Pharmacopée brésilienne du Dr Chernowiz

 LA PHARMACOPEE BRESILIENNE DE LOUIS NAPOLEON CHERNOVIZ (1812-1881)

 

Louis Napoléon Chernoviz, de son vrai nom Piotr Ludwik Napoleon Czerniewicz, était né en Pologne à Lukow, est un médecin polonais qui fit carrière politique au Brésil avant de s'installer en France 

 

Réfugié de Pologne

 

Chernowiz avait participé de près à la révolte de Varsovie en 1831. La défaite de l'insurrection avait été suivie d'une sévère répression, et provoqua l'exil de plusieurs milliers de combattants. Chernowiz vint trouver refuge en France et fit ses études de médecine, comme beaucoup d'autres Polonais, à Montpellier où il obtient en 1840 son diplôme 

 

Médecin au Brésil

 

Après avoir obtenu audience, Chernowiz reçoit en 1840 du roi Louis Philippe mission d'être envoyé auprès de l'empereur du Brésil,  Dom Pedro.

 

Au soleil des tropiques, les convictions révolutionnaires de l'ancien étudiant de Varsovie vont fondre comme neige au soleil. Il est maintenant acquis aux idées démocrates et finira par se déclarer proche du parti conservateur...

 

En 1855, une fois fortune faite, Chernowiz  décide cependant de rentrer en France 

 

Le retraité de Passy

 

A son retour en France il s'installe à Passy en 1855 et de fait construire une magnifique demeure de style colonial à l'emplacement de ce qui est à présent le n° 24 de rue Raynouard[1].

 

C'est dans sa propriété de Passy que Chernoviz va terminer sa vie à l'âge de 69 ans

 

À sa mort, deux de ses gendres, Georges Guillaume et Emmanuel Magnol, avaient racheté la propriété pour en faire don à la Ville de Paris avec charge d'y construire une école. 

 

L'œuvre de Louis Napoléon Chernoviz

 

En 1841, Chernoviz avait publié au Brésil un "Guide de médecine populaire", le "Formulário Guia Medico", qui connut un vif succès auprès d'une population encore largement dépourvue de médecins. Ce livre, assorti d'une iconographie importante, présente les plantes indigènes du Brésil en détaillant leurs indications thérapeutiques, en particulier : Ipéca Psychotria (Ipecacuanha) anti-diarrhéique, expectorant et émétique, Anacardium occidentale (Cajueiro) pour le traitement du diabète et Jacaranda caroba (Caroba) comme thérapeutique des maladies vénériennes

 

Chernoviz peut être considéré comme le fondateur de l'ethnopharmacologie moderne : au XIXème siècle, époque du scientisme triomphal, les plantes médicinales avaient perdu tout crédit auprès de la communauté scientifique. La phytomédecine était considérée comme une pratique empirique réservée, au mieux, aux herboristes, au pire aux charlatans. Le grand mérite de Chernoviz est d'avoir compris l'intérêt d'une exploration systématique des plantes médicinales traditionnelles du Brésil. C'était jeter les bases d'une nouvelle discipline développée grâce à l'"ethnobotanique", : l'"ethnopharmacologie". 

 

Le Brésil terre d'élection de l'ethnopharmacologie

 

La flore brésilienne avait été objet dès le début du XIXème siècle, de nombreuses études,  notamment d'Auguste de  Saint-Hilaire dans son "Tableau de la vegetation dans la province de Minas Geraes " (1824) et de Carl Fréderic von Martius, dans "Systema De Materia (1840)[2] mais Chernoviz va donner une place importante dans la connaissance des plantes du Brésil et de leurs propriétés pharmacologiques.

 

C'était faire œuvre de précurseur car, à la suite, sont venues les publications de Joaquim Monteiro Caminhoá, auteur d'un ouvrage de Botanique célèbre au Brésil  et Theodor Peckolt avec son "Histoire des plantes médicinales du Brésil"(1884)

 

On ne saurait minimiser l'ampleur des problèmes posés par l'exploitation des données ethnopharmacologiques : une première étape en laboratoire doit s'assurer du bien-fondé des thérapeutiques léguées par la tradition et en isoler les principes actifs puis vient ensuite une stratégie complexe de développement industriel préalable à une éventuelle mise sur le marché pharmaceutique

 

La flore de l'Amérique, en raison de sa biodiversité, possède un potentiel unique au monde de recherches pharmacologiques futures et en avril 2009 la Division de la médecine traditionnelle de l'OMS a officiellement reconnu la valeur thérapeutique des médications traditionnelles d'Amérique du Sud en recommandant la mise en route d'évaluations basées sur des essais pharmacologiques. Mais beaucoup reste à faire et une coopération entre la France et le Brésil dans ce domaine est plus que jamais souhaitable

 

Bibliographie : Chernoviz Louis Napoléon "Elementos de Botánica General e Médica" (1877), "Historia das plantas e Medicinales Úteis do Brazil" (1884) et "Guide de médecine populaire des plantes médicinales du Brésil,". Voir aussi de François Terré et ‎Luc Lauriau-Chernoviz, "L'histoire de Pierre-Louis-Napoléon Chernoviz (1812-1881) (2009)[3]

 



[1] Il existe à présent une rue Chernowiz qui va de la rue de Passy à la rue Raynouard

[2] Auguste de Saint-Hilaire, "Livre des Plantes usuelles du Brésil" (Annales des Sciences naturelles, 1831) et Carl Fréderic von Martius, dans "Systema De Materia (Ed. Maemmert, Rio de Janeiro, 1854)

[3] Chernoviz Louis Napoléon "Elementos de Botánica General e Médica" (Rio de Janeiro : Typographia Nacional, 1877), Historia das plantas e Medicinaes Úteis do Brazil (1884). A lire : le gros dictionnaire intitulé "Formulário Guia Medico" (Ed. personnelles Chernowiz, Paris, 1908) (consultable à la Bibliothèque Sainte Geneviève de Paris)On lira sur ce sujet, de François Terré et ‎Luc Lauriau-Chernoviz, "L'histoire de Pierre-Louis-Napoléon Chernoviz: (1812-1881)" (Ed. Jean-Pierre Naudé Des Moutis, 2009)

a.fabre.fl@gmail.com

Ajouter un commentaire

Vous utilisez un logiciel de type AdBlock, qui bloque le service de captchas publicitaires utilisé sur ce site. Pour pouvoir envoyer votre message, désactivez Adblock.

Date de dernière mise à jour : 24/03/2015

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site