Les médecins Roumains et la France

LES MEDECINS ROUMAINS ET LA FRANCE  

 Octobre 2012                       André J. Fabre            

La Roumanie, comme la France, possède une longue tradition d'échanges scientifiques et tout particulièrement dans le domaine des sciences médicales.

 Les médecins roumains et la France 

 Le premier roumain venu faire ses études de médecines en France est Ion Vretos Seraphim qui obtint son diplôme en 1815 à la Faculté de médecine Paris.

A sa suite, bien des étudiants roumains viennent étudier la médecine à Paris, témoignant du changement politique et social de leur pays. Dès 1846, avait été créée une "Société des étudiants roumains de Paris", regroupait de nombreux représentants du mouvement révolutionnaire roumain dont Ion Ghica avec un prestigieux Président d'Honneur : Alphonse de Lamartine

Les effectifs des étudiants roumains dans les Universités françaises ne cesse de croitre durant le XIXème siécle, passant, en un siècle, de 2500 en 1810 à 19000 en 1910.

A la Faculté de médecine, les étudiants venus de Roumanie étaient 200 en 1830, ils sont plus de 700 en 1888 avec parmi eux plusieurs étudiantes en médecine, fait notablement en avance sur l'époque...

Un médecin roumain a particulièrement œuvré à développer les relations entre la France et la Roumanie : Nicolas Kretzulescu (1812–1900). La Faculté de Paris possède encore sa thèse, soutenue en en 1839, sous le titre : "Questions sur diverses branches des sciences"

 Les médecins français et l'Institut Pasteur de Bucarest

Un Institut National de Recherche Développement pour la Microbiologie et l’Immunologie (Bucarest) avait été créé dès 1921 sur le modèle de l'Institut Pasteur par une des plus illustres figures de la médecine roumaine, Joan Cantacuzène qui va lui donner son nom. En 1991 l'Institut Cantacuzene. a rejoint le Réseau International des Instituts Pasteur sous le contrôle du Ministère de la Santé de Roumanie.

Les champs d'activité de l'Institut sont très larges, allant des Infections nosocomiales, à l'épidémiologie moléculaire des entérovirus et des entérobactéries ainsi qu'à la production des vaccins. L'Institut assure également une formation universitaire en microbiologie, épidémiologie et immunologie.

Le Centre national Français de la Recherche scientifique (CNRS) est engagé depuis 1971 dans une politique de coopération avec l’Académie Roumaine des Sciences. L'accord initial a été renouvelé en 2004, prévoyant l’échange de chercheurs sur la base d’un appel conjoint biennal, la mise en place de programmes internationaux de coopération scientifique (PICS), de groupements de recherche européens (GDRE) et de réseaux de coordination scientifique en particulier de laboratoires européens associés (LEA)

Les médecins roumains à l'Académie nationale de médecine

 Les médecins roumains ont toujours pris, depuis le XIXème siècle, une part importante aux travaux de l'Académie nationale de médecine, et tout d'abord, Thoma Ionescu, le plus illustre des chirurgiens roumains, celui dont nous célébrons en ce moment la mémoire dans cette réunion de la Société d'Histoire de la médecine roumaine

 Thoma Ionescu (Thomas Jonnesco)(1860-1926)

Eminent anatomiste et chirurgien roumain, est le fondateur de la chirurgie expérimentale roumaine et l'initiateur de la rachi-anesthésie générale. Ses travaux sur la chirurgie urologique et en particulier la néphropexie sont restés célèbres.

Il était né à Ploesti en Valachie et vint à Bucarest pour y faire ses études de médecine. En 1878 il quitte la Roumanie pour aller en France s'inscrire à la Faculté de Médecine puis, l'année suivante, la Faculté de Droit mais, en 1882, une fois obtenue sa Licence, il abandonne le Droit pour la Médecine.

Nommé brillamment à l'Internat des hôpitaux de Paris, il devient ensuite  Prosecteur de la Faculté. Son mémoire sur les "Hernies internes rétro péritonéales" lui vaut de recevoir en 1890 le prix Laborie de l'Académie de Médecine

Après avoir reçu en 1889 la nationalité française, il devient Docteur en médecine avec une thèse sur "L'évolution intra-utérine du côlon pelvien"

Il se présente ensuite à l'Agrégation d'anatomie, et y obtint la première place. Il va en 1892 être nommé Professeur agrégé à Paris

En 1894, il collabore avec les Professeurs Poirier, Charpy et Nicolas à la rédaction d'un Traité d'anatomie qui fait encore référence à notre époque.

En 1895, il retourna à Bucarest où il prit la direction de l'Institut d'Anatomie Topographique et de Chirurgie Expérimentale ainsi que de l'Hôpital Coltzea, champ d'application de ses idées sur l'asepsie chirurgicale.

En 1896, il va créer à Paris la revue "Archives des sciences médicales"

Sa carrière est jalonnée de distinctions honorifiques : Recteur de l'Université de Bucarest, Doyen de la Faculté de Médecine de Bucarest, membre de la Société de Chirurgie de Paris et membre associé de l'Académie de Médecine

 Joan Cantacuzene (1863-1934)

Médecin et biologiste roumain. Il était descendant en ligne directe d'une longue lignée d'empereurs byzantins. Son père avait été ministre de la justice sous le règne d'Alexandre Cuza, sa mère était fille du célèbre général Mavros.

Son enfance se passe à Bucarest où, un précepteur venu de Suisse lui apprend non seulement le français, mais encore, l'allemand, le grec et le latin.

En 1879 il est envoyé à Paris pour y faire des études classiques au Lycée Louis Le Grand. Il s'inscrit à la faculté des lettres de Paris où il  obtient une licence en philosophie et se lie d'amitié avec les grands noms de la Littérature française : Joseph Bédier, Victor Bérard et Romain Rolland.

En 1885, il revient en Roumanie pour y effectuer son service militaire.

De retour en France, il s'oriente vers les Sciences naturelles et obtient une Licence de sciences en 1891.

En même temps, il entreprend des études de médecine mais décide rapidement de s'orienter exclusivement vers la recherche scientifique.

Il entre dans laboratoire d'Elie Metchnikoff à l'Institut Pasteur et y  prépare une thèse sur "Les Recherches sur le mode de destruction du vibrion cholérique dans l'organisme - Contribution à l'étude du problème de l'immunité."

En 1896, nommé Professeur de morphologie animale à  l'Université de Jassy, il revient un long séjour en Roumanie mais repart ensuite à Paris pour y conduire un ensemble important de travaux portant principalement sur l'immunologie et l'étude des précipitines dans les phénomènes de  phagocytose.

En 1902 il est appelé à la Faculté de médecine de Bucarest pour y prendre a chaire nouvellement crée de Pathologie expérimentale dont il restera titulaire jusqu''à la fin de sa vie.

C'est désormais, pour Cantacuzene un parcours jalonné d'honneurs : délégué à l'Office international d'hygiène publique, directeur général des Services sanitaires de Roumanie, membre correspondant étranger à la Société de biologie, membre du Comité d'hygiène de la Société des Nations, membre du Bureau international du travail. C'est lui qui va instaurer les célèbres Journées médicales interbalkaniques.

Il avait créé en 1906  la Réunion biologique de Bucarest, filiale de la Société de biologie, l'Institut de sérums et vaccins qui porte son nom (1921) et l'Institut français des Hautes-Etudes de Bucarest (1924).

Il était entré en 1920 au ministère Vaida-Voevod, réformant la législation sanitaire (Legea Cantacuzino), et créant les premiers laboratoires régionaux de bactériologie et d'hygiène, ainsi que plusieurs sanatoriums antituberculeux

Nommé en 1931 ministre de la Santé publique et du travail dans le ministère Jorga, il entreprend de réorganiser le Service de santé et les lois sanitaires roumaines.

Il avait été élu en 1932 membre correspondant de l'Académie des sciences (Section médecine et chirurgie) et, en 1929 membre associé de l'Académie nationale de médecine.

 Constantin Levaditi (1874-1953)

Médecin, cytologiste et immunologiste français d'origine roumaine, originaire de Galatz en Moldavie. En 1892, il commence ses études de médecine à Bucarest et devient, en 1895, Préparateur à l'Institut bactériologique de Bucarest.

En 1898, il décide de partir en France pour y devenir Préparateur au Collège de France puis à l'Institut Pasteur dans le laboratoire d'Elie Metchnikoff.

Il va se consacrer désormais à l'étude de la syphilis et à l'immunologie, soutenant en 1902, il soutient une  thèse de doctorat en médecine sur "Contributions à l'étude des mastzellen et de la mastzellen-leucocytose"

Il devient chef de laboratoire puis, en 1926, Professeur à l'Institut Pasteur et va prendre, en 1932, la directions scientifique de l'Institut Alfred Fournier.

Il avait obtenu en 1908 sa naturalisation française et fut élu en 1928 à l'Académie nationale de médecine, dans la Section des sciences biologiques. 

Herbert Tuchman-Duplessis (1911-2001)

Spécialiste reconnu de l'endocrinologie expérimentale et de l'embryologie pathologique était originaire de Czernowitz,  (Tchernivtsi), en  Bucovine.

Déraciné par le Premier Conflit Mondial, il arrive en France en 1929. Son frère choisit la médecine générale, Herbert va s'orienter vers  la recherche. Après un Doctorat de médecine obtenu en 1935 et la licence de sciences l'année suivante, il prépare une thèse portant sur l'endocrinologie expérimentale, abordée au plan de l'histophysiologie.

Une interruption forcée, le service militaire puis la guerre de 1939, vont l'éloigner du laboratoire qu'il ne retrouvera qu'en 1941, à Montpellier où il entre dans le laboratoire d'Histologie de Jean Turchini, un des embryologistes les plus célèbres de l'époque.

Sa thèse ne sera soutenue qu'après la guerre, en 1945, intitulée "Etude expérimentale des corrélations hypophyso-endocrines chez le Triton. Déterminisme hormonal des caractères sexuels secondaires. "

Revenu à Paris, Chargé de recherche au CNRS dans un laboratoire de l'Ecole pratique des Hautes Etudes.

En 1946 il se présente à l'agrégation de médecine en Histologie. Il est reçu au  premier concours, et va désormais orienter ses recherches vers une embryologie appliquée à l'espèce humaine.

Le drame de la thalidomide,  à la fin des années 1950 et celui de Seveso en 1976 allaient témoigner de son expertise en matière d'évaluation des risques médicamenteux sur l'embryon.

Il avait acquis la nationalité française en 1935 et fut élu en 1970 à  l'Académie de Médecine (Section Sciences biologiques)

Bien d'autres noms apparaissent sur cette liste des médecins roumains associés aux travaux de l'Académie nationale de médecine :

Aburel, Angelsco, Burghele, Daniel, Danielopolu, Deligdisch-Schor , Demosthene, Haimovici, Halberg, Istrati, kalindero, Mandache, Marinesco, Milcu, Milovici, Pavel, Petrini Galatz, Racovitza, Sirbu, Stoicesco, Theodoresco, Miriu, Stervo, Tuchman, Vladesco, Vladitiu

 Perspectives actuelles

 Dans un monde en constant remaniement, les relations médicales entre la France et la Roumanie ont notablement évolué :

La Roumanie s'ouvre de plus en plus aux Etudiants en médecine français : Ainsi, l’université de Cluj offre depuis 2005 à ses étudiants une section francophone dont le développement est tout à fait remarquable. Seuls 2 élèves français s'y étaient inscrits en 2005, ils étaient 73 en 2008, et 123 à la rentrée 2009.

Le nombre des médecins roumains exerçant en France est en progression nette : depuis le 1er janvier 2007, date d'adhésion de la Roumanie à l'union européenne, l'effectif des médecins roumains inscrits au tableau de l'ordre est passé de 174 à près de 1.000.

Multiplication des rencontres médicales entre France et Roumanie :

En mars 2007 : visite de l'Academie de chirurgie à Bucarest

En septembre 2007 : XVIIe Congrès mondial de l’Association internationale des chirurgiens, médecins gastroentérologues et oncologues (IASGO) réunissant à Bucarest un millier de participants venus de Roumanie et de l’étranger

En septembre 2009 : Réunion conjointe de l'Académie nationale de médecine et de l'Union médicale balkanique sous la présidence pour la Roumanie du Pr V. Cândea, du Pr Irinel Popescu et du Pr Nicolae Angelescu

 Une longue liste de noms prestigieux jalonne en Roumanie comme en France, l'Histoire de la médecine. Une nouvelle ère commence qui ouvre de nouvelles perspectives à la coopération entre les deux pays dans tous les domaines des sciences médicales.

Comme l'a dit le grand poete français Paul Valéry : "De toutes nos, différences, nous nous enrichissons chaque jour"

a.fabre.fl@gmail.com

 

Commentaires (1)

1. Chavagnac Bruno 10/04/2016

J'ajouterais volontiers à cet excellent article le nom du Dr Ernest Reinhold Kern (1908-1969) pionnier exemplaire de l'anesthésie-réanimation française après la deuxième guerre mondiale (voir sa biographie que j'ai publié en 2013 aux Éditions Glyphe-Paris)

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Date de dernière mise à jour : 29/07/2013

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