Saga d'une famille de médecins cosmopolites, les Frank

LA SAGA D'UNE FAMILLE MEDICALE CELEBRE : LES FRANKES FRANK,

UNE FAMILLE DE GRANDS MEDECINS COSMOPOLITES DANS L'EUROPE DE 1800

André J. Fabre        Juin 2013 

La fin du XVIIIème siècle et les débuts de l'Empire ont vu apparaître un nouveau type de médecin : les  médecins cosmopolites.

La famille Frank en est un bel exemple et nous verrons le parcours trans- européens qu'ont fait à la fin du XVIIIème siècle deux membres de la même famille; oncle et neveu : Jean Pierre (1745-1821) et Louis (1861-1825)

Tous deux, nous le verrons, terminent en Autriche, à Vienne leur long périple en Europe 

LOUIS FRANK (1761-1825) UN MEDECIN DE BONAPARTE A VENISE 

Louis Frank avait commencé en 1780 ses études de médecine en Allemagne, à l'Université de Göttingen avant de les poursuivre en Italie, à Pavie. Particulièrement doué pour les langues étrangères, Louis avait très tôt appris, no seulement le français et l'allemand, ses langes maternelles mais encore l'italien, l'anglais, le néerlandais, le latin, et, comme c'était l'usage dans toutes les familles de médecins, le français

Une fois obtenu ses diplômes, à l'âge de 25 ans, Louis s'octroya un congé sabbatique pour explorer l'Italie. Il arrive à Milan en janvier 1797 juste à temps pour assister, en spectateur enthousiaste, à l'entrée des troupes françaises dans la ville. Fasciné par Bonaparte, qu'il avait à peine entrevu, il va tout faire pour tenter de rencontrer son idole mais c'est en vain et il doit se résigner à rentrer à Paris.

De retour en France, Louis chez qui s'était installée la passion des voyages, ne songe plus qu'à réaliser ses rêves d'enfant, et voir l'Orient mystérieux, Il part de nouveau en Italie mais, cette fois c'est pour s'embarquer pour l'Egypte.

 EN EGYPTE

 En automne 1797, Louis débarque à Alexandrie d'où il repart, sans plus tarder, pour le Caire. Après quelques jours passés à explorer les dédales obscurs de cette ville fascinante, Louis prend une felouque pour remonter le Nil jusqu'à Assouan.

Le destin en a décidé autrement : en Juillet 1798, Bonaparte envahit soudainement  l'Egypte à la tête de l'armée française : comme tous les étrangers résidant alors au Caire, Louis est arrêté et traîné en prison. Il n'en sortira qu'à l'annonce des premières victoires françaises. Louis prend aussitôt contact avec Vivant Denon, chef de la Mission scientifique française, qui lui fait enfin rencontrer son héros de Milan, le général Bonaparte. De cette entrevue, dont on sait peu de choses, il obtient le poste de médecin de l'hôpital militaire d'Alexandrie. Il  restera à ce poste jusqu'au départ des troupes françaises en 1801. 

LA TUNISIE

 Après l'Egypte, c'est la Tunisie : Louis, toujours entiché d'Orient, parvient à se faire nommer, dès son arrivée à Tunis, médecin du bey Hammouda Pacha[1]. La vie au palais n'était pas tous le jours facile car le Bey et son entourage faisaient preuve d'une arrogance brutale : un jour, au Bardo, un des gardes lui jette "Tu n'es qu'un chien de chrétien et, après tout, qu'est ce Bonaparte par rapport à notre sublime Bey...?"

Louis allait devoir supporter de telles épreuves encore cinq années avant de retourner en France mais il n'avait rien perdu de son amour pour l'Orient...

 EN ALBANIE

 En 1803 à peine revenu en France, Louis repart pour l'Orient, cette fois il s'est donné pour but la Grèce alors aux mains des Ottomans.

Au passage il s'arrête à Venise car c'était  la saison du Carnaval : "Les masques, les costumes, qui semblent défier l'éternité, les promenades en gondole la nuit à la lueur des lanternes et les musiciens donneurs de sérénades faisaient une atmosphère irréelle et envoûtante" écrit-il dans une de ses lettres..

Arrivé à Janina en Albanie en 1805, Louis tente, comme il faisait toujours, d'obtenir un poste de médecin auprès d'un haut dignitaire. Il lui faudra accepter la proposition de devenir médecin du tristement célèbre gouverneur de l'Epire,  Ali Pacha, connu pour ses atrocités, mais aussi son amitié étroite avec Lord Byron.

Le monde méditerranéen de cette époque vivait en vase clos et Louis Frank put rencontrer en Albanie, le célèbre consul de France, Charles de Pouqueville qui venait d'arriver en poste. Quand Ali Pacha tombe en disgrâce, il ne reste plus à Louis que regagner la France

 A CORFOU

 Louis ne reste à Paris que pour une courte période en 1810. Il ne lui faut pas longtemps pour repartir au Levant et ce sera comme médecin de l'hôpital de Corfou.

En effet, Corfou, occupé par la France depuis le traité de Campo-Formio était alors devenue département français, le Département du Corcyre.

Cependant, après 1815 et l'écroulement de l'Empire,  tout va changer dans les îles Ioniennes et  Corfou devient protectorat du Royaume-Uni :  il n'y avait pas d'autre choix pour Louis que rentrer en France

 DERNIER VOYAGE : L'AUTRICHE

 Une fois à Paris, Louis devait faire face à une situation politique des plus périlleuses : on était en 1815 et la seule route encore ouverte pour lui était d'aller rejoindre à Vienne son oncle Jean-Pierre dont nous allons voir l'histoire au chapitre suivant.

Arrivé là bas, Louis épouse une Autrichienne puis il tente de trouver, comme il l'avait toujours fait, un poste auprès d'un des Grands de ce monde : ce sera, en 1825, une fois encore grâce à son oncle, le poste de médecin de l'ex-impératrice Marie-Louise archiduchesse d'Autriche.

En 1817, grâce à l'appui de son oncle, il devient médecin-chef d'un hopital psychiatrique. Peu de temps après, il met en route un projet d'ouvrir une école de médecine mais il meurt en 1825 à Simmering; un des faubourgs de Vienne

La vie de Louis Frank a d'innombrables facettes, comme nous allons le voir, son oncle Jean-Pierre Frank. Sans conteste, Louis fut une figure emblématique du grand mouvement orientaliste qui a parcouru l'Europe entière au début du XIXème siècle. Il aurait pu dire ainsi que l'avait fait Lamartine "Je suis né Oriental et mourrai Oriental"...

 L'ONCLE DE LOUIS FRANK, JEAN-PIERRE  FRANK (1745-1821)

 Jean-Pierre (Johann Peter) Frank, est, tout comme son neveu, un personnage hors du commun. Grand voyageur tout comme Louis, il fut à la fois écrivain, musicien et médecin hygiéniste précurseur en matière de santé publique.

Il était né dans une famille à la fois allemande et française de  Rotalben près Zweibucken dans la vallée du Rhin. Il fit ses études dans l'école catholique de sa paroisse puis à  l'Ecole Piariste[2] de Rastadt et, en Lorraine, chez les Jésuites de Bockenheim. Il y montrair des dispositions très vives pour le chant et la musique.

En 1761, Jean-Pierre part étudier à Metz, puis à Pont-à-Mousson où il se consacre à l'étude de  la physique.

A 18 ans, toutefois; Jean-Pierre opte pour la médecine et part à la célèbre Ecole de médecine d'Heidelberg. Il y reste deux ans, mais va terminer  sa formation médicale à l'Université de Strasbourg alors en territoire allemand.

Une fois diplômé  Jean-Pierre part s'installer à Bitsch, en Lorraine où il restera deux années. Puis après vient Baden-Baden où il se fait une belle clientèle dans les milieux huppés de la déjà célèbre ville d'eaux de Forêt Noire.

La période qui suit sera marquée de drames : la mort de sa femme suivie quelques  mois plus tard de la mort de son enfant

Il est rapidement nommé directeur de l'Association des sages-femmes de Baden-Baden puis enquêteur sur une épidémie de typhus en Forêt Noire à Gernsbach par le tribunal de Rastadt. Peu après, il devient médecin de la ville de Bruschal près de Karlsruhe et de sa garnison.

L'année suivante, en 1773, il le prince-évêque de Speyer (le Spire des Français) qui s'intéresse aux idées de Frank, le fait son médecin personnel et le nomme professeur dans l'Ecole de sages-femmes qu'il vient de créer. Dès lors Jean-Pierre va se consacrer entièrement à ses travaux de santé publique.

Au cours de 1779, Jean-Pierreva publier son grand ouvrage encyclopédique en quatre volumes : "Pour une Politique de développement du système médical en Allemagne"[3]  considéré comme véritablement précurseur en matière de santé publique et de médecine sociale. Frank y propose un large éventail de mesures destinées à apporter les bases d'une vie meilleure "du berceau à la tombe" : hygiène conjugale, protection des femmes engagées dans le travail manuel, éducation des enfants et hygiène des écoles

Ainsi était créé en Allemagne un mouvement de réforme sanitaire qui  va réapparaître bien des années plus tard, en 1848 une crise politique, économique et sociale profonde.

À cette date, Jean-Pierre est sollicité par l'Université de Mayence pour y devenir  professeur de physiologie et de médecine préventive mais il choisit  d'accepter en 1784, le poste de professeur de médecine clinique à Göttingen avec la double charge des soins à donner aux malades hospitalisés et des cours en physiologie, pathologie et thérapeutique.

Après une année bien remplie à Göttingen, Frank souhaitait un poste qui lui permette de reprendre ses travaux sur la réforme nationale de santé: il a alors accepté de partir en poste en Italie  à la Faculté de Pavie en tant que Professeur en médecine clinique.

Jean-Pierre va rester  neuf ans à Pavie pendant lesquels il s'est employé à y réformer l'enseignement de la médecine, créant de nouvelles chaires professorales, améliorant l'enseignement des sages-femmes, créant un musée d'anatomie pathologique, un service de chirurgie et une Ecole de pharmacie. Son buste figure toujours en place d'honneur à  l'Université de Pavie.

Durant ses années à Pavie, Jean Pierre eut un élève mémorable Johann Baptist Malfatti, Edler von Monteregio baptized as Giovanni Domenico Antonio Malfatti  qui va le suivre ensuite à Vienne pour y devenir pendant 9 ans, de 1800 à 1809 Jean-Pierre le médecin personnel de Luwwig van Beethoven

A la même époque, Frank a publié le premier volume de son ouvrage sur la "Quintessence des maladies"[4] qui allait être objet de nombreuses rééditions et traduit dans plusieurs langues. Il a également publié un ensemble de notes sur divers cas cliniques ; au total, 12 volumes publiés entre 1785 et 1793.

En 1800, Jean-Pierre parvient au sommet de la pyramide médicale : il obtoent une chaire à l'Université de Vienne en même temps que le poste de  directeur de l'Hôpital général, le célèbre "Wiener Allgemeines Krankenhaus".

Là encore, sous son impulsion, des transformations profondes vont être mises en place : création d'un nouvel amphitheatre de médecine légale, ouverture d'un Musée d'anatomie pathologique, et agrandissement de l'Hopital général. Parmi ses étudiants, le jeune FriedrichMeckel promu à un grand avenir. Meckel

Les idées nouvelles trouvaient chez Jean-Pierre Frank un accueil favorable ; c'est ainsi qu'il se passionne en 1800, à la suite d'une épidémie de variole en Autriche, pour introduire le principe d'une vaccination inspirée des idées de Jennner.

Durant son séjour à Vienne, Jean-Pierre eut à faire face à quelques disensions avec ses collègues et en 1804  il quitte l'Autriche pour la Lithuanie om il lui était proposé un poste à l'Université de Vilius. Pendant 10 mois) il eut le temps de réorganiser la faculté de Médecine et de créer un cours de thérapeutique qu'il laissa à son fils Joseph qui l'avait accompagné.

Après la Lithuanie vient la Russie : en 1805 Jean-Pierre est appelé à Saint Petersbourg par le  tsar Alexandre Ier pour être son médecin personnel. Il va reser trois ans en Russie.

Quand Jean-Pierre  revient à Vienne en 1808 Napoléon le convoqua à Schönbrunn en 1809 pour lui proposer un poste à Paris, mais il  choisit de se  retirer à Fribourg pour termine le dernier volume de son oeuvre

Frank termine son parcours à Vienne il y mourra  mort en 1821. 

On voit que l'oncle n'eut rien à envier à son neveu ; tous deux furent de grands voyageurs, mais l'œuvre médicale de l'oncle eut une portée singulièrement supérieure...

 LE FILS DE JEAN-PIERRE FRANK ; JOSEPH (1771-1841)

 Reste un troisième personnage de la dynastie des Frank : Joseph Frank fils de Jean- Pierre, Médecin et compositeur,

Joseph Frank est né le 22 Octobre, 1771 à Rastadt . Il va sur les traces de son père à l'Université de Pavie a étudié la physique et de la médecine. Il devin très lié avec Alessandro Volta le découvreur de l'electricité.

En 1796 il devient médecin de l'Hopital Général de Vienne,

En o 1804, il accompagne son père en Lithuanie et en 1805  fut nommé Professeur de Clinique thérapeutique. Il va créer à  Vilnius un musée d'Anatomie pathologique.

 En 1808 il crée à Vilius  l'un des premiers institut de vaccinations en Europe et en 1809 un institut de la Maternité.

En 1829, il revient vivre en Italie ; il s'installe sur le lac de Côme dans la magnifique  villa Gallietta de Borgo Vico qu'il fit magnifiquement restauere par un architecte célèbre de 'époque Melchiore Nosetti . C'est là qu'il rédige son œuvre majeure  "Préceptes  de la médecine universelle"[5] . Il a laissé aux populations le souvenir de réceptions fastueuses données dans la villa mais aussi du médecin des pauvres toujours prêt à soigner les indigents...

Il mourut dans sa villa du lac de Côme en 1842 : il avait laissé une somme importante pour la construction d'une pyramide destinée à perpétuer son souvenir. Le monument est encore là, haut de 20 mètres et large de 13. A l'intérieur une plaque où est inscrit : "A tous ceux qui passent ce seuil, un souhaite la paix d'un homme qui était le plus humain parmi tous es êtres"

Joseph Frank avec sa femme Kristin Gerhardy, soprano de talent et admiratrice enthousiaste des compositions de Beethoven prit une part active dans la vie culturelle de la ville et organisa de fréquentes soirées musicales en l'honneur de Beethoven.

Le souvenir de Joseph Frank était parvenu, peut être par l'intermédiaire de Mme Hanska, à Honoré de Balzac : il a été dit que le Dr Benassis, le héro   du "Médecin de campagne", aux idées politiques et sociales "avancées"  . n'était autre que le médecin du lac de  Come...

a.fabre.fl@gmail.com

 

Notes


[1] Hammouda Pacha (1759- 1814) descendant de la dynastie des Husseinites, fut bey de Tunis de 1782 à sa mort

[2] Les Piaristes appartiennent à l'ordre des frères des écoles pies, fondé en 1597 par le prêtre espagnol saint Joseph Calasanz.

[3] Johann Peter Frank ; " System einer vollständigen medizinischen Polizey."(Ed. Nabu Press, Charleston, 2012)

[4] Johannes Peter Frank " De curandis hominum morbis epitome".."(Ed. Nabu Press, Charleston, 2011)

[5] Joseph Frank, " Praxeos médecine universae Praecepta"

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Date de dernière mise à jour : 30/07/2013

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