Léon Lecerf médecinet photographe

LEON  LECERF (1876-1956) MEDECIN PHOTOGRAPHE DE LA GRANDE GUERRE

 André J. Fabre                                            Mai 2014

 Le Dr. Léon Lecerf , médecin parisien mobilisé au front de la Meuse durant la Grande Guerre en a rapporté un ensemble de 700 photographies assorties de trois carnets de commentaires qui ont fait l'objet d'une publication récente : "L'œil et la plume, carnets du Dr. Léon Lecerf"[1]

 Léon était né à Paris d'Eugene Lecerf (1851-1924), son père et d'Henriette Delcorde (1854-1917), sa mère. Après ses études, il s'était établi comme médecin généraliste au 29 de la rue Bonaparte dans l'appartement se son père.

 Il s'était marié en 1902 avec la fille d'un médecin, Aimée Dromain (1878-1959) et eut trois enfants : Marcelle (née en 1903), Amélie (née en 1906) et Lucienne (née en 1913, décédée à l'âge de 15 ans)

 La Grande Guerre de Léon Lecerf

 Léon Lecerf est mobilisé dès le 1er aout 1914 et est aussitôt envoyé comme médecin de l'ambulance 09 de la 3eme Armée de la Meuse.

 En septembre 1914 il arrive aux Hauts de Meuse où vient de commencer la grande l'offensive allemande

 1er octobre 1914 : début de rédaction des trois carnets que Lecerf entend garder comme son témoignage de ses épreuves.

 28 octobre 1914 : Léon est envoyé dans la Meuse, à Souilly où les combats font rage. Dans son journal, en date du 9 novembre, il note "Dieu, qu'il y des tombes…"

 14 novembre, à la grande surprise de Léon, il reçoit la visite de son père qui va rester avec lui quelques jours. . Léon, pendant ses heurtes de repos compose un "Marche de l'ambulance" , "Quand la Patrie vous invite / à courir au plus vite / vers le sort le plus beau…"

 29 novembre 1914 : l'ambulance de Léon est détachée au château des Monthairons imposante demeure des descendants du seigneur de Villier, Henry de la Cour,. Le château avait été acquis au début du XIXème siècle par un familier de Napoléon III, le baron de Chatenet. Le château dès le début de la guerre avait été transformé en hôpital pour contagieux puis en 1915 devient une base d'évacuation médicale des troupes américaines. Durant la seconde guerre mondiale, le Château fut occupé par les troupes allemandes puis, en 1985, acquis par une célèbre famille de la région, les Thouvenin qui l'a transformé en un hôtel de prestige .

 6 janvier : échappe à la plume du docteur "J'en ai assez de ce metier là… des morts, rien que des morts ". Le seul moment heureux des journéesest l'arrivée du courrier

 Mars 1915 : début de l'offensive allemande de la Woëvre : en quelques jours l'armée française aura sur un effectif de 287.000 soldats et officiers, 64.000 morts

 1er avril 1915 : Léon Lecerf est envoyé à Issoncourt[2] en Lorraine

 6 avril 1915 : il est alors stationné à Thillombois dans un "joli château" où sa chambre avec balcon s'ouvre sur le parc mais le drame est proche : à la tristement célèbre tranchée de Calonne

 20 juin 1915 : Lecerf est envoyé à Villers, haut lieu de combats, qui deviendra plus tard étape de la "Voie sacrée".

 24 juin, halte dans un "vallon chamant" tout près des combats[3]. Les obus pleuvent, "le cafard est général'

 24 juin 1915 : retour au château des Monthairons

 1er juillet 1915 : mutation à Vadelaincourt, autre futur lieu du souvenir des combats de la Meuse

 Le 6 septembre, le Dr Lecerf obtient enfin une permission pour aller passer quelques jours avec sa femme et ses enfants. Il n'obtiendra, par la suite, que deux autres permissions : en décembre 1915 puis mai 1916

 17 aout 1916, Léon Lecerf est muté en Bretagne, comme médecin chef de l'hôpital temporaire de Trebeurden dans les Cotes d'Armor

Léon Lecerf photographe de la Grande Guerre

 Léon Le cerf, passionné par la photographie, tout comme l'avait été son père, gardait toujours son appareil près de lui et prenait d'innombrables photographies, précurseur en cela des techniques du journalisme moderne.

 Son problème était de trouver un local où développer les clichés : c'était le plus souvent dans des chambres noires de fortune (retrait d'escalier, caves, voire dans…une armoire)

 En marge de ses photographies le Dr Lecerf notait le moindre événement quotidien sur ses carnets dont trois nous sont parvenus et onf fait l'objet d'édition[4]

 Chacun relate l'horreur de la guerre au jour le jour, ses victimes, les souffrances et es mort dans la boue et les barbelés : "Aujourd'hui, huit heures de garde, travail calme, 180 blessés".

 Le médecin eut aussi à affronter des vagues incessantes d'épidémies : typhoïde (530 cas pour la seule 3eme Armée) , diphtérie, scarlatine,

Tout cela est émaillé de nombreux souvenirs pittoresques ainsi l'histoire de la paysanne qui accouche en plein champ

 Au retour du Dr. Lecerf à Paris, tous ces documents sont soigneusement classés et conservés en 28 boites de 25 plaques qu'une descendante dévouée au souvenir de son ancêtre Josette Carrel a fait développer avant de procéder à un classement attentif.

 Léon Lecerf avait laissé dans ses cartons le témoignage pathétique de l'immense tragédie physique et humaine dont il avait été témoin : monument dédié à la souffrance et l’héroïsme de milliers et de milliers de combattants .

 C'est un hymne de pitié mais la pitié de Léon Lecerf n'est pas une embrassade larmoyante, c'est une compassion au sens étymologique du terme : "souffir avec".

 Qui le niera, de nos jours " pitié " et le beau mot de "commisération" ont pris une connotation quasi péjorative…

 La retraite à Saint Maur."

   Léon Lecerf avait appris à aimer Saint Maur, la ville où la famille de sa femme avait une maison, près du Parc de Saint Maur, à l'avenue du Plateau. A cette époque c'était encore la campagne où de nombreux Parisiens venaient rendre leur retraite : on voit encore partout à Saint Maur comme à La Varenne sur les bords de Marne, leurs maisons au style si reconnaissable des années 1880

 Son père et sa mère y termineront terminer leurs jours.

 Le souvenir d'un illustre Saint-Maurien

 Il faut apprécier à leur juste valeur le dévouement des descendants du Dr Lecerf : Josette Carel, Nicole Corvisier, petite filles de Léon Lecerf , Patricia Carrel Duparc, arrière petite fille de Léon Lecerf et médecin elle même. Leur travail minutieux a permis de sauver c e teloignage irremplaçable de la Grande Guerre.

 Une Exposition avait été faite à St Maur en 2005 et, devant le succès rencontré, la Société d'Histoire et d'archéologie du Vieux Saint Maur a parrainé l"édition des carnets et de leurs photographies avec en couverture le portrait du Dr Lecerf en blouse blanche, œuvre d'un de ses infirmiers, le peintre Cardinal .

 Le livre est préfacé par un des membres par alliance de la famille : le Professeur Fabrice Dupard, Chirurgien orthopédiste, professeur d'anatomie à la Faculté de de médecine et de pharmacie de Rouen

 Comment ne pas citer ici les paroles de Raymond Queneau : "La photographie parvient à extraire de la mémoire les souvenirs que l'on croyait à jamais oubliés".

 

   Tout courrier relatif à ce texte est à adresser à l'adresse e-mail suivante : "a.fabre.fl@gmail.com"

 



[1] Micheline Beaulier, Josette Carel, Nicole Corvisier, Bernard Javault et Bernard Perret :  "L"œil et la plume, Carnets du Docteur Leon Lecerf, médecin et photographe de la Grande Guerre " publié dans la collection "Graveurs de mémoire" aux Editions L'Harmattan à  Paris en 2006

[2] Un plan détaillé est affiché sur le site " http://www.viamichelin.fr/web/Cartes-plans/Carte_plan-Issoncourt-55220-Meuse-France?strLocid=31NDJuc3kxMGNORGd1T1RZMk5qRT1jTlM0eU9EVTNOZz09"

[3] Comment ne pas penser ici au célèbre  "Dormeur du Val" de Rimbaud ?

[4] Carnets du Dr Lecerf  ("L"œil et la plume, Carnets du Docteur Leon Lecerf, médecin et photographe de la Grande Guerre " ) déjà cités

 

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Date de dernière mise à jour : 01/06/2014

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