Le baron Dubois, accoucheur de Marie-Louis

A.J. Fabre                            Octobre 2015

ANTOINE DUBOIS (1756-1837), MÉDECIN ACCOUCHEUR DE MARIE-LOUISE ET BARON DE L’EMPIRE

 

Antoine Dubois a été un des fleurons de la médecine de l'Empire.

Il était né à Gramat, une ville du Quercy où son père, venu de Paris était "Receveur des domaines royaux". Sa mère, Marguerite Baffos, était issue d'une vieille famille de la région.

Le père mourut très jeune en 1772, laissant dans une situation précaire sa femme et leurs trois enfants. Antoine cependant put obtenir une bourse pour lui permettre d'aller étudier au Collège des Jésuites de Cahors[1].

Arrivé à l'âge de vingt ans, Antoine décida d'aller étudier à Paris mais il n'avait pas d'argent et ce fut en carriole qu'il gagna la capitale, grâce à l'aide d'un ami charretier. A ce qu'il racontait plus tard, arrivé à la Barrière de Fontainebleau, il dépensa ses derniers écus pour inviter le charretier à un bon repas

A Paris, Antoine alla loger rue Bailleul près du Louvre, chez son oncle. Sa vocation était la chirurgie mais il se heurta à l'opposition de son oncle qui aurait voulu le voir entrer dans les ordres. Tout va s'arranger grâce à un vieil ami de la famille, le Dr Peyrilhe [2] qui prend Antoine sous sa protection.

Antoine put ainsi commencer son apprentissage de chirurgien, mais il lui fallait gagner sa vie et il passait ses nuits à recopier pour un notaire des documents juridiques.

 

A l'Hôtel Dieu de Paris

Grâce au Dr. Peyrilhe, Antoine fut admis dans le service de Pierre Joseph Desault[3], célèbre chirurgien de l'Hôtel Dieu qui, comprenant qu'il y avait chez Dubos, une véritable vocation pour la chirurgie, le prit sous sa protection.

Une anecdote relate que Desault lui ayant déclaré "Courage, Dubois, dans deux ans vous serez mon prévôt[4]", Antoine répliqua "J'espère mieux que cela, Monsieur, je ferai des leçons en mon propre nom dans un amphithéâtre à moi" : Desault n'en voulut nullement à son élève qui evint prévôt. En même temps, Dubois, à l’Hôtel-Dieu, suivait les cours d'obstétrique de Jean-Louis Baudelocque (1745-1810)

 

Au College de chirurgie

L'ardeur au travail de Dubois, sa vive intelligence mais aussi sa grande habilité opératoire amenèrent Dubois à gravir très rapidement les échelons de la réussite. Dès 1781, Dubois était devenu enseignant en anatomie médecine opératoire et accouchement : il entre alors au Collège de chirurgie[5] et obtient, quatre ans plus tard, la maitrise en chirurgie avec une thèse sur les fractures de la clavicule.

Il lui restait alors à obtenir le doctorat mais les tensions entre le Collège de chirurgie et la Faculté de médecine faisant obstacle, Dubois décide de partir à Reims où il obtiendra sans difficultés, le 31 mars 1788, son parchemin.

De retour à Paris, Dubois est élu à la veille de la Révolution, membre de l'Académie royale de chirurgie où il présente en février 1792 une préparation anatomique des vaisseaux d'un utérus gravide et de son placenta.

L'année suivante, Antoine Dubois est nommé professeur adjoint de dissection au Collège de Chirurgie. La coutume voulait que ce soit le roi lui-même qui nomme les professeurs à l'école de chirurgie. Louis XVI exerça une dernière fois ce privilège pour nommer Dubois, en 1791, successeur de Jean-Joseph Sue (1710-1792) à la chaire d'anatomie chirurgicale.

La vie est imprévisible : en 1793 la Révolution va tout balayer avec un décret qui organise trois degrés d’instruction : les écoles secondaires, les instituts et les Facultés. Ainsi, les Facultés de médecine devinrent par le décret du 14 frimaire an III (décembre 1794), écoles de santé.

C'était mettre fin aux ambitions de carrière de Dubois mais, grâce à Danton auquel il avait adressé une longue lettre, il obtint le poste d'aide-major à l'hôpital militaire de Melun.

Ensuite, par un magnifique redressement d'une situation devenue quelque peu incertaine, Dubois, parvient, en octobre 1793, à entrer au Conseil de santé, un nouvel organisme mis en place par la Convention pour légiférer sur toutes les questions d'hygiène publique.

L'année suivante, en 1794 Dubois est nommé chirurgien en chef de l’armée des Pyrénées-Orientales, envoyé en mission à Perpignan où venait de survenir une épidémie de "dysenterie".

Quelques mois plus tard, en décembre 1794, Dubois obtiendra le titre de professeur-adjoint d’anatomie et de physiologie puis professeur de clinique chirurgicale à l’École de Santé

 

Expédition d'Egypte

En 1798, coup de tonnerre : Dubois reçoit un ordre de mission urgente pour gagner Lyon et de là Toulon : c'était la mise en place du dispositif de préparation de la grande Campagne d'Egypte de Bonaparte.

Le 30 germinal An 6 (19 avril 1798), Dubois embarque à Toulon sur le navire amiral L'Orient, vaisseau de haut rang, anciennement baptisé "Dauphin royal" … .

Une fois arrivé en Egypte, Bonaparte va nommer, par décret spécial, Dubois responsable des sciences physiques et de l'histoire naturelle dans l'équipe scientifique où se trouvait un ensemble de 108 chirurgiens.

Après la prise du Caire, Dubois est appelé à l’Institut d’Égypte qui vient de se créer sur le modèle de l'Institut de France avec Gaspard Monge (1746-1818) comme président (et Bonaparte Vice-président…) : Dubois va y siéger aux côtés de Geoffroy Saint Hilaire (1772-1844) et de Claude Louis Berthollet (1748-1822).

A Alexandrie, Dubois fut appelé à prendre en charge quelques grands noms de l'Armée d'Egypte : le général Kleber, blessé lors des premiers combats, Jacques François de Menou et le futur baron Lassalle. Dubois retrouva eu Caire son ancien élève, François de Pouqueville (1770-1838) qui connaitra la célébrité avec le récit de ses voyages en Orient [6]

Cependant, Dubois ne resta pas longtemps en Egypte : alléguant sa mauvaise santé et des problèmes (amplement confirmés par la suite) de calculs rénaux, il obtient la permission de rentrer en France

Cela ne plaisait guère au général Bonaparte qui le fit convoquer. Sommé de s'expliquer sur ce qui l'amenait à quitter l'Egypte, Dubois rétorqua adroitement: "C'est bien parce que je pense à mon pays que je veux y retourner" . Après cet échange, les relations entre les deux homme se distendirent quelque peu : Bonaparte, dans une confidence à son entourage, n'hésitant pas à comparé Dubois au "corbeau qui s'enfuit de l'Arche sainte".

Néanmoins, Antoine sera rapatrié le 8 février 1799 par le même bateau que Louis Bonaparte, le futur roi de Hollande (et père de Napoléon III…), qui se rendait à Ajaccio au chevet de sa mère, Maria-Letizia Ramolino dont Dubois sera le médecin.

 

Retour à Paris

De retour à Paris, Dubois reprend ses fonctions de Professeur à l’École de santé et devient chirurgien de la 33ème brigade de la Garde nationale puis, en 1802, médecin Directeur de l’Hospice du faubourg Saint-Denis, devenu à notre époque l'hôpital Fernand Widal après avoir longtemps porté le nom de "Maison du Docteur Dubois".

Dès lors, la carrière de Dubois sera particulièrement brillante, couronnée par sa nomination en 1808 au rang de chirurgien consultant de l'Empereur, nommé en 1811 chevalier de la Légions d'honneur. C'est le roi Louis Philippe qui le fera en 1831, Officier dans l’Ordre de la Légion d’Honneur.

Sa carrière universitaire n'est pas en reste : Antoine est promu en 1810 professeur d’obstétrique à l’Hospice de la maternité, la future Maternité de Port-Royal .

 

Un grand chirurgien

Antoine Dubois a laissé le souvenir d'un très grand chirurgien à une époque où la chirurgie en était à ses débuts [7]. Son habileté manuelle était au service d'un jugement très sur la conduite à tenir lors d'une intervention.

Voici le témoignage d'un contemporain[8] "Une des plus remarquables tendances de ce grand opérateur était de simplifier les procédés et de se borner au plus petit nombre possible d’instruments; il avait une répugnance très-grande pour tous les ‘instruments mécaniques qu’on propose de substituer à l’action de la main. Aussi, quand on venait à lui parler de quelque nouveau perfectionnement apporté à un instrument : " Oh! s’écriait Dubois, c’est très ingénieux; mais… la main! la main! la main! ". C’était merveille de le voir, armé de son bistouri, pratiquer l’opération de la taille, opération si délicate, si hasardeuse, si pleine de dangers. Il était alors le seul chirurgien de Paris qui suivit le procédé de Cheselden, précisément parce qu’il l’avait ramené à la plus extrême simplicité…Dubois, chirurgien prudent ct circonspect, ne s’est jamais laissé éblouir par ces grandes et hasardeuses opérations qui séduisent les jeunes gens, et que recherchent quelquefois de. praticiens d’ailleurs distingués; II appréciait ces témérité. à leur juste valeur.

Tout au long de sa carrière, Antoine Dubois va se révéler particulièrement apprécié de ses étudiants, aussi en anatomie qu'en obstétrique. En effet, Dubois se montra précurseur, dans ce domaine comme bien d'autres, en privilégiant les techniques d'enseignement mutuel : c'était une forme toute nouvelle d'enseigner dont on parlait beaucoup à l'époque[9].

 

Dubois et les chirurgiens de l'époque

Nous verrons bientôt Dubois face à Dupuytren. Voici ce que dit Dubois d'Amiens sur ses relations avec Joseph Auguste Récamier (1774-1752) : Lorsque Récamier eut fait sa fameuse extirpation de l’utérus citez une femme placée dans son service, comme on voulait à peine y croire, Il alla montrer cette femme au grands chirurgiens de l’époque; II la conduisit entre autres chez Antoine Dubois; celui-ci examina la malade et reconnut qu’en effet Récamier avait enlevé la totalité de l’utérus; mai. quand on lui demanda cc qu’il pensait de son opération "Ce que je pense, répondit Dubois, le voici : cc succès est un grand malheur". Et comme Récamier insistait pour qu’il s’expliquât davantage, Dubois reprit imperturbablement: "Cc succès est  un grand malheur; Récamier n’en put tirer autre chose. L’expérience prouva bientôt combien Dubois avait raison"

Parmi les chirurgiens de l'époque, son grand adversaire fut Louis-Charles Deneux (1767-1846) qui, nous le verrons prit  après la révolte des étudiants de 1822 la place de Dubois à la Faculté de médecine

Dubois ne manquait pas d'ennemis même parmi les charlatans, ainsi Jean-François Sacombe (1750-1822) qui publia un   ouvrage[10]  pour célébrer les funérailles d'une patiente de Dubois, la femme Vasseur,: " A la Postérité vengeresse du crime et juge impartiale de la vérité, l'école anti-césarienne transmet les noms des Dubois, des Baudelocque aîné ; le premier comme auteur, le second comme complice de l'assassinat de la femme Vasseur, des Coutuly, qui ouvrit le flanc de la citoyenne Denos…

Comme il est écrit dans l'éloge funéraire de Dubois[11] : “Desault avait vulgarisé l’observation écrite, Corvisart l’avait perfectionnée et Dubois y ajouta l’enseignement mutuel entre élèves”.

 

Au chevet  du Duc de Berry

Après l'arrivée des Bourbons, Dubois se tenait ostensiblement à l'écart, déclarant "si l'on a besoin de moi, on viendra me chercher" et, de fait, ne fut appelé qu'une fois par la famille royale et ce fut dans les circonstances dramatiques de l'assassinat du duc de Berry, le fils de Louis XVII, le 13 février 1820.

Le duc de Berry au moment d'entrer à l'Opéra, se retourna vers la duchesse pour lui dire "Adieu, nous nous retrouverons bientôt" : à ce moment, un ouvrier appelé Louvel qui voulait "éteindre la race des Bourbons" lui donna un coup poignarda sous le sein droit. Il eut la force d'arracher la lame et tomba en syncope.

Son agonie dura toute la nuit : à plusieurs reprises, le prince se plaignit de ce que la mort soit "si lente à venir" et demanda grâce pour celui qui l'avait poignardé[12]. Il succomba à 6 h 30 le matin du 14 février 1820.

Les premiers soins d'urgence: saignées, succion de la plaie soupçonnée d'être empoisonnée, sangsues…et même bain de pieds, n'avaient, et pour cause, donné aucun résultat. Le chirurgien royal, Guillaume Dupuytren (1877-1835) arrivé tout de suite explore la plaie avec une sonde puis, conscient de l'état critique du blessé, s’abstient de tout autre geste autre que la compression.

Dubois fut alors mandé d'urgence : il fait enlever les sangsues et laisse tomber ces mots : “Au lieu de tirer du sang, j’en mettrais si je le pouvais”.

A son arrivée, Louis XVIII interroge Dupuytren (en latin pour ne pas effrayer l'entourage): “Reste-t-il quelque espoir de le sauver ?” Dupuytren ne répond pas (peut être n'avait-il pas compris ?) et le jugement de Dubois tombe, catégorique, comme toujours “La mort sans retard”.

Il venait de se faire de grands ennemis : la Duchesse de Berry ne pardonnera jamais à Dubois sa froideur en un tel moment et, aussi, dit-on, de ne pas s'être découvert devant elle de sa célèbre calotte noire destinée à cacher sa calvitie.

 

Un grand accoucheur

La célébrité vint à Dubois avec sa maitrise de l'Art des accouchements :  sa nomination en octobre 1810 aux fonctions de chirurgien accoucheur de l’impératrice Marie-Louise est le grand moment de sa carrière.

L'accouchement allait se montrer redoutablement périlleux car il s'agissait d'une présentation par le siège chez une primipare. Voici le récit qu'en fait le grand historien Jean Tulard[13] " Le 20 mars 1811, à cinq heures du matin, les douleurs se font précises. Napoléon est dans son bain quand on vient l'avertir. L'accoucheur, Dubois, est écrasé par sa responsabilité. L'Empereur a raconté plus tard à Las Cases qu'il dut le rassurer : " Il n'avait qu'à se figurer qu'il accouchait une bourgeoise de la rue Saint-Denis. " L'inquiétude de Dubois ne cessait de grandir : l'enfant se présentait mal et risquait d'être étouffé, mais si l'on intervenait trop énergiquement, c'est la vie de la mère qui était menacée. " Sauvez la mère trancha Napoléon. Avec elle j'aurai un autre enfant. Conduisez-vous ici comme si vous attendiez le fils d'un savetier. " Comme Dubois hésitait, Napoléon dut lui donner l'ordre de procéder à l'accouchement. À la vue des fers, l'Impératrice poussa des cris. L'arrivée de Corvisart la calma un peu, mais elle ne cessait de s'exclamer : " Parce que je suis impératrice, me sacrifiera-t-on ? " Dubois finit par la délivrer, mais la confusion avait été telle qu'au mépris de l'étiquette, on avait oublié le nouveau-né sur le plancher tant la mère avait retenu l'attention. C'est Corvisart qui le releva, le frotta et le fit crier."

Un long "suspense" commença : l'enfant ne cria qu'après plusieurs minutes. Aussitôt, Napoléon le prend alors dans ses bras et ouvrant la porte, déclare avec solennité à ses courtisans :" Messieurs, c'est le Roi de Rome" puis revenant vers Dubois, lui lance "Baron Dubois, voilà votre enfant" !" Là dessus, 101 coups de canon furent tirés pour apprendre aux Parisiens la bonne nouvelle.

Quant à Dubois, l'heureuse issue de cet accouchement dramatique lui valut une gratification de 100.000 francs en des 15.000 francs d'honoraires, le tout assorti du titre de baron de l'Empire assorti d’une rente de 9.000 francs.

 

Accouchement de la Duchesse de Berry

Les hasards de la vie sont imprévisibles, pour les princesses comme pour les médecins. En 1832 Dubois va se trouver mêlé à la rocambolesque affaire de l'accouchement de la veuve du duc de Berry.

La duchesse qui tentait de soulever les légitimistes de Vendée avait été arrêtée, puis transférée à la citadelle de Blaye sur les rives de la Gironde en novembre 1832 mais très vite la rumeur se répand : la duchesse est enceinte mais refusait les soins des médecins militaires.

Le pouvoir proposa d'envoyer Antoine Dubois mais la duchesse ne pouvait oublier la froideur affichée dont avait preuve Dubois lors de l'assassinat de son mari et n'acceptait d'autre accoucheur que le Pr. Louis-Charles Deneux (1767-1846) le grand ennemi de Dubois (et son successeur aprés la dissolution de la faculté en 1822) .

Le Doyen Orfila proposa alors au roi d'envoyer le Pr. Menière que nous avons déjà rencontré. Ce fut un habile conciliateur qui sut mener à bien la difficile mission dont il avait été chargé[14].

Antoine Dubois choisi par le pouvoir du fait de s réputation d'indépendance arrive à Blaye le 15 mars 1833, mais ne sera jamais reçu par la duchesse qui,, avec le Pr. Menière, accouche d’une fille le 10 mai. Elle ne sut jamais que Dubois se tenait tout près en réserve, caché derrière un paravent…

 

Le chirurgien opéré

Antoine était particulièrement sensibilisé aux problèmes d la lithiase urinaire : il en avait souffert toute sa vie, nous l'avons vu à propos de l'expédition d'Egypte mais il refusa longtemps de recourir lui même à la chirurgie.

Une anecdote le rappelle : un de ses collègues lui ayant déclaré "Cela ne doit pas vous effrayer vous qui connaissez si bien ces problèmes et les soins qu'ils nécessitent…" Dubois répondit : "C'est précisément pour cela que je ne souhaite pas me faire opérer".

Il lui fallut cependant accepter la lithotritie, la nouvelle méthodes de broyage des calculs dont son collègue Civiale (1792-1827) était promoteur. Dubois avait longtemps hésité. Il n'accepta qu'après avoir assisté à une démonstration faite devant lui sur graveleux.

Après cela, Antoine dut se résoudre à donner son accord dans une lettre adressée à Civiale en date du 21 décembre 1828 : "J'ai décidément besoin de vous". En fait, l'intervention tant redoutée fut un succès.

L'apport de Dubois fut de perfectionner les méthodes de lithotomie, l'ablation chirurgicale des calculs de la vessie par taille latéralisée.

Antoine était particulièrement sensibilisé à ces problèmes dont il avait souffert toute sa vie, nous l'avons vu à propos de l'expédition d'Egypte.

Il refusa longtemps de recourir lui même à la chirurgie. Une anecdote le rappelle : un de ses collègues lui ayant déclaré "Cela ne doit pas vous effrayer vous qui connaissez si bien ces problèmes et les soins qu'ils nécessitent…" Dubois répondit : "C'est précisément pour cela que je ne souhaite pas me faire opérer".

Il lui fallut cependant accepter la lithotritie, la nouvelle méthodes de broyage des calculs dont son collègue Civiale (1792-1827) était promoteur. Dubois avait longtemps hésité. Il n'accepta qu'après avoir assisté à une démonstration faite devant lui sur graveleux.

Après cela, Antoine dut se résoudre à donner son accord dans une lettre adressée à Civiale en date du 21 décembre 1828 : "J'ai décidément besoin de vous". En fait, l'intervention tant redoutée fut un succès.

 

Une carrière "insubmersible"

Sous la Restauration, Dubois fut membre dès 1820, de la toute nouvelle Académie de médecine, siégeant en section de chirurgie.

Il avait été nommé en 1820 professeur de clinique à la Faculté de Paris et exerce diverses fonctions successives au Collège de chirurgie de Paris, à l’École de santé et à la Faculté de médecine comme professeur

Mais en novembre 1822 survient une insurrection des étudiants déclenchée en cette fin de règne de Louis XVIII, par l'arrivée la décision "reprendre en main" l'Université déclencha une révolte des étudiants contre Mgr Frayssinous Grand Maître de l'Université. La Faculté de médecine est fermée plusieurs mois et plusieurs professeurs dont Dubois sont destitués et c'est Louis-Charles Deneux (1767-1846) qui prend les fonctions de Dubois.

Certes, sous le règne de Charles X, Antoine Dubois va retrouver son poste à la Faculté mais ce sera en 1829 alors qu'il a déjà 73 ans.

Il continuera son ascension avec l'arrivée au trône en 1830 de Louis Philippe, accédant au titre de Doyen de la Faculté de médecine mais il cessera ses fonctions l'année suivante.

Il va progressivement se démettre de ses fonctions professorales et hospitalières. Il accède à la pension de retraite en mars 1833 : il a près de 77 ans. En 1836, le successeur est désigné pour le remplacer dans son service d'accouchement, et l'année suivante dans ses cours : c'est le Pr. Menière, le médecin de l’Asile des sourds-muets

Comme l'ont répété ses ennemis, la devise d'Antoine Dubois n'est elle pas celle de Paris "Fluctuat nec mergitur" ?

 

Mariages et descendance d'Antoine Dubois

Le 4 décembre 1792, Antoine Dubois épousa à Paris Marguerite Gautier (1766-1797), qui lui donné trois enfants.

Deux ans après la mort de Marguerite, Dubois se remaria avec Clémentine Olivier de Corancez (1775-1810), sœur d'un de ses compagnons d'Égypte, devenu par la suite consul à Bagdad.

Antoine eut de nombreux enfants et petits-enfants dont un grand nombre devinrent médecins : Isidore, né du premier mariage, décéda subitement peu après sa thèse soutenue à Montpellier le 19 octobre 1805 mais Paul, né du second mariage, devint doyen de la Faculté, membre de l’Académie de médecine et fut l'accoucheur de l’impératrice Eugénie. Pas moins de quatre des gendres et quatre petits-fils de Dubois entrèrent dans la carrière médicale.

Le nom d'Antoine Dubois est familier à tous les étudiants de médecine de Paris : il est accroché à la plaque de la rue qui conduit par un petit à la rue Monsieur le Prince.

 

Œuvres

Antoine Dubois a très peu publié et il se plaisait à répéter : ""J'en sais trop et trop peu pour écrire". Il est cependant plausible que le grand Traité d'obstétrique de son fils Paul Antoine[15] reflète fidèlement son enseignement.

Cependant, un recueil a été fait de notes prises au cours des consultations d'Antoine Dubois à l'École de Perfectionnement et récemment retrouvées[16].

L'Éloge prononcé en 1849 par son collègue académicien  E. Frédéric D'Amiens apporte bien des détails sur la vie et l'œuvre d'Antoine Dubois

 

Bibliographie

 

Boisseaud Jean, "Les membres parisiens de l'Académie royale de chirurgie", (Thèse n° 293 pour le doctorat en médecine. Faculté mixte de médecine et de pharmacie de Rennes, 1962.)

Burton, June K. "Napoleon and the Woman Question: Discourses of the Other Sex in French Education, Medicine and Medical Law, 1799-1815" (Ed. Lubbock, Texas Tech University Press, 2007, 288 p.)

Busquet P. "Antoine Dubois (Le baron)" (In "Les biographies médicales : notes pour servir à l'histoire de la médecine et des grands médecins", 4e année, n° 8, août 1930, Ed. J.-B. Baillière et Fils, 1930 )

Corlieu A., "Centenaire de la Faculté de Médecine de Paris (1794-1894)" (Ed. Imprimerie Nle, 1896).

Dubois, E. F., "Histoire des membres de l'Académie de médecine" (Ed. Paris, 185)

Dubois, P.A.(fils) "Traité complet de l'art des accouchements" (Ed Bechet Jeune, Paris, 1849)

Dubois d'Amiens, E, "Éloge d'Antoine Dubois"(in Éloges de l'Académie de médecine, Ed. Didier, quai des Augustins, Paris, 1864)

Dupic A., "Antoine Dubois, chirurgien et accoucheur" (Ed. Michalon, Paris, 1907)

Dupic A., "Cinquante années de professorat au Collège de chirurgie et à la faculté de médecine de Paris, Antoine Dubois, chirurgien et accoucheur" (Ed. Paris, 1907 )

Dupont M., "Dictionnaire historique des Médecins dans et hors de la Médecine" (Ed., Larousse, Paris, 1999).

Fourmestraux, I. de, "Histoire de la chirurgie française (1790-1920)"(in Revue d'Histoire de la Pharmacie, 1935 Volume 23, 89 pp. 35-36

Ganière P., "Dubois Antoine (1756-1837), médecin" (in Revue du Souvenir napoléonien, décembre 1988; 362 : 51-52.

Hilfiger Cl. et Laplanche J.L., "Les consultations d'Antoine Dubois à la Clinique de Perfectionnement: à propos de deux recueils de notes" (Thèse de la faculté de Pharmacie de paris, 2014 )

Huguet, F., "Les professeurs de la Faculté de médecine de Paris, dictionnaire biographique, 1794-1939" (Ed. Paris, 1991 )

Imbault-Huart, M.J. et Huart P., "Le doyen A. Dubois" (Gazette méd. De France. 1973. 80. pp. 6549-55)

Lamarque Ph., "L’Héraldique napoléonienne" (Préface deMichel Pastoureau et index armorum par Michel Popoff) (Ed. du Gui, 1999).

Morat J.P., "Les Biographies médicales" (Ed. Paris, 1938)

Morat J.P., "Antoine Dubois" (In Progrès médical, Journal de médecine, de chirurgie et de pharmacie",  1928. suppl. Ill)

Riaud X., "Napoléon 1er et ses médecins" (Collection : Médecine à travers les siècles, Ed. L'Harmattan, Paris, 2012)

Ribier de L., "Médecins et chirurgiens anoblis par Napoléon" (In Le Progrès médical, 1928, N°6, p. 41-48)

Teyssou R., "L'Aigle et le caducée, médecins et chirurgiens de la révolution et de l'empire" (Ed. Paris, 2011)

 

Heraldique du baron Dubois

Signature de Antoine Dubois Les armes du baron Dubois faisaient directement référence aux grandes étapes de la vie de ce serviteur de l'Empire : "à la moitié supérieure, la fleur de lotus, symbole de perfection et la Maison de l'Empereur, dans la moitié inferieure, la Louve allaitant le Roi de Rome que Dubois mot au monde".

 

Iconographie

 

Afficher l'image d'origine Portrait (1801?) par François Gérard dit baron Gérard (1770-1837), peintre d’histoire, portraitiste et illustrateur néo-classique.

 

Afficher l'image d'origine Portrait par Constance Marie Charpentier (1767-1849)

 Portrait par J.B. Gautier (Aquatinte) (1800)

Afficher l'image d'origine Portrait (1802 ?) par Louis Hersent, (1777 -1860 peintre et graveur.

Afficher l'image d'origine Buste (1853) par Noël Jules Girard (1816-1886), sculpteur ancien Prix de Rome)

 

 

 

Le médecin et sa patiente par Charles  Meynier (1767-1832

 

Résumé

Antoine Dubois est une des figures les plus attachantes de la période de l'Empire.

Il fut le dernier membre du Collège de chirurgie nommé par Louis XVI, élu ensuite professeur d'obstétrique à la future Maternité de Port Royal, puis, dès 1820, membre de  la toute nouvelle Académie de médecine et, enfin,  Doyen de la Faculté de médecine en 1830.

Il avait participé à l'expédition de Bonaparte en Egypte où il fut le chirurgien de Kléber.

Sa carrière est marquée par les innovations qu'il apporta à la taille vésicale dans le traitement des lithiases mais il fut surtout un obstétricien remarquable,,  inventeur d'un forceps qui resta longtemps en usage : c'est lui qui accoucha l'impératrice Marie-Louise du Roi de Rome en 1811

 

Summary

Antoine Dubois is one of the most fascinating  figures among the physicians of Napoleon. He was the last member to the College of surgery elected by Louis XVI, then became Professor of obstetrics at the Maternity Port Royal, entered  in 1820 the new Academy of Medicine and in 1830, was elected  Dean of the Faculty of Medicine.

He had been member of  Bonaparte's expedition in Egypt and, as surgeon in Cairo, became close friend to general Kleber.

His  main contribution in the field of  surgery was to notably  improve the procedures of lithotomy but he was, above all, a great obstetrician, inventor of a forceps which remained for many years in use.

He was birth-attendant  to Empress Maria Louise when she gave birth to the future King of Rome in 1811

 

Toute correspondance relative à cet article est à adresser à :  a.fabre.fl@gmail.com

 

[1] Le Collège des Jésuites a depuis, pris le nom de "Collège Gambetta" en souvenir d'un illustre ancien élève.

[2] Bernard Peyrilhe (1737-1804) était membre du Collège des chirurgiens. Il avait publié à l'âge de 28 ans un ouvrage curieux "Dissertation académiques sur le cancer"

[3] Pierre Joseph Desault (1744-1796) est considéré comme le premier des néphrologues de l'Histoire

[4] Le prévôt avait les fonctions d'un assistant.

[5] Le Collège de chirurgie se tenait là où se trouve l'actuelle Faculté de médecine de Paris

[6] De Pouqueville F., " Voyage en Morée, à Constantinople, en Albanie, et dans plusieurs autres parties de l'Empire Ottoman" (Ed. Paris, 1805, 3 vol.)

[7] Une gravure de Charles Meynier (1767-1832) résumé ce qu'était la pratique de la gynécologie à cette époque : on voit le gynécologue à genoux, écartant les plis de la robe d'une femme pour pratiquer son examen 

[8] Dubois d'Amiens, E, "Éloge d'Antoine Dubois"(in Éloges de l'Académie de médecine, Ed. Didier, quai des Augustins, Paris, 1864)

[9] Il n'est que de citer le Discours sur les avantages de l’Enseignement mutuel "écrit par Victor Hugo…en 1819 :"J’écoute mal un sot qui veut que je le craigne, Et je sais beaucoup mieux ce qu’un ami m’enseigne, Vois-les, près d’un tableau, sans dégoûts, sans ennuis, Corrigés l’un par l’autre, et l’un par l’autre instruits;"

[10] Jean-François Sacombe, "La Luciniade, Poème en dix chants sur l'art des l'accouchements" (Ed. Coursier, Paris, an VII "

[11] Dubois d'Amiens, E, "Éloge d'Antoine Dubois"(in Éloges de l'Académie de médecine, Ed. Didier, quai des Augustins, Paris, 1864)

[12] Louis Pierre Louvel, l'assassin, fut guillotiné quatre mois après son procès.

[13] Tulard J., "Napoléon II" (Ed. Fayard Paris 1992)

[14] Menière racontera tous les détails de cette rocambolesque aventure dans "La captivité de Madame la duchesse de Berry à Blaye en 1833" (Ed. Calmann-Levy, Paris, 1882)

[15] Dubois, Paul-Antoine,"Traité d'Obstétrique" (Ed. Béchet jeune, Paris, 1849)

[16] Hilfiger Cl. et Laplanche J.L., "Les consultations d'Antoine Dubois à la Clinique de Perfectionnement: à propos de deux recueils de notes" (Thèse de la faculté de Pharmacie de paris, 2014 )

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