Philibert Commerson (1727-1763)

André J. Fabre                                                          Décembre 2015

PHILIBERT COMMERSON (1727-1763)

MÉDECIN DE BOUGAINVILLE AUTOUR DU MONDE

 

Philibert Commerson était médecin, explorateur et naturaliste, mais reste avant tout comme un grand voyageur qui a accompagné Bougainvile de 1767 à 1773 dans son voyage travers le monde.

Il était fils du notaire de Dombesà Châtillon-les-Dombes, une petite ville située à environ quarante kilomètres au nord de Lyon et découvrit la botanique au cours de ses premières études à Bourg en Besse.

Son père aurait souhaité qu'il s'engage dans la même profession que lui mais Philibert voulait être médecin : il partit donc en 1748 pour Montpellier étudier la médecine et obtint  son diplôme en 1754 .

En fait, Philibert exercera peu son métier, car il se découvre très vite une véritable passion pour la botanique : souvenons nous que la science des plantes était au Grand siècle, la voie royale pour la connaissance des médicaments.

Une fois obtenu son diplôme, Philibert part voyager à travers toute l'Europe. Il va d'abord rendre visite à Voltaire dans son château de Ferney puis se rend à Genève, Rouen puis la Suède  pour aller à Stockholm rendre visite à Linné.

Le mariage va changer sa vie : à 33 ans, il épouse la fille d'un notaire ami de son père, Antoinette Vivante Beau et s'installé comme médecin près de Mâcon,  à Toulon-sur-Arroux, qui était la paroisse où son frère était curé.

Le drame survient en 1762, quand Antoinette meurt lors de  la naissance de leur premier enfant. Commerson sombre alors dans le désespoir. Son frère le dit dans une lmettre : "Il passait souvent quinze ou vingt jours sans dormir et sans prendre de repos un moment pour étudier, observer et écrire, il se permettait à peine quelques instants pour prendre à la  hâte des nourritures grossières, ne mangeant que du pain, des légumes ou du  fromage pour donner plus de temps à sa passion pour les sciences ... ".

Heureusement, son ami d'enfance, Lalande, le grand astronome de l'époque,  réussit à le convaincre de venir à Paris. En 1764 Philibert y fait la connaissance d'une jeune servante, Jeanne Baret qu'il va amener à s'intéresser elle aussi à la botanique.   

Avec l'aide de Lalande, Philibert prendra, après mures réflexions,  le poste de  Docteur Naturaliste du Roy" pour accompagner le comte de Bougainville, célèbre navigateur,  dans un voyage autour du monde.

Le 26 octobre 1766, Philibert s'embarque sur l'"Etoile", un des deux bateaux de l'expédition pour rejoindre Bougainville  au Brésil. Il part avec son valet de chambre qui n'est autre que Jeanne Baret, travestie en homme.

L'expédition rejoint au Brésil Bougainville, qui est à bord de la célèbre "Boudeuse". La découverte de la flore tropicale est un grand moment pour Philibert  : "Dans le milieu de l'hiver, écrit il, les oranges, les bananes, les ananas succèdent sans cesse , les arbres ne perdent jamais leur verdure; dans les terres fertiles dans toutes sortes de jeu, le riz, le manioc, il offre la culture libre, délicieux subsistance de ses habitants ... Vous connaissez ma fureur de voir, au milieu de tous ces hostilités, malgré une énorme douleur de jambe, j'ai  osé  vingt fois avec mon domestique dans un petit canot, conduit par deux nègres, explorer un après l'autre les différentes côtes et les îles de la baie. "

Il découvre ainsi  "une plante merveilleuse avec de grandes fleurs d'un magnifique violet flamboyant" qui sera baptisée "Bougainvilliers en hommage au chef de l'expédition.

Après une escale d'un mois à Rio de Janeiro, les deux navires reprennent la mer mais vont sejourner quatre mois à Buenos Aires où Commerson et son "domestique" vont faire ample moisson de plantes tropicales.

Bougainville reprend la mer pour traverser le détroit de Magellan en Décembre 1767. Des incidents techniques obligent les bateaux à rester quelque temps en Terre de Feu et Commerson en profite pour reprendre ses quêtes botaniques. C'est là que se fait la rencontre avec les Patagons, des géants " extrêmement carrés pour leur taille avec une très grosse tête et  hauts de cinq pieds six pouces à cinq pieds et huit pouces" (en fait, pas beaucoup plus d'1mètre 70…)

Après avoir essuyé les rafales de vent glacial, la pluie et la neige du détroit de Magellan et ont pitié de la misère des Fuégiens peuples qui habitent la côte, si peu compatible avec le modèle de Rousseau de "sauvages"

Quand les navigateurs arrivent dans l'océan Pacifique, ils gardent l'espoir de découvrir le jardin d'Eden. Ils ne seront pas déçus par l'étape de Tahiti où ils font escale le 6 Avril 1768 : c'est pour les marins "la Nouvelle Cythère" et Bougainville fait ainsi le récit de leur arrivée : " Les premières pirogues chargées de femmes dénudées les abordèrent et il entra à bord une jeune fille qui vint [se placer] sur le gaillard d'arrière...La jeune fille laissa tomber négligemment un pagne qui la couvrait et parut aux yeux de tous telle que Vénus se fit voir au berger phrygien. Elle en avait la forme céleste…J'ai plusieurs fois été...me promener dans l'intérieur. Je me croyais transporté dans le jardin d’Éden...Un peuple nombreux y jouit des trésors que la nature verse à pleine mains sur lui. Nous trouvions des troupes d'hommes et de femmes assises à l'ombre des vergers; tous nous saluaient avec amitié...partout nous voyions régner l'hospitalité, le repos, une joie douce et toutes les apparences du bonheur"

De son côté, Commerson note "Cette Isle me parut telle, que je lui avais déjà appliqué le nom d'Utopie ou de fortunée...Le nom que je luis donnais convenait à un pays, le seul peut-être de la terre où habitent des hommes sans vices, sans préjugés, sans besoins, sans dissensions. Nés sous le plus beau ciel, nourris des fruits d'une terre qui est féconde sans culture, régis par des pères de famille plutôt que par les Rois, ils ne connaissent d'autre Dieu que l'amour ; tous les jours lui sont consacrés, toute l'île est son temple, toutes les femmes en sont les idoles, tous les hommes les adorateurs… La honte ni la pudeur n'exercent point leur tyrannie".

On ne pourra qu'évoquer ici le célèbre "Supplément au voyage de Cook", pièce de Jean Giraudoux dont la première eut lieu en 1935 avec Louis Jouvet dans le rôle du roi Otourou, Pierre Renoir, du  Lieutenant et Romain Bouquet, de "Mr Banks", le naturaliste de l'expédition.

A Tahiti, survient un incident pittoresque : Commerson était descendu à terre avec son "domestique" quand soudain ils furent entourés d'indigènes qui avaient reconnu la présence d'une femme et voulaient la voir de plus près…

Mais il faut bientôt repartir car l'expédition a perdu trop de temps  en Amérique du Sud, Bougainville renonça alors à se rendre en  en Chine et va faire escale dans les Molluques. Les voyageurs arrivent à Java bien accueillis par les  Hollandais qui ont installé là bas le siège de la Dutch East India Company

L'expédition repart et arrive à l'île Maurice, alors "Île de France", le 8 novembre 1768. Commerson retrouve un vieil ami, Pierre Poivre, devenu "Intendant des iles de France et de Bourbon". Une nouvelle espèces de palmier est découverte sur l'île et immédiatement baptisée Lodoicea callipyge, en raison, dit Commerson,  de "la ressemblance des fruits avec la partie postérieure de l'anatomie féminine".

Commerson explore ensuite  la grande île de Madagascar où "la nature semble avoir retiré comme un sanctuaire particulier de travailler sur d'autres modèles que ceux auxquels il est asservi dans d'autres pays" écrit-il

Sur le chemin du retour, le navire fait un arrêt forcé à l'île Bourbon (aujourd'hui La Réunion) pour réparer quelques avaries. Dans l'île, Commerson découvre un arbre qu'il dédie à sa fidele compagne en lui donnan t le nom de Baretia quivia. "Cette plante est dédiée à la jeune femme courageuse qui, prenant l'habit et le tempérament d'un homme, était curieux et audacieux de parcourir le monde, par terre et par mer ... Elle est la première femme à avoir fait le tour du monde, après avoir parcouru plus de quinze mille miles. Nous sommes redevables à l'héroïsme de tant de plantes jamais perçus jusque-là, tant de collections d'insectes et les crustacés, il serait impossible pour moi, comme celle de tout naturaliste, de ne pas lui l'hommage le plus profond en lui dédiant cette fleur ".

À l'île Bourbon Commerson va prendre part à une grande expédition au Piton de la Fournaise et peut ainsi observer le volcan en éruption

En février 1773, Commerson va revenir à l'île Maurice mais c'est pour y  mourir un mois plus tard veillé par sa fidèle Jeanne Baret. Il venait d'être élu membre de l'Académie des sciences.

Tout au long de sa vie, Philibert Commerson n'a jamais cessé de recueillir des plantes, établir des herbiers, pour décrire les insectes, les poissons et toutes sortes d'animaux des pays les plus lointains mais sa mort prématurée ne lui laissa pas le temps de publier ses travaux.

On voit cependant tout ce que les grands voyageurs du XVIIIème siècle, tels Philibert Commerson ont apporté à la Science . Il n'est que justice de rendre hommage ici à cette grande figure du Siècle des lumières.

 

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