Leonardo Fioravanti (1517-1583), le premier chirurgien de la rate...

André J. Fabre                  Juin 2015

Leonardo Fioravanti (1517-1583), le premier chirurgien de la rate...

 

Leonardo était, comme beaucoup de médecins du XVIème siècle, tout à la fois médecin, chirurgien et alchimiste

Il avait fait ses études à Bologne, sa ville natale mais une fois médecin, parcourut toute l'Italie pour exercer son art avec un grand succès, bien qu'il se déclarât ouvertement partisan des doctrines de Paracelse, très à contre-courant du dogme galénique encore en vigueur à cette époque.

A l'automne 1558, il vient s'installer à Venise où il vivra désormais jusqu'à sa fin, malgré d'incessants voyages.

Fioravanti fut l'heureux inventeur d'un baume[1], qui porte encore son nom, mêlant dans un macérât alcoolique, plus de vingt ingrédients dont cannelle, myrrhe, benjoin et même ambre gris, le tout destiné au traitement de toutes les "névralgies du corps humain". Le succès fut tel que le "Baume de Fioravanti" resta inscrit dans les pharmacopées officinales jusqu'à une date récente.

En 1565, Leonardo fut chargé par la République de Venise de travailler sur un projet d'assainissement d'une zone marécageuse d'Istrie et il exposa nombre d'idées très personnelles sur la "fièvre paludéenne". Ces prises de position ne manquèrent pas de susciter l'hostilité de ses confrères qui, en 1568, adressèrent au Collège des médecins une longue lettre de protestation.

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Fioravanti publia ensuite, en 1573, un "Manuel de médecine[2]", exposant en langage simple accessible à tous, comment utiliser en médecine les plantes et les épices arrivant à Venise de toutes les régions du monde méditerranéen.

C'est par la chirurgie, cependant, que Fioravanti allait entrer dans l'Histoire : en 1549 lors d'un passage à Palerme, il reçut visite d'un certain Capitaine Matteo Greco s'inquiétant de voir démesurément grossir une "enflure" du flanc gauche de son épouse[3] Tous deux cherchaient un chirurgien qui ose enlever cette tumeur. Fioravanti accepta mais, refusant d'entreprendre seul une intervention aussi audacieuse, il demanda aide à un chirurgien ses amis, Andreano Zaccarello, expert...dans l'extraction des cataractes. Le jour venu, sans a moindre anesthésie préalable, les deux amis incisèrent la paroi abdominale de la malade et, raconte Fioravanti, "la rate, énorme, sortit d'elle même par l'incision". Après résection splénique, la plaie fut recousue "laissant un petit orifice pour laisser passer l'air" puis recouverte d'un pansement de myrrhe et d'encens. La rate avait un poids de 22 onces, soit près d'un kilo et resta exposée au regard des curieux pendant plusieurs jours. Le vingt-quatrième jour après l'intervention, la malade se sentit de force suffisante pour assister à la messe à l'église Santa Maria dei Miracoli[4], et aller rendre grâce à Dieu.

Etait-ce vraiment la première ablation chirurgicale de la rate? Plusieurs documents pourraient suggérer que cette chirurgie avait été pratiquée dans l'Antiquité : ainsi, un commentaire talmudique de l'Ancien Testament[5] montre des athlètes courant en avant des chars d'un cortège: "A la question qu'y a-t-il là de remarquable ?, je réponds que ces coursiers étaient sans aucun doute des hommes à qui on avait enlevé la rate." De même, Galien cite le cas d'un gladiateur atteint d'un coup de lance dans l'abdomen gauche, ayant survécu à l'intervention, "se plaignant seulement de frilosité excessive en hiver"[6].

Il n'est cependant nullement avéré qu'une résection véritable de la rate ait été pratiquée par un avant Leonardo Fioravanti : selon toute vraisemblance, il fut le premier chirurgien à oser une telle aventure...

 

 

[1] Leonardo Fioravanti, "Il tesoro della vita humana, Dell' eccellente dottore e Cavalier M.Leonardo Fioravanti Bolognese, Diviso in libri quattro". (Ed. Heredi di Melchior Sessa, Venise, 1570).

[2] Leonardo Fioravanti, "Capricci Medicinali" (Ed. Ludovic Avanzo, Venise, 1573).

[3] "Opilazione della milza" : c'est l'"engorgement de la rate"...

[4] L'église Santa Maria a été transformée de nos jours en théâtre.

[5] Livre des Rois (I:1) : voir, à ce sujet, l'étude de F. Rosner. "The spleen in the Talmud and other early Jewish Writings" in. Bull-Hist.-Méd., 1972 Jan-Feb, 46(1), P 82-5

[6] Galien, "De l'utilité des parties du corps" (I.209.)(Ed. J. B. Baillière, Paris, 1854)

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