Samuel Pozzi, chirurgien flamboyant

SAMUEL POZZI (1846-1918), CHIRURGIEN FLAMBOYANT

 

André J. Fabre                                         Aout 2012

 

 Le personnage de Samuel Pozzi  (1846-1918) reste, un siècle après sa mort, une figure fascinante. Personnage hors du commun, il fut un chirurgien brillant dont la carrière a été célébrée dans le monde entier mais aussi, dans tous les domaines, une personnalité hors du commun.

Cette carrière fulgurante s'annonçait déjà dans  le célèbre portrait fait par Sargent en 1881 où Pozzi à peine âgé de 35 ans apparaît, vêtu d'une ample robe de chambre pourpre : attirail du séducteur ou toge triomphale d'empereur romain.

A vrai dire, la question est restée jusqu''ici sans réponse, malgré toutes les biographies qui lui ont été consacrées :  qui était variablement Samuel Pozzi ?

 Ses origines : une famille de protestants venus d'Italie en Suisse

 Disons le tout de suite, il s'agir d'une famille de surdoués...

Les origines familiales[1] se situent en Italie mais une branche ayant émigre en Suisse prit attache dans le Pays de Vaud en se convertissant au protestantisme.

Le père, Benjamin Dominique Pozzy (Pozzi modifia le nom pour l'italianiser...) était pasteur de l'église Reformée de France.

La mère, Inés Escot-Meson, venait, elle aussi d'une famille protestante. Elle mourut très jeune de tuberculose alors que Samuel avait tout juste dix ans.

Le père se remaria avec une Anglaise, Mary Anne Kempe et c'est ainsi que Samuel apprit très tôt à parler anglais avec aisance.

 Premières années d'études

 Elève  à Pau puis à Bordeaux, Samuel accumule depuis le plus jeune âge les succès scolaires. Son charme était déjà là : ses condisciples l'avaient; d'après un de ses biographes,  surnommé "l'Enjôleur" (ou la  "Sirène"???)

En 1864, Samuel passe brillamment son baccalauréat à Bordeaux et part à Paris entreprendre des études de médecine. On peut penser qu'il y avait là les traces de l'épreuve qu'il avait dû affronter avec la maladie de sa mère...

 Une magnifique carrière de chirurgien

 En 1869 Samuel à Paris pour y faire des études de médecine. Il va y rencontrer tous les succès : nommé préparateur d'anatomie alors qu'il n'était qu'étudiant, externe des hôpitaux en 1866, interne en 1868, il devient l'élève préféré de Broca, obtenant à 26 ans la médaille d'or de l'Internat.

En 1871, Samuel retient sa place pour 1872 à l'hôpital de la Pitié (alors situé rue Lacépède ...)dans le Service de Paul Broca

Samuel passe sa thèse de Doctorat en présentant  un travail sur les fistules du rectum et, en 1875, obtient l'agrégation avec une thèse sur le traitement chirurgical du fibrome utérin et devient chirurgien des hôpitaux en 1877..

La carrière chirurgicale de Samuel il avait commencé très tôt, au moment de la guerre 1870 : engagé comme volontaire, il trouve au front sa vocation de chirurgien et prend tout particulièrement  intérêt aux problèmes des infections postopératoires.

Après la guerre, en 1876 Pozzi, intéressé depuis son enfance  au monde anglo-saxon, se rend en Ecosse pour assister au Congrès de la BMA (British Médical Association) . C'est là qu'il rencontre Joseph Lister qui menait alors une bataille acharnée pour faire accepter ses idées sur l'asepsie chirurgicale. A son retour en France, Pozzi va mettre en pratique le "Listerisme" à l'hôpital aussi bien que dans sa pratique privée : il avait pu, en effet, après son mariage avec une riche héritière de Lyon, Thérèse Loth-Cazalis, fille de Claude André Camille Loth, et de Marie Félicie Cazalis, parente d'un chirurgien clebre de Lyon, poète à ses heures le  docteur Henri Cazalis (1840-1909)".

Le couple va s'installer dans un des plus élégants quartiers de Paris, place Vendôme.

En 1883, Pozzi devient chef de service à l'Hôpital de Lourcine-Pascal, le futur Hôpital Broca. Il va y créer un service de gynécologie dans des conditions qui méritent d'être relatées : il existait dans le jardin de l'hôpital deux baraquements qui avaient servi d'isolement lors d'une épidémie récente de fièvre typhoïde. Pozzi les fit aménager, y installa  une salle d'opération et obtint deux postes d'internes pour y créer le premier service de Chirurgie gynécologique en France.

Il devient  pionnier de la chirurgie abdominale réalisant dès 1889, une gastro-entérostomie puis la suture de la vessie sur taille sus-pubienne, la cholédocotomie et même un essai de chirurgie hépatique mais c'est surtout la chirurgie gynécologique qui va faire sa célébrité.

Il devient en 1911 le premier titulaire de la chaire de clinique gynécologique, s'intéressant particulièrement aux malformations congénitales. Ardent partisan de la chirurgie conservatrice, Pozzi militait contre le recours, si fréquent de son temps, à l'ablation systématique de l'utérus et des ovaires.

En 1897, il fonda la Revue de gynécologie et de chirurgie abdominale. Son Traité de gynécologie clinique et opératoire publié en 1890 et  traduit en cinq langues est resté l'ouvrage de référence dans ce domaine durant toutes  les années d'avant-guerre. Il fit de l'hôpital Broca un centre chirurgical de renommée mondiale.

Au début de la Première Guerre mondiale, Pozzi, reprit du service malgré son âge pour diriger le soin des blessés à l'hôpital de la rue Lhomond et à l'hôtel Astoria.

Grand précurseur dans le domaine de l'asepsie chirurgical, il va, le premier, mettre en application les travaux de Lister et d'Alexis Carrel dans le domaine de la traumatologie de guerre.

En 1896, Pozzi est élu membre de l'Académie de médecine. Il s'intéressait à tous les domaines de la médecine ayant commencé à étudier la neurologie avec Broca il s'était ensuite passionné pour l'anthropologie et le traitement des carcinomes cutanés par fulguration électrique. Il se spécialisa au cours de sa longue carrière non seulement dans l'abord chirurgical des anomalies congénitales et de l'hermaphrodismes mais aussi dans la prise en charge psychologue des intersexués.

 L'ami des artistes

 Par des amis communs, Samuel avait très tôt rencontré Mounet-Sully et par lui Sarah Bernard de qui il resta longtemps très proche : pour Sarah, il était tout simplement 'Docteur Dieu mais pour Samuel, Sarah était "la divine "...

Henriette Rosinne BERNARD dite Sarah BERNHARDT (1844 – 1923) Parmi ses multiples conquêtes, Sarah épousa un aristocrate grec, Jacques Ambroise Aristide RAMALA en 1882. Son mariage ne dura qu'une année. Son grand amour de sa vie fut son fils Maurice, né le 22 décembre 1864.

Samuel et Sarah connurent un amour exemplaire. Quelques missives en témoignent. En 1898, Samuel opère Sarah d'un kyste de l'ovaire de la grosseur d'une tête d'enfant de 14 ans ! Elle effectuera sa convalescence dans sa propriété de Belle-Ile-en-Mer, à la pointe des Poulains.

Son « Docteur-Dieu » supervisera l'amputation réalisée le 22 février 1915 par le chirurgien Maurice DENUCE à Bordeaux pour juguler la progression de la tuberculose ostéo-articulaire de son genoux droit.

Enfin, au mois de mars 1917 une nième crise de pyélonéphrite gauche la terrasse lors d'une tournée aux Etats- Unis. Le Dr BUEGER du Rockefeller Institut (cher à Alexis CARREL), puis le chirurgien BREWER du Mount Sinaï Hospital réalisent une néphrotomie, évacuent plus de 200 ml de pus et un calcul de la grosseur d'une noix qui obstruait l'uretère.

 Pozzi était intime avec Sarah : durant la guerre de 1870 Sarah l'avait aidé à installer un service de premiers soins à l'Odéon il devint son chirurgien personnel : l'opérant (non sans quelques risques) d'un très volumineux kyste de l'ovaire en 1898. Il existe une longue lettre très émouvante, sujet datée du 20 février 1898, adressée  par Pozzi à Robert de Montesquiou sur ce sujet.

Par la suite, Pozzi dut à nouveau intervenir sur  Sarah qui souffrait d'une osteoarthrite invalidante du genou droit, et, à la demande expresse de la malade, se résolut à l'amputation : il existe toute une "saga" sur Sarah devenue la plus célèbre unijambiste de l'époque.

On a prêté à Pozzi bien des conquêtes féminines (on ne prête qu'aux riches...) : la cantatrice  Georgette Leblanc, la grande actrice Réjane et, last but not least,  l'extraordinaire Geneviève Straus, veuve de Bizet, fille d'Halévy, mère du grand ami de Marcel Proust et égérie de Charles Haas.

Le grand amour de Pozzi fut, non pas son épouse qui s'était très tôt à vivre dans l'ombre, mais Emma Fischhof, fille d'un marchand de tableaux célèbre, qui  partagea sa vie jusqu'à la fin

Le souvenir du grand séducteur que fut Samuel est très bien rendu par la préface que fit au livre de Vanderpooten sur Pozzi, son petit-fils... Claude Bourdet : "Un jour, juste avant la Première Guerre mondiale, je sortais de l'immeuble où mon grand-père a vécu et où il avait ses salles de consultation, sur l'avenue d'Iéna. Il y avait une  voiture qui descendait l'avenue et il me semblait être une voiture électrique car j'étais, je me souviens, frappé par le fait que je n'y avais pas vu un cheval. J'avais quatre ou cinq ans, il ya si longtemps que je ne peux pas être sûr d'impressions réelles à ce moment-là. Mais ce que je suis sûr, c'est que mon grand-père, que nous n'avions pas trouvé à la maison, sauta hors de la voiture et me prit dans ses bras tendrement, comme il l'a toujours fait. Ma gouvernante restée sur le trottoir nous regardait. Puis mon grand-père m'a jeté, ni plus ni moins, dans la voiture où je disparus dans une montagne de soie et de plumes qui me couvrit de baisers.

Mes souvenirs de cet événement sont absolument agréables, mais il n'y avait plus à venir. Mon grand-père me reprit dans ses bras  et m'a redonné à ma gouvernante, en  prononçant ces paroles que je n'ai jamais oubliées, probablement parce qu'on me les a répétées une centaine de fois depuis: "Tu viens d'embrasser Mme Sarah Bernhardt"

À l'époque, cela ne faisait aucune impression sur moi. Mais plus tard, quand j'ai entendu parler de la relation entre Sarah et mon grand-père, et encore plus tard, quand je lis les lettres étonnantes dans laquelle elle l'appelait "Docteur Dieu", disais à mes camarades, non sans une certaine satisfaction, que moi, aussi, j'avais connu Sarah Bernhardt."

 Le mondain de place Vendôme

 Pozzi connaissait à merveille le "Tout Paris" . Robert de Montesquou était un de ses meilleurs amis mais il était aussi familier des Proust, non seulement du père, le Pr. Adrien Proust, devenu épidémiologiste en renom mais aussi de son fils Robert, qui fut son élève à Broca et de son célébrissime frère, Marcel, à qui il procura en 1914 la dispense lui évitant d'être envoyé au front.

Samuel était membre du célèbre Club des Mirlitons, qui se tenait, à l'emplacement de l'actuelle ambassade des Etats Unis, sous la présidence du très médiatique  marquis de Massa.

Pozzi était assidu  des réceptions mondaines et des salons les plus élégants et par là fréquentait toute la haute société parisienne. Il a ainsi côtoyé tous les grands noms de la littérature de cette  époque, d'Edmond Rostand, qui avait été son malade à Anatole France, de Maupassant à Dumas fils. Il avait bien connu Théophile Gauthier. Paul Valery qui eut une longue histoire d'amour avec la fille de Samuel, Catherine, venait souvent à la propriété familiale de Dordogne, à Graulet

 Un grand voyageur

 Ce qui est le plus remarquable chez Samuel Pozzi, est son appétit inlassable pour tout ce qui venait de l'étranger et, bien entendu, les voyages. 

Dès 1874 Samuel publie une traduction du livre de Charles Darwin's Expressions of Emotion in Humans and Animals.

In 1876 il était allé en Ecosse à l'occasion d'un congrès et put ainsi  rendre visite au précurseur de l'asepsie,  Lister

Samuel a tenu à visiter lui même  plusieurs services chirurgicaux d'Autriche, d'Allemagnet d'Angleterre et même du Liban.

L'Outre Atlantique le fascinait tout particulièrement : il s'est rendu au Canada en 1904 pour le Congres des médecins langue française d'Amérique du Nord  et avait visité les Etats Unis en 1893, lors de la célèbre Exposition de Chicago

En 1904 il revient aux Etats Unis : il rencontre Halsted et Howard Kelly à Baltimore, Webster à Chicago et, les frères Mayo à leur célèbre clinique de Rochester.

Il ramena  de ses visites l'idée d'installer dans chaque grand hôpital un Ecole d'infirmières et des comités locaux de parrainage hospitalier.

En 1904, Pozzi se rend au Canada et y rencontre Alexis Carrel dont les travaux sur la transplantation d'organes avaient depuis longtemps retenu toute son attention. La suite en sera, en 1913,  l'organisation à Paris d'un  symposium sur ce sujet, en coopération avec un autre médecin... Georges Clemenceau

Son voyage au Brésil en 1911 est resté mémorable du fait du grand succès qui l'attendait là bas.

Samuel Pozzi fit également un voyage à Beyrouth dont le journal de sa fille Catherine fait mention.

Pozzi resta cependant fidèle toute sa vie à la Dordogne et au domaine qu'il avait là-bas, à Saint Aubin de Lanquais, commune de 200 habitants, située  près de Saint Nexans. Cette propriété reste encore de nos jours en son état d'origine, grâce à son dernier propriétaire, Moïse Labonne, premier adjoint de la commune, faisant fonction de maire (voir le site http://alain.bugnicourt.free.fr/cyberbiologie/bioramapub/pozziaubin.pdf)

 Un expert en Antiquités

 Pozzi était un amateur éclairé d'art et collectionneur de tanagras, les anciennes statuettes athéniennes de terre cuite. Il était aussi  un numismate et possédait une collection remarquable de monnaies anciennes.

 Une carrière politique brillante

 Samuel fut de 1900 à 1904 conseiller municipal et maire de Saint Aubin de Lanquais puis, entre 1894 et 1911, conseiller général d'Issigac

En 1898 à 1903 Samuel  avait été élu sénateur de Dordogne. Il fut à l'origine de plusieurs réformes importantes dans l'enseignement et notamment concernant le baccalauréat.

Affichant des convictions clairement opposées à l'antisémitisme qui régnait alors partout en France, il vint apporter son soutien aux cotes de Clemenceau et d'Emile Zola au capitaine Dreyfus. En 1899 Pozzi fut représentant du Sénat au second procès Dreyfus à Rennes et, en 1909, lors du transfert au Panthéon du corps de Zola, Pozzi sauva la vie d'Alfred Dreyfus en s'interposant à lui alors qu'un fanatique  avait ouvert le feu

 Une mort tragiquement absurde

 C'est par un drame que s'achève cette destinée d'exception : le 13 juin 1918 Maurice Machu qui accusait Pozzi de l'avoir rendu impuissant à la suite d'une intervention sur son varicocèle, vint l'assassine dans son appartement de la place Vendôme de quatre balles dans l'abdomen avant de se suicider.

Transporté dans un hôtel proche, Pozzi, déjà mourant, fut  opéré par son élève Thierry de Martel[2]. Samuel avait refusé l'anesthésie générale pour pouvoir diriger l'intervention mais entra peu à peu en coma et mourut sur la table opératoire. Le corps, après une cérémonie grandiose où assistaient des milliers de spectateurs fut transporté à Bergerac pour être enterré, revêtu, selon ses dernières volontés de son uniforme, à Bergerac, au cimetière du Pont Saint Jean.

Son éloge fut prononcé par le Pr. Faure

Voici la lettre qu''adressa Marcel Proust, au lendemain de l'assassinat de Pozzi, à Mme Straus, qui faisait partie du cercle des intimes de Samuel Pozzi : :

"J'ai depuis bien connu Pozzi qui venait souvent dîner à la maison quand j'avais quinze ans et mon premier dîner en société a été chez lui, été place Vendôme.

En ce moment, plus que la douleur, je ressens la singularité effrayante de ce drame qui m'a fait penser au ravage de ces villes détruites pendant la guerre comme Soissons... je pense à sa bonté, à sa générosité, à son talent, à sa beauté et puis à mon frère qui aimait et vénérait Pozzi.

J'ai écrit une longue lettre à son fils mais, quant à sa femme, ne sachant pas quelles étaient leurs relations, vous savez que je n'ai jamais aimé les ragots et les potins sur un sujet aussi sensible que la mort. Donc, je n'arrive pas à me décider comment il me faut agir avec elle dans ce domaine

 (Extrait d'une lettre à Madame Straus, de 14 ou 15 Juin, 1918)

 Une famille hors du commun...

 Thérèse Loth-Cazalis, épouse de Pozzi était fille d'un chirurgien connu de Lyon, poète à ses heures le   docteur Henri *Cazalis (1840-1909), qui, sous le nom de Jean Lahor, a publié d'excellents vers inspirés par la philosophie de l'Orient. Après un coup de foudre réciproque suivi d'une relation passionnelle durant 18 mois, le couple Thérèse Loth-Cazalis/Pozzi connait des difficultés croissantes. Mais Thérèse refusera le divorce malgré les frasques de Samuel. Elle est inhumée à Bergerac, au cimetière catholique Beauferrier, en compagnie de sa fille Catherine.

 Le frère de Samuel, James Adrien Pozzi devint un homme politique célèbre. Il fit ses études à la Faculté de Paris et s’installe à Reims en 1888 après un brillant concours où il a pour concurrent le docteur Eugène Doyen. Professeur à l’École de médecine de Reims dès 1889, il devint conseiller municipal en 1896, premier adjoint au maire en 1900, élu maire en mai 1904 et le resta jusqu’en 1908. Député en 1906, il fut directeur de l’École de médecine du 1er novembre 1919 au 31 octobre 1922. Il quitte Reims en 1924, et remplace pendant un certain temps, dans ses services, son frère aîné,

Le fils cadet de Samuel : Jean fit une belle carrière dans la  diplomatie[3] Jean est né à Paris, 10, Place Vendôme. Il fut mis au monde par ... son père, le Dr Adolphe PINARD (1844 - 1934) étant en retard ! Ce fils aîné de Samuel et Thérèse fut «la réussite» de la fratrie. A l'instar du seul fils du célèbre Louis Pasteur, Jean fut « attaché d'Ambassade » dans différents pays et villes, de 1907 à 1942. Bien-né, séducteur ... il fut le digne fils de Samuel. Sa liaison avec Sabine Carolus-Duran ( la fille du maître de stage de John Singer Sargent, le célèbre portraitiste américain qui immortalisa Samuel POZZI dans un tableau non moins célèbre ... voir BG- John SARGENT) se termina par un duel car Sabine lui préfera son beau-frère André Bourdet. Jean s'assagit et se maria à 52 ans. Puis à l'image de son père, il retourna dans son Périgord ancestral ou il administra la petite commune de cours-de-Pile, près de Bergerac. Il repose dans un lieu-dit voisin « La Conne », règnant sur un cimetière-écrin ceinturant une modeste chapelle.

Jacques (1896-1980 ?) était le fils aîné des Pozzi :  Le sort s'acharna sur la vie du pauvre Jacques qui fut encore plus tragique que celle de son aînée Catherine. Choyé par sa mère et sa soeur, vers l'âge de 10 ans, le cher Jacques devint le « frère fou », atteint de manie paranoïaque. Il erra d'asile en asile (Vanves, St-Germain, Suresnes) puis en Suisse (Nyon près de Lausanne chez le Dr Forel, Malevoz près Monthey chez le Dr Repond). * Comme le chirurgien Aimé Guinard assassiné par un de ses anciens opérés (l'espagnol Herroro), le 13 juin 1911. Ce meurtrier l'a abattu d'une balle de révolver dans l'abdomen, sur le parvis de Notre-Dame de Paris alors qu'il sortait de son service de l'Hôtel-Dieu.

 Samuel et Thérèse eurent une fille, Catherine, qui épousa l'auteur et directeur de théâtre Edouard Bourdet. Ils eurent un fils qui a fait son chemin dans la vie, Claude Bourdet.

Catherine avait tout reçu de naissance, fortune et beauté mais son échec fut qu''elle ne put choisir  le même métier que son père : Samuel ne voulait pas d'une fille médecin... Elle eut, avec Paul Valery une longue et déchirante histoire d'amour. Il ne luit restait, durant sa très courte vie qu'à devenir, elle aussi, poète et elle a laissé une œuvre brève mais fascinante (comme sa vie). Voici un de ses poèmes, Ave :

Très haut amour, s'il se peut que je meure

Sans avoir su d'où je vous possédais,

En quel soleil était votre demeure

En quel passé votre temps, en quelle heure

     Je vous aimais,

Très haut amour qui passez la mémoire,

Feu sans foyer dont j'ai fait tout mon jour,

En quel destin vous traciez mon histoire,

En quel sommeil se voyait votre gloire,

     O mon séjour...

Quand je serai pour moi-même perdue

Et divisée à l'abîme infini,

Infiniment, quand je serai rompue,

Quand le présent dont je suis revêtue

     Aura trahi,

Par l'univers en mille corps brisée,

De mille instants non rassemblés encor,

De cendre aux cieux jusqu'au néant vannée,

Vous referez pour une étrange année

     Un seul trésor

Vous referez mon nom et mon image

De mille corps emportés par le jour,

Vive unité sans nom et sans visage,

Cœur de l'esprit, ô centre du mirage

     Très haut amour.

15 juin 1918

24 heures d'épouvante, de refus; le monde tourne dans ma tête comme une chose grotesque en folie.

Une vie entière qui avait vaincu l'heimarméné . Rien que de l'harmonie, rien que la vivante beauté du bonheur et des pensées. Puis la revanche de l'imbécillité sinistre. Le royaume de l'esprit est donc à jamais le plus faible. Et pendant ce temps, la France qu'on écrase: quatre ans de surhumain courage, pour ça! A quoi bon la vertu de cinq cent mille hommes sans terre, à quoi bon la longue patience, le long effort, à quoi bon la vertu du pays, à quoi bon la longue vie lumineuse de mon père, puisque pour la multitude sacrifiée, puisque pour lui, c'est la mécanique idiote du destin qui termine et brise?

Hier soir, un appel misérable vers Dieu, vers un Dieu impossible ici, vers la liberté et la logique sereines que tout dément. Lettre à G .M. pour le prier de m'envoyer Monseigneur de Cabrières. Aujourd'hui, sécheresse, refus de G.M. .pour qui je ne suis pas en état de grâce, qui m'empêche de fuir vers le dogme... Envahissement progressif du rythme heureux, effacement synchronique de l'incohérence. La mort vaine et illogique, ça veut dire que l'esprit ne peut pas persévérer ici. Monseigneur de Cabrières, en vérité, vous étiez donc inutile.

Papa, admirable, étonnant Papa, qui es dans l'univers légendaire comme un prince de fées, comme un triomphateur, toi dont le nom seul était sésame, toi devant qui le provincial, l'étranger, le génie ou la femme, le savant ou l'artiste étaient élèves ou conquêtes, qui annexais les âmes à ton soleil, de Buenos Aires à New York et de Beyrouth à Edimbourg, tu as réussi devant mes yeux de bébé, d'enfant, de femme, de mourante, la lutte pour laquelle il me semble que seulement j'ai intelligence; tu as mille fois et mille fois encore, plié le hideux hasard. Rien autour de toi qui ne devienne esprit et cohérence, rien en toi qui ne soit grâce souple, sourire, bonté, beauté, succès, bonheur. Tu n'as rien touché que tu ne rendisses vivant. Tu riais en disant: "Penser, panser" Tu as guéri, compris. Tu ne croyais pas en Dieu et tu dispersais sa puissance.

Déjà enfermée par le poids des causes inertes, déjà bloquée pour tous les chemins du présent par le terrestre parfum à qui je crache sur la gueule, je m'agenouille devant toi, mon père et maître reconnu.

 Un livre pour comprendre cet être d'exception : son Journal de jeunesse 1893-1096.

 S'il faut résumer d'un mot le destin de la famille Pozzi : c'est une tragédie d'Eschyle dans un décor de la Belle Epoque

 

a.fabre.fl@gmail.com

 

Notes

 

[1] Un arbre généalogique complet figure sur le site Internet de la famille Pozzi

[2] Thierry de Martel allait lui aussi connaître un destin glorieux terminé dans la tragédie : à l'arrivée des treoupes allemandes à Paris, il mit fin à ses jours le 14 juin 1940

 

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Date de dernière mise à jour : 14/10/2014

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