Nicolo Paganini

André J. Fabre                                            décembre 2015

NICOLO PAGANINI (1782-1840) : UN GÉNIE FACE A LA MALADIE D'EHLERS- DANLOS

 

Nicolò Paganini célébrissime violoniste, altiste, guitariste, et compositeur italien a laissé sa marque sur la musique de son  temps mais aussi des siècles modernes : ses œuvres ont servi d'inspiration pour de nombreux compositeurs de premier plan.

Il était  né à Gênes,  troisième des six enfants d'Antonio et Teresa née Bocciardo. Le père de Paganini était un commerçant peu doué pour les affaires complétant ses revenus en jouant de la musique sur la mandoline.

Dès la plus jeune enfance, la vie de Paganini est d'emblée baignée dans le fantastique : atteint de  rougeole, il reste inanimé étendu comme mort sur son lit. La famille l'enveloppe dans un drap pour le porter à l'église lorsque soudainement, à la stupeur de tous, le cadavre fait un geste qui ramène le futur grand homme dans le :monde des vivants.

À l'âge de cinq ans, Paganini a commencé à jouer de la mandoline, et à sept ans, du violon. Ses talents musicaux étaient si éclatants qu'il obtint tout de suite plusieurs bourses pour assurer ses études musicales.

Les professeurs de violon de Paganini furent d'abord Jean Servetto, musicien médiocre mais qui conscient du génie de son élève le confia à Giacomo Costa, directeur d'orchestre et premier violon des églises. A son tour, Costa adresse le jeune prodige à Alessandro Rolla, (1757-1841), violoniste et alto virtuose, chef d'orchestre à Milan et compositeur mais que  Paganini eut joué quelques notes, Rolla l'interrompit en lui demandant d'aller se produire devant son propre maître, le grand virtuose de ce temps, Ferdinando Paër (1771-1836)  qui domina la scène lyrique de l'Italie entre la mort de Cimarosa et l'avènement de Rossini.

En Mars 1796, survient l'invasion des troupes françaises qui contraint la famille Paganini a trouver refuge dans leur propriété de campagne de Romairone, près de Gènes. Dès la paix revenue, Paganini est conduit par son père à Livourne et Nicolò ne va pas tarder à devenir premier violon de la République de Lucques, il avait tout juste dix huit ans

En 1805, la princesse Élisa Baciocchi, fille de la sœur de Bonaparte et devenue princesse de Piombino accueille Paganini à sa cour mais en 1809 quand la princesse devenue grande-duchesse de Toscane, emmène sa cour à Florence, Paganini reprend sa liberté.

Il se rend d'abord à Parme puis Gène, et enfin  Milan où Nicolò donne en 1813 un concert triomphal à la Scala de Milan.

La carrière triomphale d'un grand virtuose

Il entreprend alors une carrière de virtuose international  donnant des concerts dans toutes les grandes villes d'Europe : Vienne en Août 1828, en Allemagne, la Pologne et la Bohême jusqu'en Février 1831 à Strasbourg. Ce sont ensuite des concerts devant des salles combles à Paris et la Grande-Bretagne.

Quand arrive les premiers succès, Paganini, tient à se donner une image de plus en lus inquietante : vêtu d'une lévite noire, qui accentuait encore son aspect emacié, gardant une démarche était raide et saccadée,  gardant une coiffure étrange de longs cheveux longs ébouriffés autour de son visage pâle et osseux, joues avec deux plis de chaque coté d'un rand nez aquilin, la forme et, comme si ce n'était pas assez, portait des lunettes rondes noires qui lui donnait l'air demoniaque mais, on le sait, le violon est souvent associé dans les légendes au démon

A présent Paganini joue  ses propres œuvres, en témoigne le si célèbre Concerto n°1,  mais aussi bien des œuvres de ses  contemporains, tels que Rodolphe Kreutzer et Giovanni Battista Viotti.

Francesco Bennati, critique musical contemporain de Paganini[1], a écrit : "La délicatesse de l’ouïe de Paganini surpasse tout ce qu’on pourrait imaginer. Au milieu de l’activité la plus bruyante des instruments de percussion de l’orchestre, il lui suffisait d’un léger toucher du doigt pour accorder son violon; il jugeait également, dans les mêmes circonstances, de la discordance d’un instrument des moins bruyants et cela, à une distance incroyable."

Une anecdote est souvent rapportée : lors d’un concert, Paganini avait cassé trois cordes de son violon et n’en avait pas de rechange. Il n’en continua pas moins à jouer sur une seule corde avec une dextérité qui laissa perplexe et dans l’admiration tout son auditoire[2].

 Rossini, pour sa part, confessait avoir pleuré trois fois dans sa vie : lors de l’échec de son premier opéra, au cours d’une promenade en bateau où son repas, une dinde truffée tomba malencontreusement à l’eau, et … lorsqu’il entendit pour la première fois Paganini.

Liszt écrit de Paganini : " Quel homme ! Quel violon ! Quel artiste ! Quelle souffrance, quelle angoisse, quels tourments ces quatre cordes peuvent exprimer ! "

Hector Berlioz avait été contacté, lors de son voyage en Italie de 1833 par Paganini qui lui commanda un concerto pour alto mais, déçu par une partition qui ne faisait pas assez valoir sa virtuosité, Paganini se récusa après avoir, cependant, fait don de 20.000 francs au compositeur qui put ainsi se consacrer entièrement à la composition de Roméo et Juliette. L'œuvre de Berlioz est d'ailleurs dédicacée à Paganini.

Baudelaire dans son livre "Du Vin et du Hachish" relate l'histoire  d'un guitariste Espagnol compagnon de voyage de Paganini[3] : " Ils menaient à eux deux la grande vie vagabonde des bohémiens, des musiciens ambulants, des gens sans famille et sans patrie. Tous deux, violon et guitare, donnaient des concerts partout où ils passaient. Ils ont erré ainsi assez longtemps dans différents pays. …Paganini tenait la bourse, il avait la gérance du fonds social ce qui n'étonnera personne. La caisse voyageait sur la personne de l'administrateur ; tantôt elle était en haut, tantôt elle était en bas, aujourd'hui dans les bottes, demain entre deux coutures de l'habit. Quand le guitariste, qui était fort buveur, demandait où en était la situation financière, Paganini répondait qu'il n'y avait plus rien, du moins presque plus rien ; car Paganini était comme les vieilles gens, qui craignent toujours de manquer. L'Espagnol le croyait ou feignait de le croire, et, les yeux fixés sur l'horizon de la route, il raclait et tourmentait son inséparable compagne. Paganini marchait de l'autre côté de la route. C'était une convention réciproque, faite pour ne pas se gêner. Chacun étudiait ainsi et travaillait en marchant.

Puis, arrivés dans un endroit qui offrait quelques chances de recette, l'un des deux jouait une de ses compositions, et l'autre improvisait à côté de lui une variation, un accompagnement, un dessous.

Ayant une réputation bien établie de séducteur, Paganini ne se maria jamais Il eut une longue liaison avec une chanteuse italienne, Antonia Bianchi qu'il avait rencontré à Milan en 1813. Tous deux donnèrent ensemble une série de concerts en Italie. Un fils leur naquit, , Achille Cyrus Alexander, né le 23 Juillet 1825 à Palerme et baptisé à San Bartolomeo. Achille accompagnait fidèlement son père dans toutes ses tournées européennes et sera son exécuteur testamentaire.

Les maladies cachées de Paganini

Paganini avait une épaule gauche plus haute ce qui faisait paraître le bras droit plus long que le gauche lorsqu’il était debout.  Paul-Emile Roy[4] le précise "  Sa main n’était pas plus grande que la normale mais il en doublait l’étendue par l’extensibilité des parties de celle-ci. Ainsi, par exemple, il imprimait aux premières phalanges des doigts de la main gauche qui touchait les cordes, un mouvement de flexion extraordinaire, qui les portait, sans que sa main ne se dérange, dans le sens latéral à leur flexion naturelle, et cela avec facilité, précision et vitesse. "

Tout au long de sa vie, Paganini fut  affectés par un état de santé précaire. Un calendrier de concerts surchargé, ainsi qu'un mode de vie extravagant, ont fait encore aggravé les ravages de sa santé. De plus est survenue une syphilis en 1822, traitée par mercure…et opium, puis, en 1834, une tuberculose. Là-dessus se greffait une dépression chronique, qui a duré de jours à plusieurs mois.

En fait, deux diagnostics rétrospectifs peuvent être envisagés dans le cas si complexe de Nicolò Paganini : la maladie d'Ehlers-Danlos et le syndrome de Marfan. On considère, à l'heure actuelle, qu'il s'agit d'un groupe hétérogène de pathologies associant  hyper laxité cutanée, cicatrices atrophiques, hyper mobilité articulaire et fragilité généralisée des tissus.

 Il s'agit, en fait, d'une maladie autosomique dominante qui affecte les systèmes cardiovasculaire (dilatation et dissection de l'arc aortique), oculaire (ectopie du cristallin) et système osseux.  Les progrès de la chirurgie ont amélioré de manière significative la durée de survie, mais la morbidité sévère et un risque important de mortalité prématurée restent associés.

Des recherches génétiques récentes ont mis en cause une mutation dans le gène FBN1, codant pour la protéine microfibrillaire fibrilline-1.  La maladie apparait ainsi comme un trouble structurel des cytokines du tissu conjonctif [5]

Fin d'une carrière météorique

En Septembre 1834, Paganini et revient à Gênes pour mettre fin à sa carrière de concertiste.

Loin de la légende du "Génie cloitré sur lui-même", il consacre sa retraite à publier ses compositions et méthodes de violon. Il a de nombreux élèves dont Camillo Sivori, violoniste et violoncelliste qui fera une belle carrière.  

En 1835, Paganini revient à Parme, à la demande de l'archiduchesse Marie-Louise d'Autriche, la seconde épouse de Napoléon Bonaparte, pour diriger l'orchestre de la cour. En fait, un conflit va éclater entre Paganini et l'orchestre, qui se terminera devant les tribunaux.

De retour à Paris, Paganini va se consacrer à l'enseignement d'un jeune prodige polonais,  Apollinaire de Kontski à qui il a  légué ses violons et de manuscrits mais la fin de sa vie sera marquée par l'échec d'une tentative d'ouvrir un "Cercle de jeu" à Paris : il va s'y ruiner et devra vendre aux enchères tous ses biens y compris ses instruments de musique.

A Noël 1838, il décide d'aller vivre désormais sur la Côte d'Azur dont la mode a été lancée par les touristes Anglais. Paganini s'installe à Nice mais il ne tarde pas à tomber malade. Son état empire et l'évêque de Nice lui dépêche un prêtre pour lui administrer les derniers sacrements mais Paganini refuse tout contact avec la religion chrétienne. Quelques jours plus tard, le 27 mai 1840, il meurt d'une "attaque cérébrale".

Toute sépulture chrétienne est  refusée et le corps reste plusieurs mois à l'île St Ferréol mais, après intervention du Pape, sera transporté à Gênes, puis, en 1876, au cimetière de Parme où il sera inhumé.  Dernier épisode de la "saga" de Paganini, un celebre violoniste tchèque, František Ondříček, persuada en 1893,  le petit-fils de Paganini, Attila, de procéder à une exhumation de son aïeul avant que soient enfin laissés en paix les reste du plus grand violoniste de tous les temps.

Nicolò Paganini repose désormais au cœur de Parme, eu  Cimeterro della Villetta  .

Bibiographie

Bennati Francesco," Notice physiologique sur Paganini " (1831),

de Courcy Geraldine I. C., "Paganini the Genoese", University of Oklahoma, 1957 (reprint Da Capo, 1977).

Pulver Jeffrey, "Paganini: The Romantic Virtuoso" (Ed. Herbert Joseph, 1936) (reprint Da Capo, 1970).

Sugden John, "Niccolo Paganini: Supreme Violinist or Devil's Fiddler?" (Ed. Omnibus Press, 1980.

 

[1] Francesco Bennati , " Notice physiologique sur Paganini" (1831)

[2] L’origine de cette histoire se trouve probablement dans un défi que Paganini a relevé : écrire une œuvre sur la seule corde de sol (la plus grave) : ’est la Mose fantasia

[3] Peut être s'agit il de Dionisio Aguado Dionisio Aguado y García (né le 8 avril 1787 à Madrid et mort dans cette même ville le 29 décembre 1849) est un guitariste classique, pédagogue et compositeur espagnol.

[4] Paul Emile Roy, "Le Passé composé", no 5 (mars 2003)

[5] Voir sur l'article sur la maladie d'Ehlers-Danlos résumé sur Medline :  http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/18328988"

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