Vilnius, dernière étape de la Grande Armée

A.J. Fabre                            Janvier 2017

VILNIUS : DERNIERE ETAPE DE LA GRANDE ARMEE

DE NAPOLEON

 

Le 22 juin 1812  Napoléon lancait une attaque fouidroyante contre la Russie

La Grande Armée forte de 640.000 hommes traverse le Nemen et va prendre Moscou.

Ce sera une épopée grandiose mais qui va se révéler tragique : en témoignent les récentes découvertes archéologiques faites à  Vilnius, en Lituanie le plus meridionnal des trois pays des rives orientales de la Baltique

 

LA CAMPAGNE DE RUSSIE (1812)

 

Après deux sanglantes batailles à Smolensk le 17 Août 1812 puis à la Moskova le 7 septembre,  les troupes de l'Empreur font une entrée triomphale le 14 septembre 1812 dans Moscou

Dans les jours suivants, surgit un immense incendie dans cette ville dont la plupart des maisons sont enbois et la situation devient vite intenable pour les Français..

Le 19 octobre commence la retraite qui va bientot devenir pour la Grande Armée, une véritable tragédie

 Le 7 novembre, alors que les Francais atteignent Smolensk, commencent les grands froids de l’hiver russe ; le thermomètre descend jusqu’à −22 °C et le sol se couvre de neige : les chevaux etaient dévorés par les soldats affamés.

Au matin du 9 décembre 1812, les derniers survivants de la Grande Armée arrivent épuisés de froid et de famine aux  portes  de Vilnius. La moitié vont y trouver la mort. Beaucoup en effet, souffraient de graves gelures des nez, des orteils ou des doigts dont l'évolution se faisait souvent vers une gangrene mortelle

Certains sont morts d'épuisement à leur arrivée : ceux qui n'avaient pas d'argent pour obtenir un abri sont morts de froid. D'autres furent capturés par les cosaques, qui harcelaient les Français depuis les débuts de la retraite

 

L'EPIDEMIE DE TYPHUS EXANTHEMATIQUE DE 1812

 

Il apparaît cependant, au terme de recherches récentes, que le plus redoutable ennemi de l'Armée impériale n'était pas le "Général Hiver" mais… les  poux vecteurs du redoutable typhus exenthematique provoqué par une Rickettsie (Rickettsia prowazeki) que transmettent les déjections de poux

Dès l'arrivée à Smolensk, de nombreux soldats furent atteints de forte fièvre accompagée d'un eruption de plaques rouges disséminées sur tout le corps

Le typhus sévissait en Pologne et en Russie depuis de nombreuses années mais, en raison d'un été exceptionnellement chaudet aussi, des deplorables conditions  d'hygiène chez les combattants, prit des proportions dramatiques. Le soldat ne changeait pas de linge pendant plusieurs jours, c'était l’environnement idéal pour que des poux se nourrissent sur son corps et s’abritent dans les coutures de ses vêtements. Une fois les habits et la peau du soldat contaminés par les excréments de poux, la plus petite égratignure ou écorchure suffisait pour que le microbe du typhus pénètre dans le corps du soldat.

Après un mois de campagne, Napoléon avait ainsi perdu 80.000 soldats, atteints du typhus. Voici le récit d’un témoin oculaire direct d’une invasion de poux:

"(Il) s’endormit sur un matelas de roseaux et ne tarda pas à être réveillé par l’activité des poux. Se découvrant littéralement couvert de bêtes, il enleva sa chemise et son pantalon et les jeta dans le feu. Ils explosèrent comme les tirs de deux rangées de fantassins. Il ne put s’en débarrasser pendant deux mois. Tous ses compagnons grouillaient de poux; beaucoup furent piqués et contractèrent la fièvre tachetée (typhus)"[1]

Le comte Rochechouart[2], aristocrate français au service du tsar, raconte comment il a fait de son mieux pour empêcher les soldats russes de lancer les «vivants» des fenêtres de l'étage pour faire place à leurs propres blessés.

Un autre temoin oculaire, l'écrivain allemand Ernst Moritz Arndt[3], arrivé en janvier 1813 voit " les cadavres gelés s'empiler sur trois étages et les entendre râler dans les rues quand des traîneaux allaient les chercher.

 

Vilinius cimetière de la Grande Armée

 

Une gigantesque fosse commune a été découverte en 2001 lors de travaux menés à Vilnius sur une ancienne base militaire soviétique On supposa d'abord qu'il s'agissait de victimes des persécutioncommuniste ou nazies de la dernière guerre,  mais à un examen plus appprofondi, il est apparu qu'il s'agissait des restes de soldats des armées Napoléoniennes venus se refugier en Lithuanie en décembre 1812.

Ainsi ont été decouverts les restes de plus de 1700 hommes, principalement âgés de 15 à 25 ans enterrés dans les tranchée creusées édifier les fortifications de Vilnius alors que l'empereur rassemblait une armée de 614 000 hommes à envahir la Russie six mois plus tôt en juin 1812.Beaucoup des soldats morts furent ensevelis dans les tranchées défensives creusées pendant la retraite. C’est dans l’une de ces tranchées que, presque deux siècles plus tard, des ouvriers ont trouvé les vestiges de la Grande Armée de Napoléon.

Tous ces soldats n'étaient pas français car les uniformes portent la marque deplus de 20 nationalités", a déclaré Olivier Poupard, chargé d'affaires à l'ambassade de France à Vilnius. "

On sait l'importance qu'a pris dans les recherches archéologiques modernes, l'analyse des restes de pulpe dentaire, tissu mou vascularisé de la dent. Où il est possible de retrouver  des fragments d'ADN spécifiques des bactéries qui ont contaminé l'individu et transité par son sang.

L'équipe du Pr. Didier Raoult (CNRS – Université de la Méditerranée) a analysé les dents de 35 soldats revelant la prersence d'une rickettsie de type Rickettsia prowazekii a été retrouvée dans la pulpe dentaire de 7 soldats et les traces de la  bactérie Bartonella quintana sur trois corps.

Ainsi se trouve confirmée l'existence dans l'armée napoléonienne de la retraite de Russie d'infections transmises par les poux.

Un tiers  des soldats enterrés à Vilnius en portent les traces et me musée de Vilnius présente de nombreux objets liés à l'aventure napoléonienne, ainsi :.

Bouton en alliage de cuivre et d'étain, estampillé '61', provenant d'une veste d'uniforme bleu, presque certainement celle d'un Hollandais. En effet, le 61e Régiment de ligne était en grande partie constitué de conscrits venus des Pays-Bas.

Plaque de casque, avec les restes d'une cocarde tricolore et d'un aigle impérial,

Bouton à manches, estampillé '29', probable vestige d'une recrue de la division Loison

Une cérémonie s'est tenue, le 1er juin 2003, au cimetière commémoratif d'Antakalnis, près de Vinius  : les restes de 3000 soldats français, décédés lors de la Retraite de 1812 ont été solennellement enterrés

 

Bibliographie

Coignet Jean–Roch, "Les cahiers du capitaine Coignet (1799-1815) : d'après le manuscrit original avec gravures et autographe fac-similé" (Ed. Lorédan Larchey , Paris : Hachette, 1888)

Klimas Antanas, " Napoleon's Lithuanian forces " (Lithuanian quarterly journal of arts and sciences, Volume 30, No.1 – 1984)

Lobell Jarrett A.: "Digging Napoleon's Dead " (Archeology, Volume 55 Number 5, September/October 2002

Roult D. et al. "Evidence for Louse-Transmitted Diseases in Soldiers of Napoleon's Grand Army in Vilnius"(The Journal of Infectious Diseases, volume 193 - janvier 2006)

Traynor Ian, "After 190 years the bones of Boney's army are unearthed in a mass grave in Lithuania " (The Guardian, Tuesday 3 September 2002

 

 

[1] Les chiers du capitaine Coignet

[2] Louis-Victor-Léon de Rochechouart (1788-1858)  " Souvenirs sur la Révolution et l'Empire"(Plon, 1898 & 1933)

[3] Ernst Moritz Arndt (1769-1860) " Erinnerungen aus dem äusseren Leben" (1840)

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