Theodor Tronchin, un medecin de l'ame au XVIIIeme siecle

THEODOR TRONCHIN

 

UN MEDECIN DE L’AME AU XVIIIEME SIECLE

 

Octobre 2012                    André J. Fabre                 

Théodor Tronchin[1] a, de plein droit, sa place parmi les "Grands médecins méconnus": son nom nous est certes familier mais qui sait encore, de nos jours, ce que fut la vie fascinante de ce personnage comsopolite?

 Une famille provençale à Genève

 L’ancêtre de Theodor, venu de la ville d’Arles et allié aux premières maisons de Provence,.était un officier protestant d’Henri IV. A la Saint Barthelemy, les Tronchin avaient dû trouver refuge à Genève : entre 1760 et 1767, un descendant direct, Jean-Robert Tronchin fut membre du Conseil d'était de Genève.

La mère de ThéodoreTronchin était morte très jeune et, après s'être remarié, le père décida d'aller vivre dans son domaine de Cologny, près du lac Léman. Il souhaitait voir son fils devenir prêtre et lui fit donner une éducation dont l’austérité s’accordait mal avec les goûts de Theodor qui s’en allait en cachette, la nuit, courir les bals des environs.

 Etudiant à Cambridge

 Tout va basculer lorsque survient en 1720 l'effondrement du "Système John Law" entrainant la faillite de ses épargnants Le jeune Théodore doit partir en Angleterre chez un parent de la famille, lord Bolingbroke phiolosophe celebre. Dans ce milieu cultivé, il rçoit à lire un livre, "Les éléments de chimie" écrit par un des médecins les plus célèbres  de Leyde, Hermann Boerhaave[2] et c'est ainsi que va naître la vocation de Theodore : il sera médecin.

Cest à Cambridge que Théodore commence ses études de médecine, sous l’enseignement d’un maître célèbre, Richard Mead, médecin de la cour.

Médecin aux Pays Bas

 L’admiration qu''avait ressentie pour les œuvres de Boerhaave lui fait à présent décider d’aller poursuivre ses études aux Pays Bas.

Tronchin va y obtenir son doctorat en 1730, en soutenant une thèse traitant de la gynécologie, puis s’installe comme médecin à Amsterdam. Il y acquiert rapidement une grande renommée, puisqu'il reçoit en 1748 le titre d’Inspecteur puis, ensuite, de président du Collège de médecine d’Amsterdam.

Une carrière aussi brillante ne pouvait que s'assortir d' un "beau" mariage et, en en 1740, Trochin épouse Hélène de Witt, descendante du Grand pensionaire des Etats d'Hollande, Johan de Witt.

 Retour à Genève

 Malgré tous ces succès, Tronchin ne voult pas rester aux Pays Bas : il souhaitait depuis longtemps revenir en Suisse, ce qu’il fit en 1750, lorsqu’on lui donna le poste de Professeur de médecine à Genève.

Il remplit ses nouvelles fonctions avec un esprit très novateur, s’attachant à combattre les idées sclérosées de son époque. Ainsi, il devint ardent propagateur de la vaccination antivariolique : c’est à lui que Diderot va demander de rédiger le chapitre de l’Encyclopédie consacré à l’"inoculation".

A présent, sa renommée était telle que les patients affluaient de tous côtés et, parmi eux, les personnages les plus célèbres tels Voltaire et Jean-Jacques Rousseau.

Voltaire venait de Ferney rendre visite, en ami plus qu'en malade, à Tronchin et entretint longtemps avec une correspondance régulière. Comme le disait non sans quelque cysnisme un contemporain : "Voltaire a besoin du médecin mais plus encore de ses relations célèbres".

De son côté, Rousseau, bien qu'il déclarât partout ne pas "croire en la médecine", recherchait l’amitié de son compatriote Tronchin encore plus qu'il ne lui demandait ses soins.

Cependant, en 1766, Trochin va quitter la Suisse le duc Louis Philippe d’Orléans, père du futur Philippe Egalit, parvient à le convaincre de venir, à Paris, pour y être son médecin personnel.

 Une carrière triomphale à Paris

 Désormais, c'est une voie triomphale qui s'ouvrait à Paris pour Theodor..

Sa renommée s’accrut encore lorsqu’il reçoit la charge, en 1756, d'inoculer la "vaccine" sur les deux enfants de son protecteur. Les suites en furent si favorables que Louis XV accorda au médecin de Genève l’insigne honneur d’une audience privée où lui fut réservé un très bienveillant accueil.

Tous les plus grands esprits de son temps cherchaient à devenir amis de Trochin, ainsi : Grimm, Mme d’Epinay et Mme Necker, mère de la future Mme de Staël..

Tronchin devint membre des principales Académies d’Europe à commencer par l’Académie de chirurgie de Paris mais aussi les Académie des sciences de Berlin, Édimbourg, Stockholm et Londres et, finalement; l'Académie Royale de chirurgie

Malgré une réussite aussi éclatante, Trochin eut peu d’ennemis : "Il faisait, dit un contemporain, membre de l'acdemie française, Antoine Thomas le bien en silence, toujours utile, toujours calme, aussi indifférent à l’admiration qu’à l’envie, n’ayant pas plus le faste des paroles que celui des actions, ne confiant qu’à l’infortune le secret de ses vertus, et ne révélant au public son génie que par ses bienfaits "

Théodor mourut, à l'âge de 78 ans, dans la demeure des Orléans, au Palais Royal et ce fut Condorcet lui-même qui vint prononcer son éloge l’Académie des sciences.

 Le précurseur de l’hygiénisme

 Véritable précurseur de l’hygiénisme, Tronchin, Durant toute sa carrière, lutta pou faire accepter les règles d'une vie simple et naturelle.

Comme le résumait un contemporain: " Constatant que rester assis de longues heures favorise les blocages et les irritations du côlon il recommande l’emploi d’un bureau où l’on écrit debout et la promenade. Il s’insurge contre la vie sédentaire, le sommeil trop prolongé, le port des perruques tout en proclamant les vertus de la marche et les bienfaits des séjours à la campagne."

Tronchin batailla pour faire disparaître la règle d'alors qui était d'enfermer les malades confinés dans une chambre close. Il conseillait, à la place, de "laisser l’air entrer dan leur chambre".

Il était toujours très vigilant sur tout ce qui concerne la santé des femmes : "Il traita, nous dit un contemporain[3]la maladie des vapeurs, alors à la mode, par le grand air, l’exercice et l’occupation il affranchit les autres, autant que possible, des ligatures qui déformaient leur taille et détruisaient leur santé".

Les patientes de Tronchin se voyaient conseiller de faire de l’exercice dès le matin, de ne pas rester longtemps dans le lit, de se promener à pied, de porter des souliers plats et d’abandonner leur corset. Le verbe "tronchiner" devint à la mode tandis qu'était nommer tronchine une robe courte et légère portée sans panier.

Quant aux femmes enceintes, Trochin leur conseillait de faire, dans l’intérêt de leur enfant, autant d'exercice, chaque jour, qu'il le leur était possible.

En ce qui concerne les enfants, Tronchin préconisait une alimentation "naturelle" et c’était un ardent partisan de l’allaitement maternel. Il conseillait aussi de ne pas langer trop étroitement les nourrissons afin d’éviter de "malformer les hanches".

Les idées novatrices de Trochin allaient jusqu'à condamner beaucoup de pratiques admisese partout et sans aucune réserve, à cette époque, telles la saignée et les purgatifs.

Ainsi, pouvait on lire dans le Courrier de Paris de janvier 1767: "M. Tronchin fait toujours grand bruit. Sa méthode avec les femmes est toutes neuve et contraire à ce qui s’observe en pareil cas. Ce médecin ne veut pas, quelque temps qu’il fasse, allumer du feu dans leurs cheminées, il fait même ouvrir les fenêtres de temps en temps pour renouveler l’ère. Il ne faut pas qu’on emmaillote les enfants. Le sieur Rousseau, son compatriote est à cet égard du même avis"

 Le médecin de l’âme

 Pour un observateur de notre époque, le plus fascinant chez Tronchin est l'attention qu'il portait à comprendre la personnalité de ses malades et à ce que nous appelerions, à présent, leurs problèmes psychologiques. Voltaire disait de lui: "il connaît l’âme, il est grand médecin".

En vérité, nombre de patientes ne venaient consulter le "médecin de Genève" que pour trouver un remède à leurs "vapeurs", mot incertain auquel recourait l'époque pour désigner les manifestations névrotiques encore mal connues.

A l'évidence, le "médecin de l’âme",: qui avait la taille bien prise et la parole pleine de charme.était fort apprécié des femmes

 Voltaire, encore lui, a laissé, dans un poeme, un beau portrait du médecin de Genève :

Sur son beau front, siège le doux propos

son nez se romain, dès l’abord, en impose

ses yeux sont noires, ses lèvres sont de rose

 

a.fabre.fl@gmail.com

 

Notes 

[1] Les notes biographiques d'un descendant de Théodor Tronchin, Henry Tronchin,, apportent une information précieuse : " Un médecin du XVIIIe siècle : Théodore Tronchin, Henry Tronchin, Librairie Plon, Paris, Librairie Kündig, Genève, 1906. "

[2] Hermann Boerhaave (1668-1738) médecin, botaniste et humaniste hollandais de grande renommé à cette époque

[3] Louis Gabriel Michaud, in "Biographie univiverselle et moderne", Paris 1811

 

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Date de dernière mise à jour : 29/07/2013

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