Polonais célèbres de France

QUELQUES  POLONAIS EN FRANCE 

André J. Fabre                     18avril 2011

Venus de cette communauté franco-polonaise, si forte, si bien structurée,  nous avons voulu montrer le destin de sept personnages hors du commun

 Henryk III Walezy dit Henri III(1551-1589

Pedro Luiz Napoleão Chernoviz (Piotr Czerniewicz) (1812-1881)

Guillaume Apollinaire, Wilhelm Albert Włodzimierz Apolinary de Wąż-Kostrowicki  (1880-1918)

Ubu roi de Pologne par la grâce d'Alfred Jarry(1896)

Jean Witold, Witold Jedlinski  (1913-1966)

Balthus (Balthasar Klossowski de Rola (1908-2001)

Tadeus Kantor (1915-1990)

 HENRYK III WALEZY DIT HENRI III(1551-1589)

Date capitale pour l'Histoire des relations entre la France et la Pologne, le 15 mai 1573, au jour de la Pentecôte, Henri de Valois monte sur le trône de Pologne.

La reine Catherine avait envoyé l'évêque de Valence, Jean de Monluc, en ambassade extraordinaire pour soutenir devant la Diète, lors des élections libres de 1573,  la candidature de son fils au trône de Pologne : Montluc réussit à convaincre les Polonais et Henri est élu Roi de la polsko-litewska Rzeczpospolita sous le nom d'Henri IV de Valois (Henryk IV Walezy).

Le 19 août 1573, une grande délégation polonaise composée de 10 ambassadeurs et 250 gentilshommes est envoyée en France pour aller le chercher. Les récits racontent le grand étonnement de la cour de France à la vue des grandes moustaches et des costumes des ambassadeurs polonais venus chercher leur roi.

Le nouveau roi fut contraint de signer la première "Pacta Conventa" et "Les Articles du Roi Henry" ("Artykuły Henrykowskie"), que tous les souverains polono-lituaniens de l’avenir auront à respecter. Selon ces documents Henri devait arrêter les persécutions contre les protestants en France et estimer la tolérance religieuse en Pologne en conformité avec la Confédération de Varsovie (Konfederacja Warszawska) de 1573). Henri, n'étant pas pressé de quitter la France, fit traîner son départ. Il dut cependant s'exécuter devant les exigences du roi son frère, à qui il fit ses adieux en décembre 1573.

Parti de Fontainebleau, il arrive à Cracovie le 18 février 1574 après un voyage de trois mois où la traversée des pays allemands n'avait pas été sans poser de problèmes. Il était  accompagné d'une troupe nombreuse de gentilshommes familiers : Albert de Gondi, Louis de Gonzague, Charles de Guise, et François d'O, financier et "mignon" du futur roi.

Le 21 février, le jeune prince de 23 ans est sacré roi, mais refuse tout net d'épouser Anna Jagellon, sœur de Sigismond II Auguste, lui reprochant son âge (elle avait près de cinquante ans) et sa laideur...

Le court séjour d'Henri IIl en Pologne ne fut pas des plus heureux. Résidant au château Wawel de Cracovie, il prit vite conscience de ce qu'un roi de Pologne est loin d'avoir les mêmes pouvoirs qu'un roi de France. Henri regrettait amèrement la Cour de France, ses fastes et ses plaisirs.

Lorsqu'il reçoit une lettre lui apprenant l'état désespéré de son frère Charles IX (très probablement atteint de tuberculose pulmonaire), Henri ne songe plus qu'à revenir à Paris. Le 18 juin, lorsque la lettre suivante lui apprend la mort de son frère en date du  30 mai 1574, Henri, le soir même, quitte précipitamment son palais dans le plus grand secret,  sans en avoir averti qui que ce soit...

La Diète devra se résoudre à trouver rapidement un successeur : ce sera Étienne Bathory, souverain de la Transylvanie...

De Pologne, Henri gagne d'abord l'Autriche. Le 23 juin, cinq jours après son "évasion", il est à Vienne où il est reçu avec un grand faste par l'empereur Maximilien II: il s'y est dépensé, disent les chroniqueurs, près de 150.000 écus.

Henri va ensuite traverser les Alpes par le col du Brenner pour gagner l'Italie où il va longuement séjourner. Après un bref séjour à Vérone, il arrive à Venise le 18 juillet 1574. Henri  est reçu  au palais  Ça  Foscari avec une magnificence toute particulière par le Doge Alvise Mogenico. Sur son parcours furent placés partout des arcs triomphaux décorés par Tintoret et Véronèse.

Une galère splendide fut mise à sa disposition, avec un équipage de quatre cents rameurs slaves et une escorte  de 14 galères. Arrivé sur la lagune, une armée de maîtres verriers vinrent de Murano montrer leur savoir au jeune prince en soufflant le verre à partir de fours maquillés en monstres marins cracheurs de feu...

Le Palazzo Barbarigo porte sur sa façade des mosaïques datées de 1887 commémorant la visite d'Henri III chez les maîtres verriers de Venise.

Pour le banquet donné au Grand Conseil du Palais des Doges, les dames étaient vêtues de robes éblouissantes et parées de joyaux malgré les lois somptuaires les interdisant. Le repas comprit dit-on mille deux cents plats pour les trois mille invités, la vaisselle était d'argent, les tables décorées de pièces de confiserie représentant les doges, les dieux, les vertus, les animaux, les plantes. Après le dîner, le roi assista au premier opéra qui fut jamais représenté en Italie. La soirée se termina en montrant au jeune prince une galère en pièces détachées qui avait été construite dans la soirée même du banquet puis  mise à l'eau devant le palais ducal.

Les visiteurs étaient frappés de stupeur par tout ce luxe. Il fut dit que le jeune roi qui s'habillait simplement et qui aimait flâner tout seul ne retrouvait plus ses esprits. Il présentait, à en croire les chroniqueurs, une certaine somnolence qui fut attribuée à l'abus des plaisirs vénitiens. En effet, la petite histoire fait mention d'une aventure du prince avec une des plus célèbres courtisane de Venise, Veronica Franco, listée dans le  Catalogo di tutte le principale et piu honorate cortigiane di Venezia.

Henri va ensuite prendre le Burchiello (bateau d'apparat) pour remonter la Brenta jusqu'à Padoue puis il se rend à Ferrare et Mantoue. En août, il est à Monza où il rencontre Charles Borromée, aristocrate alors prélat de Milan.

À Turin, Henri III retrouve sa tante Marguerite de France, puis le duc de Savoie qui vient le chercher pour l'emmener à Chambéry et lui faire traverser les Alpes à bord d'une luxueuse litière dont les parois étaient  vitrées de façon à pouvoir profiter du paysage...

A son retour en France, il allait devenir, en mai 1574, roi de France sous le nom d'Henri III. Son premier geste fut de créer l'Ordre du Saint-Esprit, en référence à sa propre naissance, à son couronnement sur le trône de Pologne et plus tard sur celui de France, tous  événements survenus le jour de la Pentecôte.

 LUIS NAPOLEON CHERNOWIZ (1812-1881)

 Louis Napoléon Chernoviz, est un médecin polonais qui avait trouvé refuge en France après la tentative de révolte à Varsovie en 1831.

Une fois acquis à Montpellier son diplôme de docteur en médecine, il obtint en 1840 du roi Louis Philippe d'être envoyé en mission au Brésil auprès de l'empereur Dom Pedro.

Après  une carrière médicale brillante à Rio de Janeiro, il entreprend durant son séjour au Brésil la rédaction de plusieurs ouvrages de vulgarisation  médicale qui allaient faire sa célébrité, en particulier, un Guide de médecine populaire, publié en 1841, le Formulário Guia Medico, qui rencontre un succès considérable auprès d'une population encore largement dépourvue de médecins. Ce livre, assorti d'une iconographie importante, présente un large ensemble de plantes indigènes du Brésil en détaillant leurs indications thérapeutiques.

Parmi un total de plus de 200 plantes médicinales et, notamment : Ipeca Psychotria (Ipecacuanha) anti-diarrhéique, expectorant et émétique, Anacardium occidentale (Cajueiro) traitement du diabète et Jacaranda caroba (Caroba) traitement des  maladies vénériennes

Au XIXème siècle, le siècle du scientisme triomphal : les plantes médicinales avaient perdu tout crédit auprès de la communauté scientifique. La phytomédecine était considérée comme une pratique empirique réservée, au mieux, aux herboristes, au pire aux charlatans.

Le mérite de Louis Napoléon Chernoviz est d'avoir un des premiers à entreprendre, dès 1841, une exploration systématique des plantes médicinales traditionnelles du Brésil. C'était jeter les bases d'une nouvelle discipline : l'ethnopharmacologie, complément d'une ethnobotanique qui  étude de façon  interdisciplinaire les matières d'origine végétale, les savoirs et les pratiques s'y rattachant, proposées à des fins thérapeutiques, curatives, préventives. Plusieurs travaux botaniques avaient été publiés dès le début du XIXème siècle, sur la flore brésilienne notamment par Saint-Hilaire dans son Livre des Plantes usuelles du Brésil(1824) et Carl Frederich von Martius, dans Systema De Materia (1840)

A la suite sont venues de nombreuses publication, en particulier celles de Joaquim Monteiro Caminhoá auteur d'une Botánica de Elementos Geral e Médica (1877),et Theodor  Peckolt avec son Historia das plantas e Medicinaes Úteis do Brazil (1884).

L'Organisation mondiale de la santé, l'OMS, a clairement pris position en faveur d'un développement des recherches ethno-pharmacologiques : en avril 2009 la Division de la médecine traditionnelle de l'OMS a reconnu la valeur thérapeutique des médications traditionnelles d'Amérique du Sud et recommandé le principe d'une évaluation basée sur des essais pharmacologiques. Mais beaucoup reste à faire !

 GUILLAUME APOLLINAIRE(1880-1918)

 Guillaume Apollinaire, dont le nom véritable est Wilhelm Albert Włodzimierz Apolinary de Wąż-Kostrowicki est né à Rome d'une mère,  Angelika Kostrowicka, issue de la noblesse polonaise. Le nom du père n’est pas connu, on sait seulement qu'il était officier de l'armée d'Italie.

Apollinaire  est le grand ancêtre de toutes les avant-gardes artistiques du XXème siècle, aussi bien  cubisme et il fut un des précurseurs que  surréalisme dont il a forgé le nom.

Auteur de poèmes devenus classiques de la littérature française, comme le Pont Mirabeau, Alcools , recueil de poèmes composés entre 1898 et 1913, Calligrammes , poèmes de la paix et de la guerre , Apollinaire a également laissé d'innombrables recueils de nouvelles, des romans érotiques, des contes, des ouvrages critiques et des chroniques,

Lors de la survenue de la Grande guerre, après quelques tentatives malencontreuses de s'engager dans l‘armé française, le poète est accepté en décembre 1914, ce qui déclenche la procédure de naturalisation qu'il réclamait depuis longtemps.

En mars 1916 Apollinaire  est blessé à la tempe par un éclat d'obus. Évacué à Paris, il est trépané le 10 mai 1916. Malgré les vicissitudes de la vie en guerre il épouse Jacqueline (la "jolie rousse" du poème), à qui ll'on doit de nombreuses publications posthumes. Cependant, affaibli par sa blessure, Guillaume Apollinaire meurt le 9 novembre 1918 de la grippe espagnole.

Guillaume Apollinaire était donc à moitié polonais du fait des origines de sa mère : quelle place a-t-il donné à la Pologne durant sa brève existence ? Certainement l'amitié et il faut citer ici deux noms bien oubliés :

Mecislas Golberg (1869-1907) dont il reste un beau buste d'Antoine Bourdelle, auteur de "Fleurs et cendres"

Stanislas Gierszynski (1879-1911), fils d'un médecin polonais émigré, installé à Ouarville, petit village de la Beauce situé non loin de Chartres : ses archives sont conservées à la Bibliothèque polonaise de Paris et contiennent de nombreuses références à ses rencontres avec Apollinaire et Golberg.

Reconnaissons la vérité, l'Italie, le pays de sa naissance, a tenu plus de place dans la vie d'Apollinaire que la Pologne !

 UBU ROI DE POLOGNE (1896)

 Ubu roi de Pologne n'est certes  pas une pièce réaliste : c'est une évidence sur laquelle il n'est pas besoin de s'étendre.

Si Jarry affirme qu'Ubu roi se passe "en Pologne, c'est-à-dire Nulle Part" (discours prononcé à la première représentation), ce n'est pas si simple que cela : les allusions à la Pologne réelle sont nombreuses dans le texte, nous en avons relevé trois :

Les noms des villes sont exacts : Le fait de dire que la Pologne est "nulle part" est d'ailleurs une référence précise à l'histoire de ce pays, toujours envahi, déchiré entre la Russie et l'Allemagne.

Le rixdale est vraiment une monnaie polonaise historique,

Venceslas, Ladislas et Boleslas sont des noms slaves authentiques, de même que Stanislas Leczinski, nom donné à un paysan delà pièce.

Le rapport du théâtre de Jarry à la réalité est toujours complexe : il lui  fait référence, mais c'est pour s'en échapper et la parodier cruellement. "S'il n'y avait pas de Pologne, il n'y aurait pas de Polonais" se plaisait il à dire...

 JEAN WITOLD (1913-1966)

 Jean Witold, comte Witold Jedlinski (il avait pris comme nom son prénom), descendait d'un officier polonais dont la famille, après l'insurrection de Varsovie en novembre 1830 et l'écrasement de la révolte par l'armée russe, avait émigré en France.

Engagé dans la guerre d'Espagne, il sera ensuite déporté en Allemagne pendant la seconde guerre mondiale.

Musicologue, chef d'orchestre et compositeur, Jean Witold  produit dès 1948 et pendant plus de dix ans, sur les ondes de la radiodiffusion nationale, une émission consacrée aux grands musiciens.

Son titre de gloire va être d'aider à sortir de l'oubli l'"Adagio" d'Albinoni, une des pièces classiques les plus populaires de notre époque. Jean Witold avait  retrouvé le thème de cet adagio dans un vieux manuscrit, très précisément dans la bibliothèque de riches industriels du tissage, à Epinal. Il l’avait fait ensuite "développer" par un de ses amis organiste

Pour les musicologues modernes, L'Adagio pour orchestre à cordes et orgue en sol mineur, souvent présenté à tort comme une œuvre de musique baroque a, en réalité, été composé en 1945 par le musicologue italien Remo Giazotto (1910-1998) à partir d’un fragment contenant quelques éléments d’une œuvre perdue de Tomaso Albinoni (1671-1751).

Dès les années 60, cet adagio connaîtra un succès immense et reste aujourd’hui l’une des œuvres les plus populaires et les plus gravées sur disque de toute l’histoire de la musique. Il a fait l’objet d’innombrables arrangements, réorchestrations et interprétations dans tous les styles musicaux (symphonique, variété, flamenco, jazz, pop, rock, techno, …) et a été utilisé plusieurs fois pour le cinéma comme pour des séries de télévision.

Mort  prématurément  en 1966 -Jean Witold est enterré à Marly -mais le souvenir de celui qui fit tant pour la musique classique n'a pas disparu

 BALTHUS (BALTHASAR KLOSSOWSKI DE ROLA (1908-2001

 Balthus Balthasar Klossowski de Rola était né d'un père, historien polonais d'art Eric Klossowski, et d'une mère, Elizabeth Dorothea Spiro, fille d'un Cantor de synagogue, qui s'est fait connaître dans le monde de la peinture sous le nom de Balladine Klosowska.

La famille va se refugier en Suisse lors de la première guerre mondiale. Balthus nait à Paris mais va aller vivre avec sa mère en Suisse après le divorce de ses parents.

En dépit d'une vie matérielle souvent  difficile, Baladine Klossowski reçoit, dans son modeste appartement au 11 de la rue Malebranche, près de la rue Soufflot, les personnalités les plus brillantes de la vie littéraire de l'époque : Rainer Maria Rilke, qui aura une profonde influence sur Balthus, Valéry, André Gide, Stefan Zweig ou Friedrich Sieburg, auteur bien du célèbre "Dieu est il français"...

En 1924, Balthus installe son atelier à Paris, rue de Furstemberg, puis, à partir de 1936, Cour de Rohan dans le quartier de la Monnaie.

Il se marie en 1937 avec Antoinette de Watteville qui lui  servit de modèle dans plusieurs  toiles dont "La Toilette" et "Jeune fille en costume d'amazone" . Dans sa production très riche, apparaissent en leit-motiv incessant, les chats et les jeunes filles, symbolisant pour Balthus, l'état d'innocence joyeuse

Au cours de la guerre, Balthus vit à Fribourg en Suisse, où naissent ses deux fils. Après sa séparation d'avec sa femme, il retourne vivre à Paris puis va s'installer au  château de Chassy, en Bourgogne, où il séjourne près de 8 ans.

 En 1961, Balthus est nommé par André Malraux Directeur de l'Académie de France à Rome, à la Villa Médicis

Il y rencontre Setsuko Idata, jeune étudiante japonaise qui lui sert de modèle dans "La Chambre turque" et va devenir sa seconde femme.

 En 1977, Balthus retourne en Suisse, au canton de Vaud où il va terminer ses jours dans le splendide chalet de Rossinière dans le canton de Vaud  en Suisse.

En 2001, quelques heures de s'éteindre dans l'apaisement d'une dernière piqûre de morphine, il se fait porter devant son tableau préféré : "Le nu au miroir".

 TADEUS KANTOR (1915-1990)

 Metteur en scène, réalisateur de happenings, peintre, scénographe, écrivain, théoricien de l'art, acteur de ses propres spectacles, professeur à l'Académie des Beaux-Arts, Tadeusz Kantor a été ce qu'il est convenu d'appeler un  "artiste total". Ajoutons qu'il fut tout au long de sa carrière un grand ami de la France.

Tadeus Kantor a débuté sa carrière à l'Académie des Beaux-Arts de Cracovie, avec le professeur Karol Frycz, un des plus brillants  scénographe du XXème siècle.

Ses premiers spectacles sont l'Orphée de Jean Cocteau, Balladyna de Juliusz Slowacki, le grand romantique polonais du XIXème siècle et Le Retour d'Ulysse de Stanislaw Wyspianski, au modernisme flamboyant qui évoqueun peu le style d'Edward Munch.

Pendant l'occupation allemande, Kantor organise dans un appartements de Cracovie un théâtre clandestin indépendant puis, après la guerre, commence sa carrière de scénographe à Cracovie, au Theatre Stary , un des plus anciens théâtres de Pologne. Il continuera de s'occuper de peinture abstraite et de décors  jusqu'à la fin des années 60.

En 1947, Kantor se rend à Paris, et ce voyage lui donnera l'impulsion de formuler sa conception personnelle de la peinture.

En 1948, Kantor fonde le "groupe de Cracovie" mais va se retirer de la vie publique au moment où les autorités communistes se mettent à imposer le réalisme socialiste dans l'art. Les tableaux qu'il réalise après 1949 ne seront exposés qu'en 1955, une année-charnière dans la vie de l'artiste : le temps du renouvellement était  arrivé

 Cricot 2

En 1955 à l'initiative de Kantor, un groupe d'artistes plasticiens, de critiques et de théoriciens de l'art, fonde à Cracovie Cricot 2 (Cricot est à prendre comme un anagramme de "to cyrk", le cirque), champ libre à la mise en pratique de ses idées artistiques.

La première création fut "La Pieuvre" d'après Witkiewicz : le metteur en scène y met en relief la collision d'un texte sublime et d'un environnement vulgaire et banal, celui d'un café. Le  style théâtral de Kantor est là tout entier : les acteurs se meuvent comme des fantoches, tandis que les techniques de construction des scènes remontent aux films muets.

 Théâtre de l'emballage

Une autre composante de l'art de Kantor est "L'emballage" où l'artiste utilise des sacs en plastique noir, dont il enveloppe les acteurs. L'emballage devait dérober les vraies formes des personnages et des objets, et les transformer en une substance homogénéisée.

 Le théâtre informel

L'étape suivante fut le passage au "théâtre informel" (1960-62), théâtre automatique, régi par le hasard, par le mouvement de la matière. "Le Petit Manoir", d'après Witkiewicz (1961), ôte aux acteurs toute individualité, en les reléguant au rang d'objets. Cependant, le "théâtre informel" s'avère pour Kantor, inutilement chargé d'éléments superflus.

 Le "théatre zéro"

"Théâtre zéro" (1962-1964) qui fait suite, est dépourvu de toute action ou intrigue, ainsi dans "Le fou et la nonne" en 1963d'après Witkiewicz.

 Happenings

Kantor va monter en 1965  "Cricotage" et "La ligne du partage", suite logique de ses recherches et de ses actions dans les domaines du théâtre et de la peinture, la force du happening : "Jusqu'à présent, je prétendais subjuguer la scène, dorénavant je renonce à toute scène, c'est-à-dire à l'espace qui reste dans une relation définie avec les spectateurs. Dans ma recherche d'un espace nouveau, j'ai à ma disposition, en principe, toute la réalité de la vie." (cité par Jan Klossowicz).

 Le théâtre de la mort

En 1972, Kantor se remet finalement à faire du théâtre, gardant cependant certains éléments issus du happening. "La classe morte", marque le début d'un autre courant dans la création théâtrale de Kantor, désigné par lui-même comme "théâtre de la mort".

Dans la pièce, Kantor lui-même joué le rôle d'un enseignant qui a présidé à une classe de caractères apparemment morts qui sont confrontés à des mannequins qui représentait leur plus jeune mêmes. Il avait commencé à expérimenter avec la juxtaposition de mannequins et les acteurs vivant

Le "théâtre de la mort" met en relief le principe de la "Réalité de la plus Basse Importance", présent dans toute l'œuvre de Kantor. "Ce principe – affirme-t-il – m'oblige à placer les choses le plus bas possible et à les présenter par le moyen de la matière la plus basse, misérable, désarmée, dénuée de dignité, voire abjecte."

Tadeus Kantor, tour à tour, auteur d'une vision nouvelle du théâtre, participant actif de tous les mouvements novateurs d'avant-garde et même de "néo-avant garde", innovateur solidement enraciné dans la tradition, peintre anti-pictural et happener–hérétique, se voulait "artiste total".

Personne n'est encore parvenu à donner une définition probante de la culture "Mittel Europa" où l'irrationnel se même de façon si forte à l'émotion mais Tadeus Kantor en est certainement la  figure emblématique...

 CONCLUSIONS

 Il ne pouvait être question d'aborder dans un laps de temps réduit la destinée de grands personnages tels que Fréderic Chopin, Marie ou Irène Curie ni, non plus, les aspects très divers de l'émigration polonaise en France estimée à au moins  un million de personnes et encore moins, la communauté polonaise essaimée dans le aux Etats-Unis (environ 8-10 millions habitant surtout à Chicago, dans le quartier polonais Jackowo), en Allemagne ou en Scandinavie : le total peut s'en estimer à 15 millions

Ce qui est le plus remarquable est la force de l'identité chez les émigrés polonais. Même après des années d’émigration, ils n'oublient pas la culture et les traditions polonaises qu'ils veillent à transmettre à leurs enfants. C'est pourquoi ils créent des centres culturels de la civilisation polonaise où les nouvelles générations peuvent apprendre la langue polonaise et connaître cette culture. La plupart des émigrés maintiennent des contacts fréquents et réguliers avec leurs proches en Pologne.

On ne peut que rappeler ici  l'histoire de cet officier polonais qui avait déclaré, à ce qu'assure Curzio Malaparte dans un de ses livres, qu'il était prêt à mourir pour la Pologne mais pas forcément à y vivre.

                                                                

a.fabre.fl@gmail.com

 

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Date de dernière mise à jour : 29/07/2013

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