Médecins et politique

A.J. Fabre                            Juin 2014 

LES MEDECINS ET LA  POLITIQUE 

De tout temps, les médecins se sont intéressés à la politique, c'est leur vocation même de venir en aide au bien-être de  leurs semblables.

Cette participation a pris les caractères les plus divers au fil des siècles : en témoigne la galerie des grands "médecins politiciens"

Plusieurs questions sont ici à considérer :

. Qu'entend on exactement par les mots de "médecin" et de "politique" ?

. Comment sélectionner un échantillon représentatif des médecins politiciens à travers les époques et les pays ?

. Comment définir l'activité médicale et politique de chaque membre de la galerie (cursus universitaire, type d'exercice médical, responsabilités et engagements politique ) 

.1. Une question de définitions  

S'il est aisé de définir ce qu'est un médecin, celui qui pratique l'art de guérir[1], il n'est pas aussi facile de donner une définition au mot de "politicien". La politique[2] en son sens plus large, se définit comme une action exercée dans le cadre d'une société. Dans son acception moderne la politique se réfère à l'exercice du pouvoir au sein d'un organisme ou d'un parti. 

.2. Le choix des médecins présentés  

On peut chiffrer à plusieurs milliers le nombre de médecins qui ont laissé une trace dans la vie politique de leur pays mais e rappel de leur histoire offre un intérêt très inégal.

Nombre de politiciens célèbres ont été médecins et ce passé est parfois oublié : qui se rappelle encore que Clemenceau fut médecin, de même que Salvator Allende, Che Guevara ou le président syrien Al Assad . De même, l'activité politique des grands médecins est souvent méconnue : c'est le cas de Christian Cabrol, Samuel Pozzi ou Chris Barnard

Au total, une galerie de 300 médecins est présentée dans ce livre, représentant un ensemble très divers de périodes historiques ou de pays . 

.3. La galerie des médecins politiciens  

Données biographiques 

Une part des médecins politiciens de notre étude étaient nés avant 1800 (40 sont nés entre 1800 et 1850, 55 pour le demi-siècle suivant) mais la grande majorité est née au siècle dernier et 38 médecins politiciens encore vie à cette date ont moins de 50 ans

Les hommes sont très largement représentés dans cette galerie où les femmes ne sont que 7,3 % mais tout risque de changer bientôt car, en France, comme dans tous les pays occidentaux, la moitié des jeunes médecins sont des femmes.

Les médecins politiciens du livre étaient issus de 48 pays différents mais la majorité des médecins politiciens étaient Français (environ un tiers), viennent ensuite Canada, Etats Unis et Gd Bretagne

Activité médicale

 Plus d'un tiers des médecins politiciens, au moins une centaine ont pratiqué ce qu'il et convenu d'appeler "médecine générale"

. La chirurgie vient en seconde position (42 représentants)

. Les autres spécialités se partagent dans les domaines les plus divers : gynécologie-obstétrique : 42, psychiatrie et psychanalyse : 14

. Environ 15% des médecins de la liste occupaient un poste universitaire (42)

. Le nombre des médecins personnels de dirigeants d'état s'élève à 10

. Fait inattendu (mais sans doute logique…), plus de 30 des médecins politiciens n'ont jamais exercé

La place prise par les chirurgiens dans cette galerie des médecins politiciens prête à commentaire : jusqu''à la Grande Guerre, les médecins exerçaient un art om la chirurgie avait traditionnellement sa place. C'est encore vrai à notre époque pour les médecins ruraux mais, avec le temps, l'exercice de la chirurgie a beaucoup changé : la grande majorité des spécialistes exercent, à notre époque, au moins partiellement, une activité chirurgicale: c'est le cas des cardiologues, dermatologiques, pneumologies, otorhinolaryngologistes et bien d'autres pour qui le vêtement chirurgical est plus familier que la blouse blanche. 

Activité politique 

L'activité politique des médecins reste au cœur de notre ouvrage avec des modalités très diverses :

. Elus municipaux ou parlementaires : 65 %

. Ministres : 27 (10 %)

. Chefs d'état 5

Quant aux partis politiques, la répartition est à part égale entre partis classés "plutôt à gauche " (révolutionnaires, communistes et socialistes) et "plutôt à droite " (parti gouvernemental, conservateurs extrême droite). Certes, la fonction médicale qui a longtemps conditionné l'étiquette politique, la réalité actuelle est toute différente 

Trois noms de médecins politiciens parmi bien d'autres 

Christian Cabrol (né en 1925) est le chirurgien qui a réalisé en 1968, la première transplantation cardiaque en Europe et en 1986, réalisé la première greffe de cœur artificiel en France. Universitaire. Il continue d'être un des personnages les plus populaires de France, arrivant 37eme dans un sondage réalisé en 2005. . Sa carrière politique l'a conduit à devenir conseiller municipal de Paris, en tant que représentant du RPR ("Rassemblement pour la République" puis de l'UMPP, ("Union Pour Un Mouvement Populaire"). Il a été, de 1994 à1999 membre du Parlement européen. Auteur de livres à succès Il a publié "De tout cœur" (2006), "Le don de soi"(2010) et "Parole de médecin" (1991).

Eugène Doyen (1859-1916), Rémois, fils du maire de la ville, connut une immense célébrité à la fin du XIXème siècle. Ses dons de chirurgien le rendirent célèbre au point que Marcel Proust en fit un des personnages clés de "La recherche du temps perdu".: le pittoresque mais brutal " Docteur Cottard" . Sa proverbiale dextérité opératoire était particulièrement bénéfique pour les malades, à une époque où l'anesthésie n’était pas sans risques mais, de nos jours, il ne subsiste guère d'autres souvenirs d'Eugene Doyen qu'un nom donné à une pince chirurgicale et à une table opératoire. . En fait, Eugene Doyen fut un grand novateur dans les disciplines les plus diverses, de la santé publique au cinéma médical. . Il était inévitable que ce "surdoué" tente l'aventure politique : il présenta à la députation sous l'étiquette de "Républicain social', . Nul doute que la postérité rendra justice à ce chirurgien "hors norme" dont le destin fut de s'enfermer dans un orgueil de paranoïaque surdoué qui mourut à Paris, épuisé par une carrière pour le moins chaotique, à l'âge de 57 ans.. Parmi les livres qui lui ont été consacrés : "Le Docteur Doyen chirurgien de la Belle Époque"[3]

Alain Bombard (1924-2005) : l'homme qui traversa l'Atlantique en radeau pneumatique était médecin et termina son aventure en mer par un beau parcours politique. Le 19 Octobre 1952 Alain Bombard avait entrepris l'aventure d'une traversée de l'Océan Atlantique, seul à bord d'un canot pneumatique de 4 mètres Il en rapporta une observation médicale de son expérience de naufragé volontaire : état général, diverses fonctions physiologiques et en particulier, (il était cardiologue) pression artérielle et rythme cardiaque. Il entendait étudier tout spécialement les effets de la consommation d'eau de mer et de son plancton. A son retour, Alain Bombard va largement goûter de la politique. Il adhère au parti socialiste et va devenir ministre de l'Environnement dans le premier gouvernement Mauroy, en mai 1981. Il sera ensuite député européen de 1981 à 1994 Son récit de ses 113 jours en mer, "Naufragé volontaire"[4], fut tiré en 150.000 exemplaires et traduit dans dix langues. 

.4. Commentaires 

Au cours des récentes années, tout le monde en est conscient, la médecine s'est de plus en plus politisée et la politique de plus en plus médicalisée...Médecins et politiciens ont un but commun, améliorer la vie de leurs semblables mais avec une approche différente. Le but de l'art médical est le bien-être physique et mental du patient tandis que celui de la politique est le progrès de l'homme au sein de la société. 

Les médecins et la politique 

Il existe cependant bien des motifs pour les médecins à s'intéresser à la politique :  

Venir en aide à ses semblables reste le but même de la profession 

La santé est pour tous le premier des biens et de tous temps, les médecins ont eu le devoir d'aide leurs semblables à améliorer leur existence. Que la santé soit non seulement physique mais aussi morale et sociale, au sens le plus large du terme, est une évidence. Pour cela, les médecins ont la responsabilité de rester informés dans des domaines hautement politisés : accès aux soins,  qualité des services sanitaires,  recherche médicale et, bien entendu, santé publique. 

La profession médicale est en pleine mutation 

Amener ses enfants à devenir médecin était hier le rêve de toute famille mais les choses ont bien a changé : le revenu des médecins s'est partout détérioré et en même temps le respect et la considération traditionnellement attachés à l'exercice de la médecine. 

Participer  à la politique n'est plus un luxe, mais affaire de survie 

Lentement mais surement tous les médecins sont amenés à prendre part à la vie politique : que ce soit par l'intermédiaire de ses organisations professionnelles, de ses convictions politiques ou de son engagement dans des fonctions de représentativité  municipale, ou nationale 

La politique et les médecins

Le poids que prend dans tous les pays le pouvoir politique sur la santé justifierait bien des analyses  

La médecine terrain d'élection pour les hommes politiques.  

Les politiciens sont devenus adeptes d'une "médicalisation" des problèmes sociaux qu'ils ont à gérer. Le pouvoir bureaucratique prend une nouvelle force lorsque les problèmes médicaux de chacun deviennent problèmes de "santé publique"…Et le malade peut ainsi fuir toute responsabilité" 

Le risque d'une  " bienêtrocratie"   

L'étude récente d'un psychiatre nord-américain, Thomas Szasz[5] montre qu'il existe un risque de voir, dans les sociétés modernes, le pouvoir "organiser" le bonheur de la population par une sorte de  "bienêtrocratie"[6] 

Les limites de l'interférence de l'état dans le domaine de la Santé 

Tous en sont conscients, le risque est réel de voir l'état prendre en main un système de santé mais la question reste posée : comment définir les meilleures bases d'une participation de l'Etat aux reliés des besoins sanitaires ? 

Une nécessaire complementarité 

Les professions de médecins et de politiciens ont bien des différences mais aussi quelques ressemblances  

Ressemblances entre politique et médecine 

Politiciens et médecins ont à assumer la responsabilité de leurs actes mais de nombreux commentateurs y voient l'exercice d'un pouvoir retranché dans des positions inexpugnables, 

Médecins et politiciens : Une élite fortifiée dans ses certitudes

Médecins et les hommes politiques ont de nombreux points communs, en particulier, en particulier de s'accrocher à l'exercice du pouvoir. 

.2. Le devoir de vérité et d'efficacité 

Pour les médecins comme pour les politiciens la vérité est non seulement la première étape vers le respect, mais également la première étape vers l’efficacité. Au fond, dire la vérité, cela revient à aller droit au but, à gagner du temps et surtout à raisonner à partir du réel et non à partir de représentations, de fantasmes ou d’idéologies”. Quand on est médecin chaque mot a son poids… et ses conséquences. Quant à l'efficacité, un article récent de la grande presse en fait mention comme  "l'impossible obligation de résultats en toutes circonstances "[7]. 

.3. Une responsabilité à assumer 

Une autre ressemblance entre politiciens et médecins est d'avoir la charge pénible d'assumer leurs responsabilités dans des décisions souvent très lourdes de conséquences pour l'avenir. La fuite est interdite : décider de ne rien faire et d’attendre est lourd de suites que l’interventionnisme et le volontarisme 

.2. Différences entre politique et médecine 

Qu'il existe quelques différences entre médecins et politiciens, personne ne va le nier et trois points sont ici à considérer : 

Le Serment d'Hippocrate l 

Mythe ou réalité, le   serment d'Hippocrate accompagne la remise du diplôme. C'est lui qui  va définir  le cadre éthique de la profession. Cette déclaration solennelle de fidélité aux principes d'Hippocrate est loin d'être partout en usage en dehors de France. Cependant, dans tous les pays occidentaux, le médecin, une fois obtenu son diplôme est déclaré pleinement responsable de ses actes, ce qui est loin d'être toujours le cas pour les hommes politiques 

Evaluation  

L'évaluation est un domaine capital de la médecine moderne qui entend mettre en avant le principe d'une médecine fondée sur les preuves. Cette pratique est loin d'être pleinement admise dans le domaine de l'activité politique. Il est cependant prévisible qu'il y aura de plus en plus complémentarité  dans ce domaine entre médecine et politique. 

Ethique  

Médecins et politiciens en conviennent : les questions d'éthique se posent tous les jours dans les deux camps. Ceci est particulièrement vrai en recherche médicale où le "fil conducteur" reste guidé par des impératifs moraux. 

La nécessaire complémentarité entre politique et médecine :  

La complexité croissante de la société actuelle rend de plus difficile l'idée d'une séparation entre médecine et politique.

Médecins et politiciens sont condamnés à vivre et travailler ensemble 

Pour tout  commentaire contacteur

a.fabre.fl@gmail.com



[1] Le terme de "médecin", dans son étymologie,  est ciblé sur l'action thérapeutique),

[2] "Politique", dérivé du mot grec "Politikos"  se réfère avant tout à la vie de la société

[3] "Vie d'Eugène Doyen" par Robert Dicier (Ed. Maloine, Paris, 1942).

[4] " Naufragé volontaire publié en 1953 aux Editions de Paris

[5] Thomas Szasz, Pharmacratie : "Médecine et politique l'état thérapeutique", Paris, Éditions les 3 génies, 2010, 208

[6] Le mot anglais "pharmacracy" est difficile à traduire : ce n'est pas le lieu où se vendent les médicaments qui est cause, ni le médicament lui même mais le conditionnement de la société moderne à la médecin.ne se

[7] Elie Arié in "Marianne" (24 juin 2012)

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