnaire. Elu député à la Convention nationale en 1792, il entre en guerre  contre les Girondins, jugés trop  modérés, et va se faire l'incarnation même  de la Terreur. Rien d'étonnant à ce que Michelet ait laissé ce terrible portrait :" Echappé de sa cave, sans rapport avec la lumière, ce personnage étrange, au visage cuivré, ne semblait pas de ce monde-ci. Il voyait bien l'étonnement des simples, il en jouissait. Le nez au vent, retroussé, vaniteux, aspirant tous les souffles de la popularité, les lèvres fades et comme vomissantes, prêtes, en effet, à vomir les injures et les fausses nouvelles.". Mme de Stael va encore plus loin : " Jamais on n'a vu la parole humaine aussi dénaturée : les hurlements des bêtes féroces pourraient être traduits dans ce langage."

La haine allume les haines et tout finira en 1793 sous le couteau de Marie-Anne-Charlotte Corday d’Armans, dite Charlotte Corday, qui vint poignarder Marat dans sa baignoire. Le peintre toulousain Guillaume-Joseph Roques (1757–1847) en a laissé un tableau saisissant, quelque peu inspiré, il est vrai du célèbre tableau de David…

Marat fut inhumé dans le jardin du couvent des Cordeliers, là où, de nos jours, se tient la Faculté de médecine mais l'année suivante, son corps fut transféré au Panthéon mais ce fut pour peu de temps. En février 1795, avec l'arrivée du Directoire, les restes de Marat furent retirés du Panthéon, en vertu du décret du 8 février 1795, et, peu de temps après, jetés, à ce qu'affirment les chroniqueurs de l'époque, dans in égout de Montmartre. Une seule certitude demeure : Marat n'est plus au Panthéon...

Œuvres : Les Chaînes de l'esclavage, 1774, A philosophical Essay on man, Londres, 1773, Ridley, 2 volumes, Les Charlatans modernes, Paris, 1791 [7]. Deux livres de Marat n'ont été publiés qu'après sa mort "Les aventures du comte Potowski" et "Lettres polonaises"

Voir aussi l'article de Mathieu van Berchem sur http://www.swissinfo.ch/fre/faut-il-sauver-le--suisse--jean-paul-marat-/7507056


[1] Angelica Kaufflann '1841-1807), née dans les Grisons et morte à Rome. Elle était fille du peintre de l'evéché de Coire et fut un enfant prodige en musique et en peinture. Elle vecut à Londres puis à Rome laissant des tableaux remarquables que conserve toujours la Pinacotheque de Muniche et National Portrai Gallery de Londres

[2] Jean-Paul Marat, " Un essai philosophique sur l'homme " (Londres, 1773) et "Les chaînes de l'esclavage " (Londres, 1774).

[3] Jean-Paul Marat , " Enquiry into the Nature", "Cause, and Cure of a Singular Disease of the Eyes" (Londres,1775)

[4] Jean Paul Marat, "Recherché physiques sur le feu, la lumière et l'electricité animale" (Paris 1783)

[5] Isaac Newton, " Traité d''Optique de Newton " ("Traduction de Marat sur la dernière édition originale et dédiée au Roi" (Ed. Leroy, rue St Jacques, Paris, 1787)(Publication Gallica, http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k86285t)

[6] Jean-Paul Marat, "Les chaines de l'esclavage" (Reed. Ed. Havard, Paris, 1833à

[7] Marat Jean-Paul, "An Essay on the human soul' (Ed. Londres, 1772)", Chaînes de l'esclavage "(Ed. Havard, Paris, 1838), "Mémoires academiques, ou de nouvelles découvertes sur la lumière " (Ed. Mequignon, Paris, 1788), " Les Chaînes de l'esclavage" (Ed. Havard, Paris, 1838) et " Les Charlatans modernes ou Lettres sur le charmatanisme academique", (Ed. Marat, Paris, 1791)

 

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Date de dernière mise à jour : 19/03/2015

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