V"sale (1514-1564)

 

André J. Fabe             Juin 2015

André VESALE (Andries van Wesel)(1514-1564) fondateur de l'anatomie moderne

 

Vésale eut un rôle décisif dans l'Histoire des sciences anatomiques :  il fit du corps humain un objet d'investigation scientifique.

Enfance et adolescence

Celui qui était destiné à devenir le plus célèbre représentant de la grande Ecole des anatomistes de Padoue n'était pas né en Italie mais dans le Brabant Flamand, près de Bruxelles.

Il fit ses études au Collège de Louvain  où il reçut  un solide enseignement classique  associant au latin et au grec, l'arabe et l'hébreu.

Sa vocation était de devenir médecin et pour cela il n'avait qu'une idée en tête de venir à Paris.

A Paris

Il y arrive en 1532 et s'inscrit au collège royal de médecine qui siégeait au Collège des Cordeliers, dans l'actuel Quartier latin.

Il y reçoit l'enseignement du plus célèbre des anatomistes de son temps, Jacques Dubois dit Sylvius, immuablement  fidèle aux traditions médiévales de l'université : lecture magistrale de Galien suivi de commentaires et de dissections pratiquées par un aide et non par le professeur lui même.

Jugeant l'enseignement par trop livresque, Vésale, à ce que dit la tradition,  délaissait volontiers la faculté pour aller glaner au cimetière des Innocents ou à La Villette quelques restes anatomiques. En fait, il montrait déjà sa conviction que l'anatomie doit, avant tout, être basée sur l'observation du réel et non sur une science livresque.

Vesale acquit bientôt parmi les étudiants une réputation du virtuose de dissections. Une anecdote en témoigne : la faculté organisait deux fois par an une séance de dissections dont la durée, en été, ne pouvait guère dépasser quelques jours. Au cours d'une des séances, il se trouva que le chirurgien barbier chargé de réaliser l'autopsie soit en retard :  les étudiants s'impatientaient  et Vesale, poussé par ses camarades à la table professorale, entreprit la dissection qu'il poursuivit brillamment.

Dès lors l'élève fut admis à participer aux enseignements du maitre qui, en fait, ne pardonna jamais à son élève d'avoir usurpé sa place avec succès .

Retour dans les Flandres

En 1536 lorsque survient la guerre du Saint Empire Germanique, Vésale dut quitter Paris. Après un court séjour dans l'armée impériale il revient à Louvain et y obtient le baccalauréat avec une thèse  consacrée à Rhazès[1] et à son neuvième livre, en fait, il;  s'agissait d'une apologie déguisée de l'empirisme et du rationalisme.

Vésale, toujours épris de changements,  ne restera pas longtemps dans les Flandres : après s'être querellé avec ses professeurs il décide, sur un coup de tête de partir pour l'Italie : ce sera d'abord un voyage à Rome où il aide Ignace de Loyola à soigner les lépreux, puis Venise où il fait la connaissance du graveur Johan van Calcar[2], qui deviendra son illustrateur. Il arrive enfin, en 1537 à Padoue, le grand centre des études d'anatomie de l'époque,.

Vésale à Padoue.

A Padoue, Vésale  aura une fulgurante carrière : l'année même de son arrivée, au terme d'un examen de deux jours où il démontra son savoir anatomique, il obtient son diplôme avec mention.

Dans les jours suivants, il est nommé par le Sénat de Venise "Lecteur en chirurgie". il gardera ce poste durant tout son séjour à Padoue, remaniant profondément l'enseignement de l'anatomie : désormais le professeur procédé lui-même ou dissection sans l'aide d'un chirurgien barbier.

L'enseignement de Vésale connut un immense succès à tel point qu'en 1539, le podestat de Padoue lui accorda le privilège, pour pallier la rareté des cadavres, de faire concorder la date des séances  de dissection avec celle des exécutions capitales.

Vésale, dont le caractère abrupt était désormais célèbre,  ne manqua pas de se quereller avec quelques uns de ses collègues, notamment avec Realdo Colombo[3]. Une anecdote en atteste  : lorsque Vésale eut à se rendre  à Bale pour l'édition de son grand livre d'anatomie, Colombo le remplaça quelque temps. A cette occasion, il ne manqua pas de souligner que son collègue et rival avait commis quelques erreurs dans ses livres, notamment en ce qui concerne l'anatomie des yeux. Lorsque Vésale revint à Padoue, il entra dans une des  vives colères dont il était coutumier, traitant Colombo d'"Ignorant" , et ajoutant ce jugement lapidaire : "Le peu de savoir en  anatomie de mon élève, c'est de moi qu'il le tient.."

En fait les deux hommes différaient profondément de par leur formation : Vésale était un anatomiste et Colombo avant tout un chirurgien.

La grande œuvre de Vésale durant son séjour en Italie, est la publication à Padoue en 1538 un livre d'anatomie richement illustré : "La fabrique du corps humain"[4]. Il s'agissait d'un des plus grands ouvrages scientifiques jamais réalisés jusqu'alors. En quelque 663 pages et plus de deux cents planches accompagnées de leur commentaire, Vésale y  fait la première description complète de l'anatomie du corps humain, décrivant soigneusement les os, les articulations, les muscles, le cœur et les vaisseaux sanguins, le système nerveux, les organes de l'abdomen et du thorax ainsi que le cerveau. La première page du livre représente Vésale lui même, pratiquant une dissection devant une nombreuse assistance. À côté du cadavre est disposé  sur une table tout ce qui est nécessaire pour prendre des notes : une plume un encrier et une feuille de papier. Le livre est illustré, par Johan van Calcar et, croit-on  par le Titien lui-même.. Avec le génie de Vésale, le corps humain est véritablement devenu   objet d'étude scientifique.

En Espagne

En automne 1543, Vésale va faire une volteface dont il se montre coutumier : il quitte  Padoue pour entrer au service de l'empereur Charles Quint qui l'avait rencontré lors d'un voyage en Italie.

On ne sait que peu de choses sur la suite, sinon que Vésale fut chirurgien dans les campagnes

Lorsque l'empereur abdique, en 1546,  Vésale est nommé médecin à la cour  de Philippe II ou, plus vraisemblablement, médecin de la communauté des Flandres vivant en Espagne.

Vésale et Ambroise Paré

En juin 1553, lors de la guerre de Flandres  Vésale  et Ambroise Paré semblent s'être rencontrés, au siège  de Hesdin  dans le Pas de Calais.

Ambroise Paré prisonnier des troupes de Charles-Quint   avait été chargé d'examiner un blessé, le  seigneur de Martigues, atteint d’un  "coup d’arquebuse au travers   du corps"

Ambroise Paré parle longuement de cet épisode    et de son contact avec "le chirurgien de l’empereur "    mais sans jamais citer le nom de Vésale

Vésale et l'Inquisition

En 1779, après la paix de Château-Cambresis, Vésale retourne en Espagne.

La légende veut qu'il ait eu quelques démêlés avec l'Inquisition espagnole s'inquiétant de voir Vésale s'écarter des enseignements de Galien et disséquer les corps humains. Toujours à ce que dit la légende, l'affaire ne traîna pas : condamné au bûcher en 1564, Vésale fut sauvée in extremis par l'intervention de Philippe II qui commua la peine en exil aux conditions d'un pèlerinage en Terre sainte.

Il parait cependant établi que, tout simplement, Vesale, une fois de plus, ait voulu, sur "un coup de tête",  changer d'existence en allant en pèlerinages en Terre sainte.

La fin de Vésale

Vésale partit donc pour Marseille d'où il prit un bateau vénitien pour Chypre puis la Palestine[5]. Arrivé à Jérusalem, un message l'attendait, une missive de l'université de Padoue lui proposant la chaire de Gabriele Fallope qui venait de mourir. Vésale s'embarqua aussitôt mais le sort en avait décidé autrement  : au cours de la traversée alors que son bateau était en vue des côtes ioniennes une forte fièvre se déclara, probablement un accès palustre malin  et, arrivé à Zante, Vésale fut débarqué mourant sur un rivage.

Il fut enterré dans le cimetière d'une église toute proche, Santa Maria, qui n'existe plus à l'heure actuelle[6]  .

Notre époque a donné à Vésale la place qui lui revient à juste titre dans l'histoire de la médecine : ce fut, sans discussion, le véritable fondateur de l'anatomie moderne. Selon le mot du grand historien de la médecine Mirko Grmek[7] : Vésale représente le début d'une période nouvelle, marquant l'aboutissements d'un courant général de la pensée scientifique née de la renaissance de l'anatomie au XIVe siècle et des contradictions apparues entre les écrits de Galien et l'observation par la dissection .

Bibliographie : plus de 300 ouvrages ont été publiés sur Vésale : voir le site http://www.andreasvesalius.be/

 

[1] ""Paraphrasis in nonum librum Rhazae medici arabis clarissimi ad regem Almansorum de affectuum singularum corporis partium curatione"

[2] Jan van Calcar, dont le nom s'orthographie selon les langages en Jan Steven(szoon) Van Calcar, Johan Stephen von Calcar,  Jean Calcar et Giovanni da Calcar, était né en 1499 à Kalkar, duché de Clèves, d'où son nom. Il mourut à Naples  en 1545. Il avait été élève du Titien et de Raphaël.

[3] Matteo Realdo Colombo ou Realdus Columbus (1510-1559) fut professeur d'anatomie à Padoue entre 1544 et 1559.

[4]  " De humani corporis fabrica libri septem" a été rédigé en 1543, publié à Bâle, la même année, par Johannes Oporinus et réédité en 1555. Le mot "fabrique" signifie tout simplement "produit de la nature"

[5] C.D. O'Malley, " Andreas Vesalius' Pilgrimage" (Isis 45:2, 1954)

[6] L'église Santa Maria fut détruite quelques années plus tard quand les Turcs occupèrent Zante.

[7] Grmek M., " Histoire de la pensée médicale en Occident" (Ed. du Seuil, Paris, 1997)

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