Hildegaard de Bingen

SAINTE HILDEGARDE DE BINGEN (1098-1199): MEDECIN ET FEMME DE L’AN MIL

André J. Fabre                     Octobre 2012           

Sainte Hildegarde de Bingen[1] porte plusieurs noms : en allemand, c’est Hildegarde von Bingen, en latin, Bingensis Hildegardeis mais, pour l’Histoire, elle est restée "La Sibylle du Rhin". Ce fut une grande mystique, abbesse bénédictine, musicienne mais aussi, bien avant l’ère des diplômes, un médecin.

 Enfance et jeunesse d'une Sainte

 Hildegarde était née d’une famille de la haute noblesse, les Bermersheim, qui eut huit enfants : l’aîné, resta laïc mais un fils devint prêtre chanoine en Sarre et un autre, maître de chapelle à Mayence.

A l’âge de 14 ans, Hildegarde entre au couvent de Disibodenberg, dans le Palatinat, couvent fondé à la fin de l'Empire romain&&& par un Saint venu d’Irlande. Elle y est confiée à une religieuse mystique, Jutta de Sponheim, la supérieure du couvent. Un an plus tard, à quinze ans, Hildegarde prononce ses vœux temporaires et, à la mort de Jutta c’est elle qui va devenir mère spirituelle de la communauté.. Peu après, elle prononce des vœux perpétuels et reçoit le voile monastique des mains de l’évêque de Bamberg..

 Abbesse au Palatinat

 A 38 ans Hildegarde devient l'abbesse de son couvent.Au cours d'une vision mystique, elle reçoit de Dieu l’ordre de devenir musicienne : c’est ainsi qu'elle va composer un premier hymne qui va traverser les âges le "Scivias" : "Connais les voies de Dieu"

En 1150, Hildegarde, à la suite de dissensions internes au couvent, part s’installer avec vingt de ses nonnes au Rupertsberg près de Bingen, la ville à qui, plus tard, on va donner son nom.

Elle entretient desormais une correspondance régulière avec les grands personnages de son époque,, prodiguant enseignements et conseils,. Ainsi, est-elle reçue, en 1163, par l’empereur Frédéric Ier de Hohenstaufen, dit Barberousse qui avait installéprès du couvent, à Ingelheim son armée et sa cour[2]. Le sujet et le détail de cette entrevue n’est pas parvenu jusqu'à nous mais on sait que l’empereur accueillit Hildegarde avecla plus grande déférence.

A présent, la renommée d’Hildegarde s'étendait à toute la région. Le monastère manquait de place pour accueillir les vocations qi se faisiaent de plus en plus nombreuses.. C’est pourquoi Hildegarde va créer en 1165, à Eibingen, dans le Limburg, un autre couvent qu'elle vient visiter chaque semaine. Il lui fallait, pour cela, prendre un bateau surle Rhin et c'est au cours d'un de ces voyages qu’elle aurait, selon la légende, miraculeusement rendu la vue à un enfant aveugle en aspergeant ses yeux de l'eau du fleuve.

 Une musicienne au couvent

 Hildegarde a été un des grands compositeurs du Moyen Age : nombre de ses compositions nous sont parvenues parmi lesquelles La Lecture des Vertus, un "mystère" médiéval relatant le combat livré par l’Ame lorsqu'elle est déchirée entre les Vertus et le Démon.

Plusieurs des chants lithurgiques écrits par Hildegarde ont été conservés en particulier un cycle lithurgique appelé Symphonie de l'harmonie des révélations célestes

L’écrivain mystique

 Hildegarde a également été un grand écrivain. Nombre de ses manuscrits ont traversé les âges, ainsi, trois livres mystiques : : "Connaître le chemin", "Le Livre de la vie" et " Le Livre des œuvres divines". Elle rendait compte de ses visions dans un style graphique très personnel, où l'Univers est schématisé sous forme de cercles et de carrés.

Les textes qu'écrivit Hildegarde sur la Trinité furent repris, bien des années plus tard, Dante qui s'en inspira en écrivant sa "Divine Comédie"

Cependant, Hildegarde a toujours témoigné, tout au long de sa vie, se son intérêt pout les Sciences naturelles telles que l’entendaient les Anciens : ainsi, Cause et Cure, traitant du monde animal, minéral ou végétal ainsi que le Cosmos.

 Un médecin femme à l’aube du Moyen Age

 

Les maladies de même que les soins à donner aux malades ont été l’objet de bien des réflexions pour Hildegarde. Dans nombre de ses Traités, cette femme medievale témoigne d'une connaissance étendue des médications végétales auxquelles son époque avait donné le nom de "simples".

Ainsi, parmi bien d’autres exemples, le chapitre relatif à l'utilisation de la tanaisie (le Tanacetum vulgare des botanistes) dans le traitement des catarrhes bronchiques et des helminthiases, que ne démentirait pas la pharmacopée moderne.

Hildegarde restait toujpurs très attentive aux enseignements des Anciens guidant le choix d'une prescription par la notion de "qualité".. Ce mot reste difficile à comprendre de nos jours : il faut, avant tout, y voir un abord "analogique" des médications là où nous n’acceptons qu’une appréciation "quantitative" de leurs effets

Au terme de ses réflexions sur la thérapeutique, arrive un constat : "Dieu seul peut apporter la guérison".

En effet, avant toute chose, Hildegarde ne pensait, en faisant partager aux autres l'étendue de son savoir, qu'à l’éducation et à l’élévation morale de ses religieuses..

Elle aimait à leur rappeler ses convictions sur la nature de la condition féminine : "La femme peut être faite de l’homme, mais aucun homme ne peut se faire sans une femme". Elle ne manquait jamais d'ajoutert: "Dieu peut unir l’homme à la femme, de façon à ce que le fort s’unisse au faible et que chacun puisse réconforter l’autre". 

La destinée posthume d’Hildegarde de Bingen

 C'est entourée de ses nonnes que mourut Hildegarde, le 17 septembre 1178.. Sa vie, à l'image de ses visions mystiques, avait toujours été vouée à la lumière et une lueur radieuse, à ce qu'on assure, apparut dans le ciel au moment de sa mort..Elle fut canonisée en 1243 Sainte Hildegarde de Bingen. 

Un film tourné récemment en Allemagne[3], résume la vie d'Hildegarde de Bingen aux combats menés par une femme dans un monde dominé par les hommes.: ne faut il pas plutôt y voir, comme nous l’a montré la grande historienne Régine Pernoud[4], la "conscience inspirée du XIIème siècle" ?

a.fabre.fl@gmail.com

Notes

[1] Voir, de Christine Büchner : Hildegard von Bingen : eine Lebensgeschichte, Frankfurt am Main  Leipzig : Insel-Verl., 2009

[2] Barberousse et sa cour

[3] Vision_Aus dem Leben der Hildegard von Bingen (2009), film réalisé par Margarethe von Trotta avec Barbara Sukowa dans le rôle d'Hildegarde

[4] Régine Pernoud, Hildegarde de Bingen, Paris, Éditions du Rocher, 1995

Ajouter un commentaire

Vous utilisez un logiciel de type AdBlock, qui bloque le service de captchas publicitaires utilisé sur ce site. Pour pouvoir envoyer votre message, désactivez Adblock.

Date de dernière mise à jour : 29/07/2013

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site