Marcel Proust, la médecine et les médecins

 

MARCEL PROUST, LA MEDECINE ET LES MEDECINS

A.J. Fabre                       Mars 2017

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LA FAMILLE

Marcel (Valentin, Louis, Georges, Eugène) Proust venait d'une famille fortement médicalisée

Le père Adrien-Achille Proust (1834 -1903)[1]

Fils d'un épicier d'Illiers (Eure et Loir), c'était un sujet brillant qui termina sa carrière comme membre de l'Académie de médecine, titulaire de la  chaire d'hygiène publique (qu'il avat créée), médecin chef de service à l'Hôtel Dieu, inspecteur général des services sanitaires internationaux

Il a consacré sa vie entière à la cause d'une science nouvelle pour l'époque, l'hygiène.

 Adrien avait épousé en 1870 Jeanne Weill (1849-1905) qui est présentée dans les livres de Marcel Proust dans les personnages de de la mère et de la grand-mère du narrateur de "La Recherche du temps perdu"[2] .

Adrien Proust meurt subitement à l'âge de 69 ans et des  funérailles, presque nationales, vont couronner une carrière brillante où ne manquent ni la fortune, ni les relations les plus flatteuses.

Le frère : Robert Émile Sigismond Proust (1873-1935)

Robert Proust, fils cadet d'Adrien Proust, a fait ses études au Lycée Condorcet où il obtient . à douze ans, le premier prix de géométrie. Plus tard, il décide de suivre la carrière de son père et sera nommé interne des hôpitaux à vingt ans

Sa vocation est la chirurgie :

En 1897  il sera l'élève de Félix Guyon, urologue à l'Hôpital Necker.

En 1901, il pratique avec succès l'ablation de la prostate (une "premiere" en France).

En 1904, il devient professeur agrégé avec une thèse sur " Chirurgie de l'appareil génital féminin".

De 1904 à 1914, il est l'assistant du Pr.Pozzi à l'Hôpital Broca où il réussit la première opération à coeur ouvert en 1910.

En 1932, il devient chef du  service de chirurgie de l'Hôpital Tenon.

Il va passer à la postérité avec le "signe de Proust" douleur excruciante du cul-de-sac de Douglas en cas de rupture de grossesse extra-utérine. Il  sera un des premiers chirurgiens à utiliser la radiotherapie en complément de l'exérèse chirurgicale.

Robert Proust avait épousé en 1903 Marthe Dubois-Amiot (1878-1953) et, de ce mariage naquit: Adrienne, dite "Suzy" (1903-1986) qui se maria avec Gérard Mante (1891-1947), fils de Louis Mante et de Juliette Rostand (sœur d'Edmond Rostand). Ils eurent trois enfants : Patrice (père de l'écrivain Patricia Mante-Proust[3]), Dominique et Marie-Claude qui a épousé Claude Mauriac (1914-1996) qui s'efforca toute sa vie de se faire un prénom, entreprise d’autant plus difficile que le fils se mesurait au père  sur le terrain de la littérature…

LA GALERIE DES MEDECINS PROCHES DE LA FAMILLLE PROUST[4]

Fils et frère de médecin,  Marcel Proust fut toute sa vie  fasciné par la médecine d'autant que, malade lui même, il lui fallut rester toute sa vie au contact des médecins

Dans son œuvre émergent de nombreuses figures de médecins

LE DR COTTARD[5]

Ce personnage fictif occupe  une place cenrale dans l'œuvre de Marcel Proust [6]: [7]

Le médecin de famille

C'est un praticien reputé appelé  au chevet de la grand mere du narrateur qui, à la suite d’une congestion, est prise de suffocations, annonciatrices de son asthme.

Les prescriptions du Dr Cottard  paraissent quelque peu étranges à la famille mais le médecin saura se montrer ferme et le narrateur va tout de suite ressentir une amélioration de son état ..

 Madame Verdurin ne cesse de vanter ses mérites, lui donnant le titre de "Docteur Dieu " d'autant qu'il a guéri son mari que la faculté considerait comme perdu .

Ses talents, cependant, sont parfois mis en doute : ainsi Bergotte, l'écrivain admiré du narrateur,  déconseille toute consultation  auprès de celui qu'il considère comme un "imbécil"e : "Etes-vous bien soigné ? me demanda Bergotte. Qui est-ce qui s’occupe de votre santé ? " Je lui dis que j’avais vu et reverrais sans doute Cottard. "Mais ce n’est pas ce qu’il vous faut ! me répondit-il. Je ne le connais pas comme médecin, Mais je l’ai vu chez Mme Swann. C’est un imbécile"[8].

Médecin mondain assidu aux "mercredis" de Mme Verdurin

Le Dr. Cottard se rend avec assiduité aux "mercredis" (jours de réception)  de Mme Verdurin quai Conti. En fait, il passe plus de temps dans les salons de la haute société parisienne qu’à l’Académie  dont il est cependant un des membres les plus en vue.

Dans tous les chapitres où il apparaît,  le Dr. Cottard se montre plus soucieux du "bien paraitre" que du "bien soigner". Il se risque souvent, à des plaisanteries jugées par certains " ineptes ", " grotesques" ou… de commis voyageur " 

"Vous savez, il est charmant, dit Mme Verdurin, il a un joli côté de bonhomie narquoise. Et puis il a ramené mon mari des portes du tombeau quand toute la Faculté l’avait condamné. Il a passé trois nuits près de lui, sans se coucher. Aussi Cottard pour moi, vous savez, ajouta-t-elle d’un ton grave et presque menaçant, en levant la main vers les deux sphères aux mèches blanches de ses tempes musicales et comme si nous avions voulu toucher au docteur, c’est sacré ! Il pourrait demander tout ce qu’il voudrait. Du reste, je ne l’appelle pas Docteur Cottard, je l’appelle le Docteur Dieu ! "[9]

A un autre passage de "La recherche", Madame Verdurin n’ose plus rire parce qu'une fois, dans un accès de fou rire, sa mâchoire s’est décrochée mais le docteur Cottard la lui a remise en place, et depuis il est pour elle "Docteur Dieu"[10].

A noter la déception du Dr. Cottard lorsque le duel de Charlus est  annulé : il avait été choisi comme témoin et en tirait une grande fierté.

Le bourru "malfaisant

Le comportement du Dr. Cottard avec son épouse Léontine attire l'attention du narrateur : il se montre toujours "bourru" envers elle en public et ne lui épargne aucune plaisanterie.

Peut etre, ces démonstrations n'ont-elles d'autre but que faire oublier ses infidelités conjugales. Le Dr. Cottard  est, sans conteste,  un des personnages les plus ouvertement "heterosexuels" de "La recherche" : trop, peut-être ont dit certains commentateurs férus de psychologie évoquant à ce propos, l'hypothèse de "pulsions secrètes". Il est vrai que, dans "La recherche", rien n'est simple…

Orgueilleux et vaniteux, le Dr. Cottard n'hésite pas à se qualifier de "prince de la science " En fait, il passe plus de temps dans les salons de la haute société parisienne qu’à l’Académie  dont il est cependant un des membres les plus en vue.

"Le docteur Cottard ne savait jamais d’une façon certaine de quel ton il devait répondre à quelqu’un, si son interlocuteur voulait rire ou était sérieux. Et à tout hasard il ajoutait à toutes ses expressions de physionomie l’offre d’un sourire conditionnel et provisoire dont la finesse expectante le disculperait du reproche de naïveté, si le propos qu’on lui avait tenu se trouvait avoir été facétieux.

Mais comme pour faire face à l’hypothèse opposée il n’osait pas laisser ce sourire s’affirmer nettement sur son visage, on y voyait flotter perpétuellement une incertitude où se lisait la question qu’il n’osait pas poser : " Dites-vous cela pour de bon ? 

Il n’était pas plus assuré de la façon dont il devait se comporter dans la rue, et même en général dans la vie, que dans un salon, et on le voyait opposer aux passants, aux voitures, aux événements un malicieux sourire qui ôtait d’avance à son attitude toute impropriété, puisqu’il prouvait, si elle n’était pas de mise, qu’il le savait bien et que s’il avait adopté celle-là, c’était par plaisanterie " [11]

Comment le Dr Cottard entre dans la ve du narrateur

Le Dr. Cottard va faire brutalement irruprion dans la vie du narrateur au casino de Balbec : il attire son attention sur l’attitude équivoque d’Albertine qui danse avec une amie.

"Tenez, regardez, ajouta-t-il en me montrant Albertine et Andrée qui valsaient lentement, serrées l’une contre l’autre, j’ai oublié mon lorgnon et je ne vois pas bien, mais elles sont certainement au comble de la jouissance. On ne sait pas assez que c’est surtout par les seins que les femmes l’éprouvent. Et, voyez, les leurs se touchent complètement. "

En effet, le contact n’avait pas cessé entre ceux d’Andrée et ceux d’Albertine. Je ne sais si elles entendirent ou devinèrent la réflexion de Cottard, mais elles se détachèrent légèrement l’une de l’autre tout en continuant à valser. Andrée dit à ce moment un mot à Albertine et celle-ci rit du même rire pénétrant et profond que j’avais entendu tout à l’heure.

Mais le trouble qu’il m’apporta cette fois ne me fut plus que cruel [12]

Le venin avait fait son effet : dès lors le narrateur ressent une jalousie qui ne le quittera jamais… .

Noter qu'on a trouvé sur une paperolle (non publiée) du " Temps retrouvé " que Cottard n’a trompait sa femme avec Odette.

La fin du Dr Cottard

Le Dr. Cottard mourra de facon prematurée, de surmernage, et sa mort sera suivie, peu de temps après,  par celle de Mr  Verdurin : le peintre Elstir sera le seul à en éprouveer du chagrin.

On notera  l'hommage quelque peu "appuyé" qui est rendu au Dr. Cottard dans "Jeunes filles en fleur"  : "Ce n’est pas seulement … comme un praticien obscur, devenu à la longue, notoriété européenne, que ses confrères considéraient Cottard. Les plus intelligents d’entre les jeunes médecins déclarèrent, — au moins pendant quelques années, car les modes changent étant nées elles-mêmes du besoin de changement, — que si jamais ils tombaient malades, Cottard était le seul maître auquel ils confieraient leur peau[13]."

LES MODĖLES (PRESUMĖS)  DU DR. COTTARD 

Bien des hypothèses ont été évoquées, entre autres :

Pr. Auguste Broca (1859-1924)

Fils du célèbre pathologiste, neurochirurgien et anthropologue Pierre Paul Broca, il fit ses études à Paris, où il devint Interne en 1881, prosecteur en 1885, et en 1890 Chirurgien des hôpitaux.

En 1892, il devient assistant à l'Hôpital Trousseau dans le service de chirurgie pédiatrique d'Odilon Marc Lannelongue, et sera nommé professeur de chirurgie opératoire, puis d'anatomie topographique en 1913

Pr. Jules Cotard (1840-1889)

Un des plus célèbres  neurologues de l'époque. Son nom a été donné à une forme de délire mélancolique

Il avait été l'interne d'Adrien Proust (1834-1903) et restera toute sa vie très attaché à son "patron". Il était souvent invité chez les Proust et connaissait bien Marcel.

Marcel Proust voyait en lui un  "professionnel intègre" et admirait  l'acuité de son rapide coup d'oeil, assurant un diagnostic sans faille".

Aucune ressemblance, donc, avec le Dr Cottard  de "La recherche du temps perdu" . On notera d'ailleurs la différence d'orthographe entre les deux noms.

Dr. Jules Gaspard Cottet (1871-1951)

Médecin d'Evian créateur de la "cure de diurèse" qui a fait un temps la fortune d'Evian.

Il parvient à améliorer l'asthme de son plus célèbre malade, Marcel Proust qui va écrire à sa mère : "Le docteur Cottet a passé longtemps avec moi hier. Tu peux dire à Robert qu'au point de vue littéraire moderne il est d'une culture prodigieuse pour un médecin et qu'il sait par cœur La Maison du Berger"[14],

Le  Dr. Cottet est-il le  modèle du "Docteur Cottard" ? Tous les contemporains sont unanimes sa personnalité raffinée était à l'opposé du caractère que prête, dans son œuvre, Marcel Proust au "Dr Cottard"

Pr. Paul Georges Dieulafoy (1839-1911) 

Médecin titulaire de la chaire de pathologie interne à la faculté de médecine de Paris

Pour Marcel Proust il restera à jamais le médecin appelé au chevet de la grand-mère adorée alors qui venait d'enrrer en agonie

Dr. Eugène Doyen (1859-1916),

Ce billantissime chrurgien fut une des figures les controversées de son époque. Il pourrait certes avoir été le "Docteur Cottard" de Marcel Proust  qui connaissait bien le caractère pour le moins abrupt de Doyen mais aussi tous les détails de sa vie mondaine flamboyante.

Pr. Pierre Potain (1825-1901)

Il est cité dans "La recherche" comme le  médecin qui soigna Vinteuil

Mme Verdurin déclare lui preferer  le docteur Cottard, car elle juge ses diagnostics et son savoir dix fois supérieurs à ceux de Potain.

Cottard  proteste mollement disant que Potain est un de ses maîtres, un prince de la science. Il ajoute avec ironie que'il trouve légitime que des malades souhaitent mourir de sa main, trouvant cela plus chic de bénéficier de ses soins."

"Vinteuil était à ce moment très malade et le docteur Potain craignait de ne pouvoir le sauver.

Comment, s’écria Mme Verdurin, il y a encore des gens qui se font soigner par Potain! Ah! madame Verdurin, dit Cottard, sur un ton de marivaudage, vous oubliez que vous parlez d’un de mes confères, je devrais dire un de mes maîtres.[…] Laissez-moi donc tranquille avec vos maîtres, vous en savez dix fois autant que lui, répondit Mme Verdurin au docteur Cottard, du ton d’une personne qui a le courage de ses opinions et tient bravement tête à ceux qui ne sont pas du même avis qu’elle. Vous ne tuez pas vos malades, vous, au moins!

Mais, Madame, il est de l’Académie, répliqua le docteur d’un ton ironique. Si un malade préfère mourir de la main d’un des princes de la science… C’est beaucoup plus chic de pouvoir dire : "C’est Potain qui me soigne."

Ah! c’est plus chic ? dit Mme Verdurin. Alors il y a du chic dans les maladies, maintenant ? je ne savais pas ça… Ce que vous m’amusez, s’écria-t-elle tout à coup en plongeant sa figure dans ses mains. Et moi, bonne bête qui discutais sérieusement sans m’apercevoir que vous me faisiez monter à l’arbre". [15]

Pr. Samuel Pozzi (1846-1918)

Le très célèbre  chirurgien était un familier de la famille Proust.  Grand ami du père, le Pr. Adrien Proust, il prit comme élève à Broca Robert Proust.

C'est lui qui  procura en 1914 la dispense lui évitant d'être envoyé au front

Notre hypothèse personnelle est que le Dr Cottard est, par bien des traits qui lui sont décrits,  un portrait du célèbre Pr. Pozzi, chirurgien surdoué mais époux volage qui répétaut à son épouse, Thérèse Loth-Cazalis :"Je ne vous ai pas trompée, ma chère, je vous ai complétée"[16][17]

LES AUTRES MEDECINS PRESENTS DANS L'OEUVRE  DE MARCEL PROUST

Dr. du Boulbon

C'est un médecin de Balbec. Il va conseiller au narrateur d’aller le consulter plutôt que de continuer à faire appel au docteur Cottard.

"Je n’étais pas tout à fait le seul admirateur de Bergotte ; il était aussi l’écrivain préféré d’une amie de ma mère qui était très lettrée ; enfin pour lire son dernier livre paru, le docteur du Boulbon faisait attendre ses malades ; et ce fut de son cabinet de consultation, et d’un parc voisin de Combray, que s’envolèrent quelques-unes des premières graines de cette prédilection pour Bergotte, espèce si rare alors, aujourd’hui universellement répandue, et dont on trouve partout en Europe, en Amérique, jusque dans le moindre village, la fleur idéale et commune.

Ce que l’amie de ma mère et, paraît-il, le docteur du Boulbon aimaient surtout dans les livres de Bergotte c’était comme moi, ce même flux mélodique, ces expressions anciennes, quelques autres très simples et connues, mais pour lesquelles la place où il les mettait en lumière semblait révéler de sa part un goût particulier ; enfin, dans les passages tristes, une certaine brusquerie, un accent presque rauque[18]

Je vous conseillerais plutôt, poursuivit Bergotte, le docteur du Boulbon, qui est tout à fait intelligent. " " C’est un grand admirateur de vos œuvres ", lui répondis-je. Je vis que Bergotte le savait et j’en conclus que les esprits fraternels se rejoignent vite, qu’on a peu de vrais " amis inconnus ". [19]

Le Dr. du Boulbon est également le médecin appelé au chevet de la grand’mère du narrateur lors de son "attaque cérébrale" : Quand on avait dit à ma grand’mère qu’il faudrait maintenant, pour obéir au docteur du Boulbon, qu’elle se promenât beaucoup, on a vu qu’elle avait tout de suite parlé des Champs-Elysées. [20]

Les succès du Dr du Boulbon vont  rendre jaloux le Dr. Cottard, , bien qu'il s'en défende,   :  "Ce n’était pas que la conversation de Cottard fût intéressante. Elle était même en ce moment devenue aigre car nous venions d’apercevoir le docteur du Boulbon, qui ne nous vit pas. Il était venu passer quelque temps de l’autre côté de la baie de Balbec, où on le consultait beaucoup. Or, quoique Cottard eût l’habitude de déclarer qu’il ne faisait pas de médecine en vacances, il avait espéré se faire, sur cette côte, une clientèle de choix, à quoi du Boulbon se trouvait mettre obstacle. [21]

La grand mère du narrateur, malade, s’adresse au docteur :
Mais j’ai aussi un peu d’albumine.– Vous ne devriez pas le savoir. Vous avez ce que j’ai décrit sous le nom de l’albumine mentale. Nous avons tous eu, au cours d’une indisposition, notre petite crise d’albumine que notre médecin s’est empressé de rendre durable en nous la signalant. Pour une affection que les médecins guérissent avec des médicaments (on assure, du moins, que cela est déjà arrivé quelquefois), ils en produisent dix chez des sujets bien portants en leur inoculant cet agent pathogène, plus virulent mille fois que tous les microbes, l’idée qu’on est malade... [22]

Dr. Piperaud[23]

Médecin dont parle la tante de l'auteur lorsqu'il appelé en urgence auprès d' un malade de Combray

Dr Pecepied[24]

Autre médecin de Combray cité dans "Du coté de chez Swann" lorsqu'il prend dans sa voiture le narrateur et sa famille

" Le docteur Percepied à qui sa grosse voix et ses gros sourcils permettaient de tenir tant qu’il voulait le rôle de perfide dont il n’avait pas le physique, sans compromettre en rien sa réputation inébranlable et imméritée de bourru bienfaisant, savait faire rire aux larmes le curé et tout le monde en disant d’un ton rude : " Hé bien ! il paraît qu’elle fait de la musique avec son amie, Mlle de Vinteuil. ça a l’air de vous étonner. Moi je sais pas. C’est le père Vinteuil qui m’a encore dit ça hier. Après tout, elle a bien le droit d’aimer la musique, c’te fille. Moi je ne suis pas pour contrarier les vocations artistiques des enfants".[25]

CONCLUSIONS

Trois faits sont ici à retenir :

Marcel Proust et les médecins

Les médecins ont tenu une grande place dans la vie familiale de Marcel Proust.

On notera cependant que dans son œuvre, si riche[26]  il n'est fait mention que de trois médecins fictifs, à commencer, bien entendu par l'omniprésent Dr. Cottard.

Humour et médecine

Marcel Proust avait choisi de présenter, dans son impossante galerie de personnages, les médecins sur un mode humoristique.

On y verra sans doute le souci de ne pas tomber dans les pièges de la "sensiblerie" lorsqu'il parle des médecins de son entourage familial mais, encore, de tous ceux à qui il faisait si souvent appel dans les affres de la maladie.

Jugements de Marcel Proust sur la médecine et les médecins

D'innombrables références seraient ici à citer :

"La médecine n'est pas une science exacte"[27]

"La médecine est un compendium des erreurs nécessaires et contradictoires des médecins, en appelant à soi les meilleurs d'entre eux on a grande chance d'implorer une vérité qui sera reconnue fausse quelques années après". [28]

"On continue de brûler des cierges et de consulter des médecins"[29]

"Croire à la médecine serait une suprême folie,si n'y pas croire n'en était pas une plus grande".[30]

"La médecne ignore le secret de la " guérison, mais s'est assuré l'art de prolonger les maladies "[31],

"La médecine, faute de guérir, s'occupe à changer le sens des noms et des  pronoms"[32].

A l'évidence; ce double regard de malade et de médecin a permis à Marcel Proust  de mener à bien, selon le mot de Jacques Rivière[33], son projet de "fixer  ce qu'il y a d’obscur dans la nature humaine"…

Pour toute information complementaire : a.fabre.fl@gmail.com

 

[1] Sa biographie est présentée en détail dans le livre de Daniel Panzac, "Le docteur Adrien Proust" (Ed. L'Harmattan, 2003

[2] Marcel Proust avait envisagé de conclure son cycle romanesque par un texte intitulé non pas Le Temps retrouvé mais "Conversation avec Maman" et ce projet se retrouve dans l’ouvrage (posthume) "Contre Sainte-Beuve"

[3] Patricia Mante-Proust, née en 1975, est coauteur avec Mireille Naturel du livre "Marcel Proust, L'Arche et la Colombe" (Ed. , Michel Lafon, 2012)

[4] Pequignot H.  "La medicine et les médecins dans l'oeuvre de Marcel Proust" (Semaine des Hop. Paris 1988;64:1263-1268)

[5] Voir le site http://andrefabre.e-monsite.com/pages/histoire-de-la-medecine/le-dr-cottard.html. Le docteur Cottard est un personnage fictif, certes, mais il a cependant  son portrait, œuvre d'un célèbre dessinateur  australien, David Richardson (né en 1970)

[6] Pearn J., Gardner-Thorpe C., "A Biographical Note on Marcel Proust's Professor Cottard" (J Med Biogr, May 2003 11: 103-106).

[7] Selon le site http://proust-personnages.fr/ :les occurrences du Dr Cottard dans l'œuvre de Proust sont les suivantes Swann : 47, Jeunes filles en fleur : 39, Guermantes : 19, Sodome : 15, La prisonnière : 13, La fugitive : 2, Le temps retrouvé : 17.

[8] Proust M. , "À l'ombre des jeunes filles en fleurs" (Wikisource Proust, page 180)(https://fr.wikisource.org/wiki/%C3%80_l%E2%80%99ombre_des_jeunes_filles_en_fleurs)

[9] Proust M. ; "Sodome et Gomorrhe" (Wikisource Proust page 129).

[10] "Docteur Dieur" était également le surnom donné par Sarah Bernhardt à Samuel Pozzi

[11] Proust M. "Du coté de chez Swann" (Wikisource Proust  page 266-267)

[12] Proust M. "A la recherche du temps perdu" (Wikisource Proust page 252).

[13] Proust M., " À la recherche du temps perdu" (Wikisource Proust, page 10)

[14] "La Maison du Berger", poème d’Alfred de Vigny que Proust affectionnait

[15] Proust M. "Du coté de chez Swann" (Wikisource Proust page 286)

[16] Voir, de Caroline de Costa et Francesca Miller :  "The Diva and Doctor God : Letters from Sarah Bernhardt to Doctor Samuel Pozzi" (Ed. Glyphe, 2013)

[17] C'est aussi l'hypothèse d'un des biographes de Marcel Proust, George Painter[17]: " Le Dr Cottard est un amalgame : c'est le Dr Pozzi, avec son pince-nez, mais le clignement d'yeux involontaire est celui d'un des professeurs de Marcel, Albert Vandal."

[18] Proust M. : "A l'ombre des jeunes filles en fleur" (Wikisource Proust, 1ère partie, page 7)

[19] Proust M. : "A l'ombre des jeunes filles en fleur" (Wikisource Proust  1ère partie, page 179)

[20] Proust M. : "A la recherche du temps perdu, Le coté de Guermantes" (Wikisource Proust, page 161)

[21] SG 797/192).

[22] La Recherche (Ed. 1919, page 150 =

[23] Proust M. "Du coté de chez Swann" (page 80)

[24] "Percepied"" était aussi le nom du facteur d'Illiers

[25] Du coté de chez Swann (p.147/228).

[26] Le grand spécialiste de Marcel Proust, George D. Painter, évalue à plus de 2500 le nombre de personnages figurant dans "La recherche"

[27] Proust M. "A la rechercvhe du temps perdu" ((Ed. 1919, page 58)

[28] Proust M. "Le coté de Guermantes" (Ed. 1919, page 147)

[29] Proust M. "Le coté de Guermantes" (Ed. 1919,, page 87)

[30] Proust M. "A la recherche du temps perdu" (Ed 1919, page 148)

[31] Proust M. "Le coté de Guermantes" (Ed. 1919,, page 87)

[32] Proust M. ""A la recherche du tempsperdu" (Ed. 1919, page 50)

[33] Rivière J. "Correspondance avec Marcel Proust / 1914-1922" (Ed. Plon, 1956=,

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Date de dernière mise à jour : 28/02/2017

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