Theodoric Borgognoni (Teodorico de Borgognoni) (Théodoric de Lucques)

 

Theodoric Borgognoni  (Teodorico de Borgognoni) (Théodoric de Lucques) (1205-1298), grand ancêtre des chirurgiens

(André J. Fabre)

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Théodoric Borgognoni connu en Italie sous le nom de Teodorico de Borgognoni et en France de Théodoric de Lucques, est considéré un des fondateurs, au XIIIème siècle,  de la chirurgie.

La famille Borgognoni

Théodoric était né à Lucca (Lucques pour les Français), très pittoresque ville de Toscane. Il était  le quatrième enfant d'Ugo Borgognoni (1180-1258), descendant d'une famille aristocratique de Toscane qui avait acquis lors des Croisades, une grande expérience de la chirurgie militaire.

Il enseignait une nouvelle technique de soins aux blessures de guerre : détersion avec du vin, suture de la plaie dans les délais les plus brefs suivies d'un enveloppement de linge en lin .

A son retour en Italie, il occupa le poste de Professeur de chirurgie à l'Université de Bologne probablement appelé par le Comte Rodolfo Borgognoni, maire de la vile.

Le nom de "Borgognoni" est "marqueur " des origines bourguignonnes de la famille mais apparait pour la première fois en Toscane au XIème siècle.

Études médicales

A l'âge de 20 Teodorico commence ses études de médecine à Bologne, probablement en tant qu'élève de son père.

Carrière  religieuse

Peu de temps après arrive la vocation religieuse :  Teodorico entre dans l'Ordre des Precheurs, dit "Ordre dominicain", qui venait d'être fondé par un moine espagnol, Dominique de Guzmán (Domingo Núñez de Guzmán), canonisé après sa mort sous le nom des Saint Dominique.

Teodorico sera ensuite évêque à Cervia, l'ancienne saline appelée Fococle du temps des Romains, située près de Ravenne.

En 1240, Teodorico devient  le médecin personnel du pape Innocent IV

En  1262, il est  nommé évêque de Bitonto, près de Bari,  où il restera en poste quatre ans. On sait toutefois que Borgognoni, qui avait acquis une maison à Bologne, y  résidait la plus grande partie de l'année.

En 1266, il  revient à Cervia dont il restera évêque jusqu'à sa mort en 1296, survenue, aux dires de la tradition, le jour de Noël .

Carrière chirurgicale

Malgré de lourdes responsabilités épiscopales, Borgognoni fit une grande carrière de chirurgien : il eut à Bologne, parmi ses élèves, Henri de Mondeville (1260-1320),  chirurgien des rois de France Philippe le Bel et Louis le Hutin, précurseur en France de l'enseignement de la chirurgie. La carrière chirurgicale de Borgogni atteint son sommet en 1240, lorsqu'il est nommé à Rome chirurgien personnel du pape Innocent IV.

Le grand œuvre de Borgognoni reste son Traité de chirurgie en quatre volumes[1]. Le livre couvre tous les aspects de la discipline selon quatre grandes sections : "Chirurgie générale et régime" "Blessures infligées à différentes parties du corps, fractures et dislocations", "Fistules, abcès, hernies et autres pathologies réclamant la chirurgie", "Préparation des médicaments utilisés en chirurgie."

Dans un parti pris évident de rupture avec la tradition, Borgognoni appuie son enseignement sur une grande expérience personnelle de la chirurgie, ainsi dans le chapitre sur la traitement des plaies,  il conseille de pratiquer un "nettoyage" avant de procéder à la "suture" puis d'un enveloppement de la b blessure dans du tissu de lin imbibé de vin. On notera qu'il n'est jamais question, ici, des "emplâtres" si chers à la tradition médiévale …

Il faut également souligner les recommandations associées d'apporter aux blessés une alimentation substantielle, ce qui était ouvertement en contradiction avec les traditions de diète frugale…

On est loin de Galien qui jugeait le pus "bonum et laudabile". A ce sujet, Borgognoni déclare sans équivoque : " il ne faut pas qu'une matière sanglante (le pus) soit générée dans les plaies -il ne peut y avoir de plus grande erreur que cela… cela empêche la nature et prolonge la maladie,

Bien plus, le Traité de Borgognoni propose une ébauche d'anesthésie pour accompagner le geste chirurgical : il s'agit d'une éponge tenue sous le nez du patient pendant le temps de l'intervention : c'est la "spongia somnifera", imbibée d'opium, de mandragore  ou d'autres substances telles racine de bryone, dite "racine du diable" voire d'autres substances telles… la laitue ou la bile. En fin d'intervention, une inhalation de vinaigre venait aider le patient à retrouver ses esprits…

Dans la section du Traité,  consacrée à ce que nous appellerions à présent l'orthopédie, Borgognoni multiplie les conseils pratiques : ainsi, le test simple pour diagnostiquer la "dislocation" de l'épaule qui est de demander au patient de mouvoir la main du côté suspect pour aller toucher son oreille du côté opposé.

Au total, en plein XIIIème siècle, Teodorico Borgognoni apparait à bien des égards,  comme un grand précurseur aussi bien en chirurgie que dans l'utilisation de substances anesthésiques.

 

Adresser vos commentaire à a.fabre.fl@gmail.com

 

[1] " Cyrurgia seu Filia principis, " voir "The surgery of Theodoric" (Ed. Appleton-Century-Crofts, 1960) mais aussi les multiples traductions en différentes langues :  castillan, français, italien, anglais, allemand et hébreu.

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Date de dernière mise à jour : 09/12/2015

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