Zeus, le chêne et l'encens

 

A.J. Fabre                              juin 2016

ZEUS, LE CHENE ET L'ENCENS

 

Zeus (Jupiter) était le dieu suprême. Il était fils de Chronos, le dieu du Temps et de Gaia fille de Chaos, la première des divinités grecques avec Nyx, la Nuit. Symbole de son immortalité, le nom de Jupiter continue de rayonner chaque semaine quand arrive pour nous le "jeudi", alors que pour les Anglais Jupiter est célébré le mardi ("Tuesday"). Ill en va de meme pour les Allemands pour qui "Dienstag" est voué à Zeus.

L'histoire de Zeus est, dès son début, étonnamment sombre et cruelle. Le père Chronos, craignait de se voir un jour détrôné par un de ses enfants, les dévorait à chaque naissance. Après que cinq de ses rejetons aient ainsi disparu, la mère décida de sauver son dernier-né : en place du fils qui venait de naître, elle présenta à son mari une pierre enveloppée de langes. Il ne restait plus qu'à s'enfuir avec son enfant et Gaia dut aller jusqu'en Crête. C'est là Zeus que Zeus grandit, nourri par une chèvre qui allait connaître la célébrée sous le nom d'Amalthée et gardé par des êtres enchantés qui avaient charge de couvrir de leur voix les vagissements de l'enfant.

Avec le temps, l'enfant grandit et il voulut prendre sa revanche sur son père et nous avons vu comment Zeus put ainsi sauver ses frères et notamment Poséidon et Pluton avec qui il se partageait le monde : à Zeus les cieux, Neptune la mes océans et Vulcain le monde souterrain..

La puissance de Zeus est sans limite : il règne sur la terre et le ciel mais un ciel peuplé d'éclairs et de coups de tonnerre. La foudre est l'attribut symbolique de Zeus : il est seul à en disposer, il est aussi le seul de l'Olympe, avec son frère Poséidon à avoir toujours porté la barbe…

Avec son épouse Junon (Héra) il trône sur l'Olympe, la montagne la plus haute de Grèce située aux confins de la Macédoine et nombre de créatures végétales lui étaient consacrées.

Le chêne à la frondaison majestueuse, dépassent de sa hauteur tous les autres arbres, était l'arbre de Jupiter, symbole de son pouvoir et de sa majesté.

Un récit atteste de la force toute puissante du chêne :Milon était un lutteur de l'Italie du Sud, célèbre, six fois vainqueur aux Jeux Olympiques. Il tenta de fendre un chêne de ses poings mais fut vaincu : le tronc de l'arbre se referma sur sa main et, pris au piège, Milon fut dévoré par les bêtes sauvages.

Les feuilles vert fonce, aux bords ondulés du chêne ont longtemps servi d'emblème à l'excellence, qu'il s'agisse de généraux ou de lycéens. Les glands du chêne étaient donnes comme astringent et hémostatique, l'écorce servait au tannage du cuir.

Autre plante de Jupiter, comme son nom l'indique, la joubarbe, littéralement "barbe de Jupiter" : ses feuilles sont grasses à pointe brune disposées en rosette. Toile d'araignée ?? Une tradition fort ancienne voulait qu'un plant de joubarbe sur le toit de sa maison la protége de l'arme la plus redoutable de Zeus, la foudre.

Quant à l'utilisation médicinale se faisait sous forme d'onguents visant à traiter des furoncles, des otalgies ou un saignement de nez. C'était aussi mélange au vin, un remède du ver solitaire.

Un autre arbre voué à Jupiter était le genévrier, apprécié pour son port altier. Le souvenir de cet arbre est célébré par une boisson faite à partir des baies de genevrier : le "gin" serait il une boisson divine ?

La verveine était "lumière de Zeus" : nous l'avons vu "herbe de Perséphone" puis "Herbe d'Hercule", ce sera au moyen age d'"herbe aux enchantements". Fait troublant, les feuilles de cette petite plante à la tige vert foncé brillant, parsemé de taches rouillées, ont une ressemblance certaine avec celles du chêne. Prescrite dans les indications les plus diverses sous forme de décoctions, la verveine tenait une place hautement symbolique: c’était le faisceau symbolisant la conclusion d'un traité et un instrument de la purification. On ne pourra que s'étonner de trouver jusqu'en Chine de tels hommages à la et aussi, l'"herbe sacrée" des Anciens …

En fin de compte; on ne pouvait rendre hommage au maître de l'Univers, Zeus, qu'avec le plus pénétrant et le plus mystérieux des aromates, l'encens.

A lui seul, le nom a toute une histoire : l'"encens" est apparu très tard dans notre langue. C'était un mot de "latin d'Eglise" pour exprimer ce qui est "brûlé" ou, plutôt, "incendié".

Dans l'Antiquité, le même mot désignait chez les Grecs, l'odeur, le parfum puis chez les Romains, encens et fumigations odorantes. Au bout du parcours, la même racine va designer le thuya, proche du genévrier et "thuriféraire, celui qui ne manie que trop bien l'encensoir ?

Bien des histoires mythologiques sont nes des fumées de l'encens. Ainsi, l'histoire du roi Orchamos, père de la princesse Leucothoe dont le nom était celui de l'encens à la plus haute qualité, l'encens blanc. Elle aimait et fut aimée du dieu, Helios qui se déguisait en femme pour lui rendre secrètement visite dans son palais. La princesse, hélas, avait une rivale, la nymphe Clytia qui la dénonca. La colère du père fut terrible : il condamna sa fille a être enterrée vive dans une fosse profonde. Hélios en fut désespéré et de ses larmes est né un buisson d'encens. Quant à Clytie, on l'a vu, , sa vengeance ne lui porta pas bonheur : son amant ne revint plus jamais la voir et, consumée d'amour, elle fut transformée en héliotrope, la plante du soleil.

L'encens est un arbre buissonnant d'Arabie ou d'Abyssinie dont la hauteur peut atteindre 2 ou 3 mètres. L'incision du tronc donne issue à une résine ambrée fortement aromatique qui, après dessiccation se présente sous forme de "larmes" ou de boulettes caractéristiques.

Les fumigations d'encens comptent parmi les pratiques religieuses les plus anciennes du monde méditerranéen :

Il y a plusieurs millénaires, entre Tigre et Euphrate, la plus ancienne de nos civilisation a laissé trace en Mésopotamie, du matériel avec lequel se pratiquaient les fumigations sacrées.

 En Egypte, l'utilisation de l'encens est attestée depuis la plus haute Antiquité : à la fin du XVIème siècle avant J.C., la reine Hatshepsout envoie une expédition au pays de Pount actuel territoire des Affars et des Issas ?) pour en ramener le précieux aromate. Hérodote, au Vème siècle avant J.C. en fait plusieurs fois mention dans ses livres.

La Bible et le Nouveau Testament font amplement référence à l’encens : ainsi, le roi Salomon reçoit en présent de la reine de Saba des plants d'arbres d'encens destines à orner les jardins royaux de Jérusalem et de Jéricho Les Rois Mages offrent à L'Enfant Jésus '"l’encens et la myrrhe".(Mathieu (2.2.).

Dans la Grèce hellénistique, apparaît tôt l'usage de l'encens : Sophocle, au Vème siècle avant J.C.. parle, dans une de ses tragédies d’une épidémie de peste où la cité est " remplie de fumées d’encens, ...et de gémissements 

A Rome, la mode, venue d’Egypte, de brûler l’encens lors des grandes cérémonies religieuses ou lors des funérailles, va se répandre rapidement à partir du Ier siècle pour se transmettre aux rituels de la chrétienté. On ne sera guère surpris de savoir qu'au XVIIIème siècle encore, et même dans les premiers temps de la Révolution, puisque le marquis de Sade invitait les Conventionnels à les vertus par les les fumées de l'encens [1]

Dans l'Antiquité, l'encens venait de Mosca, sur la cote sud d'Arabie. De là partait une double "Route de l'encens' : maritime vers les Indes et la Chine, terrestre, par caravanes allant jusqu'à Petra et de là en Syrie.

L'encens a toujours été un aromate coûteux, si l'on en croit le calcul rétrospectif des spécialistes (6 £ pour 500 g…), à peine moins cher que le nard ou la cannelle. Les fraudes et adultérations n’étaient pas rares, utilisant une base d'acacia, de gomme ou même de …pomme de pin..

Dans la, pharmacopée Antique, l'encens tenait une place préponderante, dans une très large gamme d'utilisations :

En dermatologie, sous forme de baumes destines à la guérison des maladies dermatologiques : abcès, l'érysipèle, gale et ce qu'on appelait "éléphantiasis", un gonflement squameux des membres inférieurs qui était peut être la filariose ou une forme de lèpre.

En pneumologie l'encens était donné sous forme d'inhalations qui se pratiquaient avec un matériel assez proche celui appareillages du siècle dernier

Les maladies de l'appareil digestif étaient une autre indication å la prescription de l’encens, en particulier dans le traitement des " inflammationes coli " que nous appèlerions de nos jours "colites", fissure anales et hémorroïdes. Il est fascinant de voire reprendre dans des publications récentes ce sujet.

D’autres indications étaient les affections rhumatismales et même les "tumeurs" : La notion d'une activité anti-inflammatoire dans les affections rhumatismales de l'encens a été confirmé plusieurs publications récentes.

Il est intéresant de savoir l'usage que faisaient eles Anciens de l'encens en médecine vétérinaire pour donner de la vigueur aux animaux .

En témoigne un passage de l’Ancien Testament[2] ou l'histoire rapprtée par l'historien Antique Polybe[3] sur le projet qu'avais fomenté Ptolémée IV de faire massacrer les juifs par des éléphants énivrés d'un mélange de vin et d'encens….

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D'innombrables récits légendaires ont commenté la personnalité de Zeus et de Junon, les époux terribles qui régnaient sur l'Olympe. Junon n'avait pas le caractère facile et son époux à eu d'innombrables "affaires de cœur" aussi bien avec des mortelles (Déméter) que des déesses (Alcmène). Dans ses aventures amoureuses il s'est souvent déguisé (était-ce crainte, coquetterie ou prudence ?) : ainsi, il a pris la forme d'un taureau pour enlever Europa ou quand il a séduit Léda sous la forme d'un cygne.

En contraste, la sœur de Zeus, Hestia, avait fait le voeu de rester éternellement vierge, ce qui lui valut les honneurs d’un culte célèbre dans toute la Grèce.

A Zeus, lui, tout réussit toujours : ainsi, lorsqu’il engendre des enfants ce sont des dieux splendides tels Apollon, Artémis, Hermès, Dionysos ou Athéna ou des mortels rayonnant de joie et de bonheur ou encore, des "Grâces"[4], les trois sœurs qui vont partout répandre  félicite et bonheur : Euphrosyne (la joie bienveillante), Thalie (la fête des banquets) Aglaie (la beauté éclatante)

Faut il le rappeler : même les plus mortels des enfants de Zeus ont eu des destinées hors du commun, ainsi, Hercule, Minos et… Helene de Troie,

Choix d'ouvrages à consulter

Une des premières mentions de l'encens en Grèce

     Sophocle : " Œdipe à Colonus "' (Tirade de Jocaste, 1020) : la pièce a été donnée à titre posthume en 401 av. J.-C. par les soins du petit-fils de Sophocle, Sophocle le Jeune.

Utilsation medicinale de l'encens dans l'Antiquité

      De nombreux Traités médicaux de l'Antiquité propose l'utilisation de l'encens : Dioscoride (De materia medica, I, 24), Plutarque (De Iside et Osiride, § 80) et Galien (De antidotis, II, 2).

Paul d'Aegine quant à lui parle longuement dans ses Epitomes , d'une préparation de l'Egypte Anciene, appelée "kyphi"  où l'encems tenait une place importante

 

Pour toute information complementaire contacter a.fabre.fl@gmail.com

 

[1] Donatien Alphonse, marquis de Sade: "Pétition de la section des piques aux représentants du peuple français" (Ed. Fata morgana, Paris, 1976)

[2] Ancien Testament (Macchabées, 3)

[3] Polybe, "" (Livre V, Ed. Belles Lettres, Paris, 1977

[4] " les "Grâces" des Romains sont les "Charites" de la mythologie grecque, les déesses incarnant la séduction, la beauté, et la fécondité. Selon Hésiode et Pindare, elles sont filles de Zeus et d'Eurynomé mais selon une traditios tardive, les "Graces" dont filles d'Hélios et d'Églé, ou encore, de Dionysos et de Coronis.

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