Vampires, pellagre et porphyries

 VAMPIRES, PELLAGRE  ET PORPHYRIES

Mythes, carences et handicaps metaboliques 

29/11/2014                                                                          A.J. Fabre 

La vampirisme des contes d'autrefois  est de retour, non pas dans les livres mais dans la littérature médicale et, cela, dans les sources scientifiques les plus fiables.  

Il est fascinant d'observer le nombre de publications consacrées à des pathologies qui, sans nul doute, auraient  été jadis interprétées comme phénomènes "vampiriques.

Ce mythe folklorique venu d'Europe centrale a nourri bien des phantasmes littéraires ou cinématographiques. En témoigne le succès avec leqiel a été accueilli au début du XIXème siècle l'histoire de vampire de JohnPolidori[1] Vient après la "saga" du célèbre comte Dracula, roman "gothique" de Bram Stoker publié en 1897[2]qui a laissé une impressionnante progéniture de  livres, films, "comic books" sans parler des  jeux vidéo et des séries télévisées.

De nombreuses  pathologies semblent être à l'origine des "histoires de vampires". On y retrouve toujours en quatuor symptomatique,  les célèbres "4 D" : diarrhée dermatose, démence et décès… 

Pellagre

La pellagre a été décrite en 1762 par un médecin espagnol GasperCasal[3]qui avait observé ce qu'on appelait la "maladie rose" devenue rapidement "collier de Casal",  chez les paysans les plus pauvres des Asturies, se nourrissant exclusivement de maïs sans jamais manger de viande.

En fait, la maladie était connue depuis longtemps  sous les noms les plus évocateurs : "stigmatesde SaintFrançois d'Assise"ou encore "scorbutoalpino". Le nom de "pellagre" apparait en 1771, dans les écrits d'un  médecin de l'Hôpital de Milan, FrancescoFrapolli qui parle de "pelagrain" en référence à la peau ("pella") et  la  rugosité des plaques dermiques ("agro").

 Il a fallu attendre plus d'un siècle pour qu'un médecin de New York  Joseph Goldberger parvienne à démontrer la véritable  nature de la maladie[4] et les bases du traitement  parla niacine[5].

Bien des symptômes de la pellagre peuvent faire évoquer le mythe des vampires, à commencer par une marche lenteincertaine,qui rappelletant defilmsde zombies. Il s'y ajoute une lividité extrême secondaire à la fréquence des hémorragies digestives chez ces  malades  

Porphyrie[6]

La porphyrie chronique, congénitale ou maladie de Günther, se manifeste dès l'enfance et persiste à l'état adulte sous forme d'éruptions cutanées bulbeuses sur les régions du corps exposées au soleil.

Elles s'accompagnent souvent de lésions dystrophiques diverses, voire d'un aspect repoussant bien "dans la note" de l'image du vampire des mythes d'Europe centrale.. 

Rage[7]

Il est intéressant de noter que lemythede Draculasoit apparu à une époque où les campagnes de la "Mittel Europa" étaient infestées de chiens et lesloups enragés.

La rage, souvent mortelle chez l'être humain, présente une  symptomatologie bien particulière associant   anxiété, confusion, agitation et  troubles graves du comportement avec hallucinations et  délires.

Les vecteurs classiques de la rage sont les chiroptères communément appelés "chauve-souris" et l'on voit bien ici poindre le mythe.

A vrai dire, cependant, les chauves-souris ne sucent pas le sang des humains, c'est e fait de quelques espèces subtropicales qui se nourrissent de sang du bétail blessé   

Xeroderma pigmentosum[8]

Cette maladie rare, autosomale récessive se caractérise par sensibilité extrême aux rayons ultraviolet.

Les malades sont souvent défigurés par de graves lésions dermatologiques induites par l'exposition à la lumière.

Un film récent, " La permission de minuit  ", retrace bien le drame des sujets porteurs de la maladie et  obligés de vivre la nuit.[9] 

Maladie de Hartnup[10]

Cette maladie héréditaire à transmission autosomique récessive se  caractérisée par l'existence d'une dermatose  pellagroïde chronique associée à une ataxie cérébelleuse et d'importants troubles neuropsychiques 

On pourrait encore citer bien des affections génétiques ou acquises qui ont pu, par le passé, entretenir les croyances légendaires ou mythiques :

. Maladie cœliaque[11]

. Intoxication par arsenic[12]

. Alcoolisme[13]

. Hypoparathyroidisme  [14]

Et, à une époque récente, intolérance à l'Isoniazide[15] 

Conclusions 

On retrouve souvent dans de "corpus" des mythes ou traditions légendaires trace d'une affection qui défigure l'apparence physique  et s'associe à  de graves troubles de la personnalité  : à l'évidence, de nombreuses affections, métaboliques pour la plupart, peuvent  être ici en cause.

Avec l'exemple de la pellagre, en particulier, se confirme l'intérêt qu'il y aurait à à revoir les mythes du passé avec l'éclairage de  la science moderne. 

Bibliographie 

Bapurao S, Krishnaswamy K (1978). "Vitamin B6 nutritional status of pellagrins and their leucine tolerance". Am J Clin Nutr 31 (5): 819-24. PMID 206127

Haas EM. Vitamin B3—Niacin. Excepted from: Staying Healthy with Nutrition: The Complete Guide to Diet and Nutritional Medicine. Retrieved on 2007-06-18.

Hampl, J. S. and Hampl, W. S. (1997) Pellagra and the origin of a myth: evidence from European literature and folklore. J. Roy. Soc. Med. 90 636-639

Latham, M. C. (1973) A historical perspective. In Nutrition, National Development and Planning. Edited by Berg, A., Scrimshaw, N. S. and Call, D. A. The MIT Press, Cambridge, Massachusetts, pp. 313-328

 

 

 

 

Adresser toutecorrespondance à a.fabre.fl@gmail.com



[1] John William Polidori, ‎ The Vampyre, a Tale (Ed. Sherwood, Neely and Jones, Paternoster Row,Londres, 1819)

[2] Bram Sitoker, Dracula,(Ed. Archobald Constable, Londres, 1897)

[3] Historia Natural y Medicina del Principado de Asturias’ or Natural and Medical History of the Principality of Asturias (1762).

[4] Goldberger J. The etiology of pellagra: The significance of certain epidemiological observations with respect thereto. Public Health Rep. 1914;29(26):1683-86.et Goldberger JG, Wheeler GA, Lillie RD, Rogers LM. A further study of butter, fresh beef and yeast as pellagra preventives, with consideration of the relation of factor P-P of pellagra (and black tongue of dogs) to vitamin B. Public Health Rep. 1926;41:297-318

[5] La niacine (C6H5NO2), appelée d'abord "vitamine PP, est actuellement considérée comme "Votamine B3"

[6] A.M. CoxPorphyria and vampirism: another myth in the making Post Grad.Med J. Nov 1995; 71(841): 643–644.

[7] R.P.P.W.M. Maas, P.J.G.M. Voets, The vampire in medical perspective: myth or malady? Oxford medical Journal (First published online): 1 August 2014

[8] John J. DiGiovanna, M.D. and Kenneth H. Kraemer, M.D. shining a light on xeroderma pigmentosum J Invest Dermatol. Mar 2012; 132(3): 785–796.

[9] : La permission de minuit  film de de  Delphine Gleize (2011 )

[10] A B Patel and A S Prabhu Hartnup disease Indian J Dermatol. 2008 Jan-Mar; 53(1): 31–32

[11] A. Schattner, A 70-year-old man with isolated weight loss and a pellagra-like syndrome due to celiac disease, J Biol Med. 1999 Jan-Feb; 72(1): 15–18.

[12] Eric Pritchard Arsenic Poisoning and Pellagra Br Med J. Mar 16, 1901; 1(2098): 677–678

N Ishii and Y Nishihara Pellagra among chronic alcoholics: clinical and pathological study of 20 necropsy cases. J Neurol Neurosurg Psychiatry. Mar 1981; 44(3): 209–215.

[14] Somenath Sarkar, Modhuchanda Mondal,1 Kapildev Das, and Arpit Shrimal Mucocutaneous manifestations of acquired hypoparathyroidism: An observational study, Indian J Endocrinol Metab. 2012 Sep-Oct; 16(5): 819–820.

[15] R H Meyrick Thomas, C M Rowland Payne, and M M Black Isoniazid-induced pellagra. Br Med J (Clin Res Ed). Jul 25, 1981; 283(6286): 287–288.

N Ishii and Y Nishihara

Pellagra among chronic alcoholics: clinical and pathological study of 20 necropsy cases. J Neurol Neurosurg Psychiatry. Mar 1981; 44(3): 209–215.

Ajouter un commentaire

Vous utilisez un logiciel de type AdBlock, qui bloque le service de captchas publicitaires utilisé sur ce site. Pour pouvoir envoyer votre message, désactivez Adblock.

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site